#0070 Michel BULTEAU
BULTEAU Michel, A New York au milieu des spectres, 2000, La Différence
Trois textes bien allumés parlant d'une époque encore plus allumée, celle de la beat génération.
Notes: "Avant de s'endormir, à trois heures du matin, le jazz de Harlem bouillonnant encore dans sa tête […] Tu ne m'as pas dit l'autre jour que White light était le titre d'une peinture de Pollock reproduite dans l'album Free jazz d'Ornette Coleman ? […] John Coltrane, un stéthoscope se balançant à son cou, aurait pu participer à cette jamsession de 1970 -hélas trois ans plus tôt il avait faussé compagnie à tout le monde- avec Jimi Hendrix à la guitare et Jim Morrison à la batterie et ses plaintes ressemblant aux yeux mi-clos de Bouddah, pour ravager Sunshine of your love des Cream […] Un après midi de février 89 passé à écouter une cassette de Sam Cooke. Chain gang, un des morceaux fétiches de mon adolescence. La sève brûlante de Having a party et de Twistin' the night away. Johnny se souvient du nom du guitariste: Cliff White […] Johnny a toujours préféré la version cinématographique avec Frank Sinatra au livre de Nelson Algren […] Jerry Nolan confiant que son film fétiche était Gene Krupa story avec Sal Mineo".
Libellés : BULTEAU Michel
#0069 Sherman ALEXIE
ALEXIE Sherman, Indian blues (Reservation blues), 1995, Albin Michel 1997 / ReEd. 10-18 N°3059, Trad. Michel Lederer
La légende dit qu'en 1931, le célèbre musicien noir Robert Johnson vendit son âme au Diable en échange d'une guitare enchantée et d'un talent extraordinaire pour le blues. Présumé mort depuis plus d'un demi-siècle, il réapparaît aujourd'hui sur une réserve indienne de l'Etat de Washington, à la recherche d'une vieille femme auprès de qui se sont succédé Marvin Gaye, Jimi Hendrix, et Janis Joplin. Celle-ci ne représente-t-elle pas pour lui le dernier espoir d'être libéré du pacte diabolique ? Toujours est-il qu'il finit par oublier sa guitare à bord du pick-up d'un jeune Indien qui l'a pris en stop. L'instrument magique pourrait encore faire des prodiges... C'est ainsi que naissent les "Coyotes Spring", un groupe de rock cent pour cent Indien dont l'ascension, des Réserves à Manhattan, sera fulgurante. Mais peut on jouer impunément de l'instrument diabolique ? Bien peu de jazz dans cette histoire bien sympatique. Un échantillon: "C'est une Indienne qui a inventé le blues un jour avant que Christophe Colomb débarque, et le rock'n'roll, le lendemain (sic !)" (p.161).
Libellés : ALEXIE Sherman
#0068 Emmanuel Boundzéki DONGALA
DONGALA Emmanuel Boundzéki, Jazz et vin de palme, 1982, Hatier Monde Noir Poche / ReEd. Le Serpent à Plumes Motifs 2000
Dans ce recueil, deux nouvelles "Jazz et vin de palme" et "A love supreme"
Notes: Jazz et vin de palme: "La musique de John Coltrane les jetait dans un état catatonique d'abord, puis dans une sorte de nirvâna […] ce qui permettait ensuite à la musique cosmique de Sun Râ de les volatiliser" (p.122) "Des millions de disques de John Coltrane furent gravés en secret […] On traitait partout Sun Râ en roi et jamais son orchestre solaire n'eut tant de travail" (p.123) "Soudain, de partout, des maisons, de l'intérieur de la Terre, de l'Espace, éclatèrent les sonorités envoûtantes du saxophone de John Coltrane […] Alors Sun Râ mit sa fusée-orchestre en marche […] Sun Râ fut le premier homme musicien de jazz et noir à devenir président des Etats-Unis […] c'est ainsi, enfin, que le jazz conquit le monde […] John Coltrane fut canonisé par le pape sous le nom de Saint Trane. Le premier volet de son œuvre A love supreme remplaça le Gloria dans la messe catholique" (p.124-125).
A love supreme: "Quand j'arrivai de mon Afrique natale, je ne connaissais que vaguement la musique classique d'Armstrong, d'Ellington ou encore de Bessie Smith […] Je trouvais cette musique émouvante parce que nostalgique […] Quand j'avais le cafard, je me plongeais dans l'âme profonde et douloureuse de Billie Holiday ou de Ma Rainey. À l'inverse, je sautillais sur les rythmes gaillards et égrillards de Fats Waller ou de Willie Smith le lion" (p.137-138) "J. C. est mort […] J'essayai de joindre Archie Shepp qui était en France […] j'essayai en dernier ressort de joindre le poète Imamu Baraka, mais il avait quitté Newark" (p.139) "En fait, il (Coltrane) n'était pas inconnu comme il s'était plu à nous le faire croire car il avait gravé un disque avec Ellington, sans compter bien sûr les disques avec Miles et avec beaucoup d'autres grands musiciens classiques tels Johnny Hodges, Theolonius Monk (sic !), etc. Mais, pour lui, cela ne comptait pas, c'était le passé. Pour lui, la musique, comme tout art vivant, ne devait cesser de se dépasser, de se surpasser" (p.144) "petit à petit, faiblement d'abord, enflant, gonflant, surgissant et submergeant tout comme un torrent, le saxophone de J. C. émergea du chorus […] Les sons, les phrases, les harmonies, les passions, les cris s'envolaient de ce saxophone, inépuisables comme une mer en furie" (p.145-146) "J. C. était mort. Nous écoutâmes longtemps les disques que nous possédions de lui, nous sentions plus encore l'amour volcanique, pour ne pas dire cataclysmique, qui s'échappait de l'instrument de cet incroyable musicien" (p.152-153).
Libellés : DONGALA Emmanuel
#0067 José André LACOUR
Un saxophoniste à Venise…
Notes: "Ceci est l'histoire de Bobby Saxalto, un garçon qui voulait aller à Venise en octobre. Il jouait du saxophone et c'est pourquoi on l'avait surnommé Bobby Saxalto, mais ce n'était pas son vrai nom. Il jouait merveilleusement, ses tempes se gonflaient et, de votre mémoire qui l'écoutait naissaient des songes terribles, comme lorsqu'on entendait jadis le vieux Bix Beiderbecke ou qu'on écoute, de nos jours par une nuit trempée d'étoiles et de regrets, Don Byas" (p.5) "Il suait et trépidait et il bramait Saint Louis blues ou The man I love avec la voix déchirée, rêche et trouée de Louis Armstrong, une voix tellement plus vieille que lui, une voix si lacérée par la vie, les années et la souffrance qu'on était saisi et inquiet qu'elle appartint à ce petit garçon blond et fade […] Il laissait Bobby achever seul, les yeux clos, le nez plissé au-dessus de son saxophone, la mélodie amère et angoissée qui les rassemblait tous" (p.37) "Il joua. Il jouait debout au pied du lit de Ma, sans perdre Ma de l'œil, ses tempes se gonflaient, et ses joues, il y mettait un cœur ardent et désespéré et jamais plus il ne joua Stormy weather comme ce jour-là. Jamais plus d'ailleurs, pendant des années et des années, il ne joua Stormy weather" (p.40) "Il joua merveilleusement, à vous arracher tripes, pleurs et cœur […] Vous autres spectateurs et clients et musiciens qui étiez dans cette petite boite de Pigalle, dans la fumée rougie, vous aviez le cœur fendu en regardant jouer ce garçon tremblant, à la jambe trop courte et aux tempes gonflées, si pâle mais si beau, qui oscillait dans sa musique, les yeux clos pour y sombrer et qui étouffait de tant d'amour, de tant d'espérance et de tant de chagrin. Et de votre mémoire naquirent alors des songes déchirants et terribles comme lorsqu'on entendait jadis le vieux Buddy Bolden ou que vous écoutiez, ce soir, par une nuit trempée d'étoiles et de regrets, Don Byas" (p.118-119) "J'aime tes disques. Gillespie. Charlie Parker. Charlie Parker The Bird. L'immortel Charlie Parker. Je joue du saxophone alto, comme lui, c'est pour ça qu'on m'a appelé Saxalto" (p.132) "J'ai apporté mon saxophone, chérie. Je veux jouer pour vous […] Il joua comme Charlie Parker jouait juste avant sa mort, c'est-à-dire merveilleusement. Il joua comme jouait Charlie Parker alors que les fines ombres de la mort descendaient déjà sur ses traits, à Chicago, et que Charlie s'évadait de son corps passionné, périssable" (p.144) "Il était là, se balançant lentement, jouant Saint Louis blues […] Car lorsqu'ils furent là, Saint Louis blues était devenu une marche funèbre, et ils s'arrêtèrent, le gendarme, la dame voilée et le gardien, car la musique qu'ils entendaient à présent, sourde et carressant les tombeaux silencieux, funèbre et pleurant des générations de morts, convenait au lieu. C'était si triste et si beau, cela venait d'un cœur si profond que plus personne, soudain, ne bougea, seulement ce chant qui saluait les bien-aimés" (p.147) "Un air vif et dansant, be-bop, un de ces airs à trompette qui galvanisent les os des jeunes gens éclata, les trompettes, les saxos et les rythmes rivalisaient d'enthousiasme" (p.203).
Aussi cités: Nat King Cole, Sinatra.
Libellés : LACOUR José André
#0066 Tanguy VIEL

VIEL Tanguy, Le Black Note, 1998, Minuit
Suivez bien ! Paul, le saxophoniste, ils l'ont surnommé John à cause de John Coltrane, Georges, à la contrebasse, c'était Jimmy, et Christian, c'était devenu Elvin. Même la maison sur l'île, quand ils se sont installés ensemble pour jouer, ils ont voulu la surnommer: ils l'ont appelée Black Note. De la clinique où on l'a conduit, le narrateur et trompettiste du groupe continue de ressasser ce temps de la vie commune. Logorrhée verbale, verbiage, chapitres d'un seul paragraphe sans respirations, phrases interminables. Du jazz, mais à quel prix! Notes:(Chapitre 1) "Son nom à lui, le batteur, c'était Elvin, et l'homme à la contrebasse, Jimmy, comme Jimmy Garrison […] Pour Georges, on avait hésité longtemps avec Charlie, comme Charles Mingus […] à cause du quartette de Coltrane, alors il voulait qu'on ait les noms des musiciens du quartette, les vrais des années soixante […] on ne va quand même pas t'appeler miles comme Miles Davis. Et Paul donc, on l'avait surnommé John, comme John Coltrane, parce que Coltrane, c'était notre idole à tous. Mais aussi Paul, il jouait avec un saxophone qui avait appartenu à John Coltrane, c'est ce qu'il nous disait, le dernier saxophone dans lequel Coltrane avait soufflé […] il délirait à nouveau et se persuadait que c'était le vrai saxophone, le vrai John Coltrane qui lui avait offert […] et il s'entraînait à reprendre les morceaux de Coltrane […] ça resterait toujours impossible, parce qu'on ne reprend pas le quartette de Coltrane avec une trompette, mais avec un piano. John me demandait de me mettre au piano, il disait que si je ma mettais au piano ils pourraient me surnommer Thelonious, comme Thelonious Monk […] ils n'ont jamais voulu m'appeler Miles comme Miles Davis, ni Thelonious comme Thelonious Monk […] il disait qu'il devrait mourir bientôt, à quarante ans disait-il, pour mourir comme le vrai John Coltrane, au même age […] à mon reflet j'ai dit: toi, tu ne seras jamais Miles Davis […] le saxophone se serait vendu moins cher, si on avait retiré la plus value du fait que le saxophone avait appartenu à John Coltrane […] La même contrebasse que Jimmy Garrison, celui qui jouait avec Coltrane en 1965, mais pas la même exactement, le même modèle oui, mais pas celle avec laquelle le vrai Garrison jouait en 1965 […] Alors que John, bien sûr, il n'a jamais apporté une preuve que son saxophone avait appartenu à John Coltrane […] tu ne verras plus la ressemblance avec les instruments du vrai quartette de Coltrane. Moi, mon instrument ne volait rien, ni sonorités ni apparences, à la trompette de Miles Davis […] du fait que je ne voulais pas me mettre au piano, et que l'on ne pourrait pas reprendre les morceaux de John Coltrane […] "To spread the rythm", avait dit une fois John Coltrane en parlant d'Elvin Jones, les vrais, vois-tu, ceux des années soixante, quand Coltrane jouait My favorite things, et qu'Elvin Jones était le meilleur batteur du monde […] il n'aurait jamais supporté de déployer son rythme sur la batterie d'un autre, même quand il s'appellerait Elvin Jones où Rashied Ali […] John n'écoutait personne quand on jouait, alors il pouvait ne pas m'appeler Miles Davis, quand il n'y avait que lui qu'on entendait dehors"(Chapitre 2) "on reprendra les morceaux des années soixante, les morceaux de John Coltrane […] nous sommes le quartette de jazz de la prochaine décennie, nous sommes immortels […] avec l'impression d'être le nouveau John Coltrane […] Moi, je n'ai jamais eu de surnom, je ne me suis jamais appelé Miles […] Pour moi, c'est fini, je ne veux plus retoucher une trompette de ma vie, parce que, je le sais, je ne serai jamais Miles Davis […] Pourquoi lui il pouvait s'appeler John Coltrane en jouant de saxophone […] c'en sera fini de dire que tu l'entends reprendre les morceaux de Coltrane dans un repaire sous-marin"
(Chapitre 3) "on jouerait, moi de la trompette, toi ce que tu veux, du saxophone si tu veux, de la contrebasse, pourvu que ce soit du jazz, que je puisse t'appeler Sonny, comme Sonny Rollins, ou Duke, comme Duke Ellington. Tu prendrais le surnom que tu voudrais. Il n'y aurait pas besoin de mentir et de dire que nos instruments auraient appartenu à Sonny Rollins, ni à Duke Ellington […] personne ne peut plus savoir s'il n'était pas vraiment John Coltrane […] qu'avec le saxophone à côté de lui on dise: John Coltrane […] C'est pourquoi on ne peut pas être amis, tous les deux, on est comme les musiciens du quartette de Coltrane, comme les vrais des années soixante, ils ne peuvent pas être amis, parce qu'amis on peut se fâcher, et plus rien n'est jamais comme avant, et on oublie […] Les meilleurs jazzmen du monde, répétait John, on se donnera un nom qui deviendra aussi célèbre que le quartette de John Coltrane"
(Chapitre 4) "Il était blanc, lui qui se prenait plus que nous pour un noir américain, pour John Coltrane, quand le jazz ça l'occupait d'abord en grandes phrases"
(Chapitre 5) "Bonne surprise: il n'y en a pas !"
Damned ! J'oubliais l'exergue: "Car je meurs en ta cendre et tu vis en ma flamme" (Tristan L'Hermite) le frère de Bernard ?
Libellés : VIEL Tanguy
#0065 Françoise SAGAN

SAGAN Françoise, Avec mon meilleur souvenir, 1984, Gallimard & Folio N°1657
Pour le texte sur Billie Holiday: "n'était pas encore pour nous la voix douloureuse et déchirée de l'Amérique noire, mais plutôt la voix voluptueuse, rauque et capricieuse du jazz à l'état pur. De Stormy weather à Strange fruits, de Body and soul à Solitude, de Jack Teagarden à Barney Bigard, de Roy Eldridge à Barney Kessel, nous avions […] pleuré à verse où ri de plaisir en l'écoutant […] Billie Holiday était morte la nuit d'avant, seule, dans un hopital, entre deux flics"
Libellés : SAGAN Françoise
#0064 Alain GENESTAR

Premier roman d'un essayiste et journaliste spécialisé en politique. Suite à un terrible drame familial, le héros français, fasciné par l'Amérique du Nord, se rend à New York, écrit un roman à succès, puis séjourne en Arizona chez les Indiens Hopis pour chercher l'équilibre et la sérénité. L'oeuvre aborde divers milieux et sujets: le journalisme, le cinéma, l'édition, le jazz, la création littéraire, la drogue.
GENESTAR Alain, Le baraquement Américain, 1997, Grasset
Notes: "Il est impossible, du moins pour moi, d'entendre du jazz sans y superposer des images. Plus tard, j'ai privilégié la technique et l'écoute critique sur la réception passive […] libérait les images des disparus. Ils revivaient sur des airs de Miles Davis ou de Thelonious Monk. Cher Thelonious […] Le jazz seul a un langage constant et global […] Il parle à l'âme" (p.118-119) "Je commençais à me débrouiller aussi bien en anglais qu'au piano […] il fallait bien connaître sa langue, celle de Charlie Parker, de Duke Ellington, Lester Young, Billie Holiday ou Nat King Cole, dont les noms déjà étaient des mots d'anglais […] nous racontions la vie de Charlie Parker surnommé Bird […] parlions de Joe Oliver, le King de la Nouvelle Orleans, de Louis Armstrong, "Satchmo" les grosses lèvres, de Charles Mingus" (p.141-142) "Daniel Marnay, le patron de Jazz Magazine avait une connaissance encyclopédique et intime du jazz. Il pouvait en parler des heures […] Je partageais avec lui cette croyance que la musique s'explique, si toutefois elle est explicable, du moins se ressent-elle en fouillant dans l'âme de son interprète" (p.222) "Louis Armstrong venait d'être hospitalisé […] Ce n'est pas un Noir qui est en train de mourir. C'est Dieu. Et tous les amoureux du jazz savent que Dieu est Noir […] J'écris la chronique sur Armstrong à Harlem. Non. Tu pars de Harlem et tu poursuis sur les femmes. En 24, Armstrong enregistre à New York avec les plus grandes chanteuses de blues: Clara Smith, Ma Rainey, Eva Taylor, Maggie Jones et surtout Bessie Smith […] n'oublie pas: Reckless blues ou Sobbin' hearted blues" (p.223) "Je passais mes nuits au Vanguard, j'étais un habitué de tous les clubs: le Five Spot, le Blue Note, Nick's Tavern, le Minton, le très snob et très cher Birdland sur Broadway, le Small's Paradise ou le Count Basie's Bar. J'y écoutais les grands dont l'un d'eux gigantesque, Miles Davis" (p.224) Interview de Miles: "Il m'a reçu dans son duplex délirant […] J'ai aimé ton papier sur Louis en Avril, pas mal pour un Blanc […] Il ne m'a pas viré. Pourquoi ? Je ne sais pas […] J'ai vécu avec Parker à New York dans le même appartement pour tout connaître de lui J'étais dans son ombre, l'ombre du Bird […] Il n'y a qu'une seule musique Noire, elle regroupe tout […] au festival de Newport, on m'a fait un triomphe, alors j'ai dit à Coltrane: Mais qu'est-ce qu'ils ont ces cons à m'applaudir […] Je ne fusionne rien […] Il faut être Blanc et fêlé pour dire des trucs pareils. Moi, je confronte mon style à celui de Mc Laughlin et lui me répond. Comme le saxo de Coltrane me répondait. C'est tout. N'essaie pas d'expliquer cela avec tes théories à la con […] avec Charlie, on s'est défoncés à mort pendant cinq ans, et puis j'ai voulu arrêter […] couché par terre, j'ai regardé le plafond pendant douze jours […] quand je me suis relevé, c'était fini […] Charlie est mort, je ne pouvais plus jouer, puis j'ai repris ma trompette, engagé Coltrane, et les connards de Newport m'ont fait un triomphe […] Il reprit sa trompette et me fit signe de le suivre […] juste un piano en plein milieu […] Tu sais jouer ? -Mal. -On s'en fout. Donne moi la réplique […] Je connaissais par cœur The man I love, la célébre conversation entre Thelonious Monk et Miles Davis […] Je jouais et l'écoutait répondre à mes notes […] Le lendemain […] j'ai écrit l'interview pour la double page de Jazz Magazine" (p.225-235) "Miles Davis à dîner dans la Pretty Factory […] question posée par l'un d'entre eux: Pourquoi les peintres modernes sont-ils des Blancs et les jazzmen le plus souvent des Noirs? […] formulée par Miles: On peut vivre avec une trompette mais il faut des années et beaucoup de chance pour gagner de l'argent avec un pinceau […] Si un Noir peignait comme Jasper Jones, les critiques Blancs diraient que sa peinture est de l'art brut, primitif, africain" (p.249) Dans la Réserve Hopi: "Sur un phono jaune et vert acheté au General Store, je réécoutais mes vieux disques de Thelonious Monk, Crepuscule with Nellie, Charlie Parker, Now's the time, Miles Davis, So what, Bitches brew" (p.304) "La limousine s'arrêtait dans chaque village de maisons basses, Miles descendait et jouait, des Indiens s'approchaient pour l'écouter, il jouait encore pendant une heure puis les interrogeait et remontait […] C'était le plus beau concert itinérant donné à la mémoire du peuple Hopi […] Les notes montaient jusqu'à lui […] mélangeait Aranjuez et The man I love […] Sur le terrain de basket, au centre, près d'une longue voiture blanche, un homme habillé en serpent jouait, sa trompette toute droite au-dessus de lui, dressée vers le ciel" (p.316).
Libellés : GENESTAR Alain
#0063 Robert SKINNER

Robert Skinner vit à La Nouvelle-Orléans. Il est l'auteur de dix livres dont deux études consacrées à l’œuvre de Chester Himes.
SKINNER Robert, Le problème aux yeux de chat (Cat eyed trouble), 1998, Gallimard Série Noire N°2635 / 2001, Trad. Emmanuel Jouanne
1938, La Nouvelle-Orléans. Ancien flic piégé dans une sale histoire, Israël Daggett sort du pénitencier où il a passé cinq ans à ruminer sa haine. Ça se digère mal la haine. Surtout quand la belle qui vous attend est retrouvée morte dans un canal le jour de votre sortie. Aidé par Wesley Farrell, roi des nuits de La Nouvelle-Orléans et nègre blanc aussi à l'aise dans la communauté noire que dans le haut du pavé blanc, Daggett va labourer les bas fonds d'une ville déjà passablement secouée par l'ambition d'une femme. Une belle plante étrange et vénéneuse aux yeux de chat inoubliables. Toujours plus de cadavres que de citations jazz !
Notes: "en chantant New Orleans woman d'une voix tonitruante et vaseuse" (p.11) "Dinah Shore était l'une des invitées du Breakfast Club ou elle chantait une niaiserie qui parlait d'amour […] Derrière lui, Dinah chantait gaiement quelque chose qui parlait d'argent tombé du ciel" (p.28) "en train de chanter Begin the beguine. Le schhhh doux des balais sur les caisses claires emplissait l'air comme une brise tropicale, et les clarinettes bouchées grésillaient comme des grillons (sic !)" (p.43) "en ajoutant des accents jazzy comme Margaret Whiting quand elle accompagnait Bob Eberly au chant […] Dans Rampart Street, Louis Bras et son trio suaient à grosses gouttes en soufflant du Dixieland […] était un club pour authentiques aficionados du jazz, et les visages de la foule qui ondulait et claquait des doigts" (p.49) "sous sa moustache à la Duke Ellington" (p.66) "il entendit les éclats de clarinettes énervées et les gémissements de saxophones racoleurs" (p.68) "La musique du tromboniste qui s'amusait avec le thème musical de Little brown jug" (p.99) "attaquer Nobody knows the way […] était la reine incontestée des chanteuses à voix noires de la Nouvelle Orleans" (p.151) "se mit à chanter Blue moon […] Sa version était jazzy et pleine d'improvisations, et l'orchestre la jouait sur un tempo de fox-trot […] acheva Blue moon et attaqua Deep purple sans marquer un seul temps" (p.154-155) "Lady Day qui chantait Can't help lovin' that man of mine sur le juke box" (p.170) "jouait sa version de It don't mean a thing" (p.189) "Le sextuor avait attaqué Take the A train" (p.191) "écoutait Louis Armstrong et son Hot Seven Combo sur un petit poste de radio" (p.193) "la version des Dorsey Brothers de Tangerine" (p.229) "sifflotait Chatanooga choo choo" (p.233) "Cab Calloway jouait Minnie the moocher" (p.311) "devant le Club Moulin Rouge, à écouter un solo de batterie qui s'échappait par la porte ouverte […] un contrebassiste se mit à pincer les cordes de son instrument, bientôt rejoint par un trompettiste et un clarinettiste" (p.342).
Libellés : SKINNER Robert
#0062 Michel LEYDIER
Du jazz dans une seule nouvelle sur 18, mais la musique est partout en exergue (sous le titre de chaque nouvelle) sous la forme de quelques vers d'une chanson (malheureusement traduits en français) suivis du titre et de l'auteur. La chanson annonce vraiment parfaitement le ton et l'ambiance de la nouvelle. C'est très bien fait et, chaque courte nouvelle, entretient un vrai suspense avec une chute toujours surprenante. Celle qui nous concerne Watermelon man n'a pas beaucoup de citations mais l'ambiance est jazz.
Exergue: "Le jazz n'est pas mort, il a juste une drôle d'odeur" Frank Zappa & "J'ai vu l'aiguille et ses ravages / Un petit peu contenu dans chacune d'elle / Chaque junky est un soleil couchant" (The needle and the damage done) Neil Young.
Watermelon man: "Jimmy Brown astiquait son sax avec amour […] les gestes lents de Jimmy balayaient d'ombres furtives les affiches recouvrant les murs. Miles courbé sur sa trompette. La silhouette de Bird faisant corps avec son sax […] Les quatre Mellow Boys avaient attaqué avec Watermelon Man, un classique de Herbie Hancock"
Les titres de chansons en exergues des autres nouvelles: Stuck inside of mobile with the memphis blues again, Bob Dylan, The river, Bruce Springsteen, Alabama, Neil Young, If I can do it, so can you, Lee Clayton, Christmas card from a hooker in Minneapolis, Tom Waits, Helpless, Neil Young, Secret of the lock, Michael Chapman, Sons and daughters, Art Neville, Anyone for tennis ?, Eric Clapton, Mummy, Kevin Coyne, Hey Joe, William Roberts, Bobby Brown, Frank Zappa, How do you think it feels, Lou Reed, Sittin' on the dock of the bay, Otis Redding, Yellow moon, Aaron Neville, The boxer, Paul Simon.
Libellés : LEYDIER Michel
#0061 Robert GOFFIN

Le poète belge Robert Goffin dont on a célébré en 1998 le centième anniversaire de la naissance, a traversé le XXème siècle. Il aura marqué son temps par son talent immense, sa personnalité hors du commun et son amour du jazz. Grand voyageur, ami des célébrités d’Europe et d’Amérique, hédoniste invétéré, ce brillant avocat a vécu hors des normes littéraires belges, tout en faisant cependant partie de …l’Académie.
GOFFIN Robert, Chroniques d'outre-chair, 1975, Guy Chambelland
A quatre-vingt ans, une vie de souvenirs et de jazz en poèmes.
Hommage à la bière: "Pale-Ale aux bulle pontificales dont Louis Armstrong disait qu'elle était l'âme du jazz"
Le dernier round: "Tous les airs de jazz dédiés aux pêches juteuses de la Géorgie / Sont moulus -du ragtime jusqu'au swing- dans le ghetto […] Diana Ross passe radioactive dans des rayons oculaires de sémaphores […] Les champions du jazz et de la danse exultent fièrement"
La foudre sans fin: "Où je retrouvais la belle chanteuse noire Billie Holiday […] Chaque nuit l'amour accélère son intensité aux barattements du jazz"
Femmes musicales (à Marc Danval): "Puis Sacha Distel m'avait restitué le geste de Ray Ventura / Avant que Dinah Shore ne couronnât cette débauche d'étoiles / Mais de tout cela je ne m'accrochai qu'au jazz inattendu / Des notes et des sons qui se cherchaient en moi -sol fa dièze fa mi […] Quand les allumeuses du fox-trot syncopé offraient leur dédale / De chair disponible sous le caban agressif d'un jazz noir / La trompette de Briggs aux lèvres de crevette cuite taillait le rythme […] Et je m'agrippe au refrain frémissant qui réincarne Billie […] Et dans ma cime d'amalgame les psaumes de Billie / Me touchent encore de leurs lasers de perdition au tranchant sournois […] Dans un mélange que le jazz avait soudé malgré le Jim-Crow […] Déjà Billie Holiday défoncée de rythme et de drogue / Est retournée à la gourmandise de l'éternité- ne laissant au monde / que ses disques tragiques qui provoquent la fièvre vaudou"
Ostende: "Mais c'est surtout quand le jazz investit Ostende que je rançonnai / Les nuits éclaboussées de femmes fatales d'enseignes lumineuses et d'alcool […] Je revois encore le Mitchell's Jazz Kings aux estrades du Helder […] A la rampe suivante Billy Smith écrasait les chiens du Wabash blues / Tandis qu'un trombone à coups lisses coulissait vers le cœur des belles […] Je revois encore Jimmy Dorsey et Georges Brunies dialoguer / Ruisselants de swing- en improvisations percutantes / En face de l'orchestre de Ted Lewis coiffé d'un tuyau de poêle […] Je conférenciai dans la grande salle débordante d'épaules nues / Alors que les trois anches enlaçaient les femmes à coups de sax-appeal […] Quand June Cole arborait la pleine lune de son souzaphone"
Le camp du drap d'or: "Toutes les nuits de jazz surnageaient au fil à plomb du désir […] Billie Holiday se soudait à mon corps entre deux voyages de marijuana"
La messe au poivre: "Enfin on dédiait les toxines du jazz à la mythologie du dollar / Le maire nègre de la ville souriait de toutes ses dents au néon / Les chœurs noirs et blancs hurlaient leurs lamentations swing […] Comment cette musique née du fond des entrailles nègres dans les bouges / Au royaume sexuel des filles au couteau et des souteneurs de Basin Street / Avait-elle -en quelques lustres- rejoint l'inattingible (sic !) clan de l'argent / Aussi fermé que la cour de louis XIV mais avec Jelly Roll pour Lully […] Que tout n'était pas perdu pour les poètes qui crèvent de faim / Puisque les évêques s'adonnent au jazz et célèbrent des messes syncopées"
Boris Vian: "Puis nous descendîmes dans la cave minuscule avec Delaunay / Pour écouter la jurisprudence rythmique de Dizzie Gillespie / Quand il sut que j'avais écrit plusieurs livres sur le jazz / Et que j'avais vécu de longs mois à la Nouvelle Orléans / Il ne s'occupa plus que de moi et nous sortîmes soudés à l'autogène […] Nous ramâmes -pélerins de l'anthracite- en évoquent Billie et Lena Horne […] Tandis que Luter accroché sans pitié à la matraque de sa clarinette / Exprimait des cîmes de Vaudou dans un délire de dérapements / Où Mogwli hoquetait entre le tuba et le tambour de Buridan […] Boris souriait aux anges de 1946 et jouait le Saint Louis blues […] Il vivait de mourir imperceptiblement de swing et d'insomnie […] Plus tard, sous l'enseigne des mains de Chittison parut Jazz 47 […] Nous voici avec Roy Eldridge au parfum des îles de la Rhumerie / Don Byas le ténor de droit divin désossait son saxophone […] Je me suis regardé pâlir dans les écluses haletantes du jazz […] Quand Lil Armstrong -héritière du génie- jouait de vieux airs / Entre Boris et moi il y avait trois cents kilomètres de longueur d'onde"
29 décembre 1926: "Où je communiais avec le pouls du tam-tam nègre de la Nouvelle Orléans / Je dactylographiais sur mon piston tout en virages les blues des haleurs […] Les Georgians cisaillaient Copenhagen ou Sweet sixteen à l'Alhambra […] Je ne passai de jour en jour au jeu de l'oie de la vie / Qu'avec le cran d'arrêt de fiancer le jazz aux métaphores de couleur"
Capitale du jazz: "Ici fut l'estrade où Bob Lyons le musicien de Bolden cira mes chaussures […] Là où Big Eye Louis Nelson me prouva que le jazz était né en 1900 […] Adieu l'orphelinat où Louis Armstrong cisailla son embouchure de cuivre […] Et sur toutes les ruines préhistoriques de mon passé en quête dejazz […] C'est là que le jazz est né du côté du bistrot de Tom Anderson […] Un peu plus loin ils ont ouvert un musée du jazz qui ne désemplit pas […] Comme il y a trente ans le jazz et l'amour fermentent dans l'ombre […] Enfin on prépare un mémorial monumental au roi du jazz Satchmo / Depuis ce matin il y a un franc belge dans les limons du Mississipi".
Libellés : GOFFIN Robert
#0060 Mongo BETI
Journaliste politique dans une capitale africaine, Zam traverse l'enfer de l'existence avec l'élégance de ceux qui abusent de l'alcool et du jazz. Il ne dérange personne. Alors, pourquoi lui voler sa collection de CD de jazz ?
BETI Mongo, Trop de soleil tue l'amour, 1999, Julliard
Notes: "Vol de Cd […] Il y avait là, je cite en vrac, Charlie Christian, From swing to bop […] Armstrong, The sunny side of the street […] Illinois Jacquet, Flying home […] Duke, It don't mean a thing avec Ivy Anderson […] Parker, Parker's mood et A Night in tunisia […] le Count, Tickle toe […] Buddy Tate, Mack the knife […] Four Brothers, Early autumn […] John Guarnieri, Autumn leaves […] Lady Day, Traveling all alone […] Clifford Brown, Jordu avec Max Roach […] Sonny Rollins, Saint Thomas […] Ella, Take the A train […] Bessie Smith, John Coltrane, Stan Getz, Miles Davis, Charles Mingus, Art Blackey & Messengers […] Surtout King Oliver, Deeper mouth blues […] il y avait même le Prez" (p.8-9) "regarde les Lester Young / Teddy Wilson, il y en a un avec une liste d'enregistrements commençant par All of me, comportant aussi, trois plages plus bas, Just you, just me. J'ai malheureusement oublié le label" (p.10) "C'était Deeper mouth blues, par Joe King Oliver […] C'est pour ainsi dire la première fois qu'on a joué du vrai jazz." (p.13) "C'est comme dans le blues, deux ou trois petites notes, un verre de gin, et c'est parti I went down to Saint James infirmary […] Comme beaucoup de jeunes paumés africains immigrés en Europe à l'époque, Eddie avait un moment tâté de la musique de jazz à Saint-Germain-des-Prés […] Il s'était découvert une idole en la personne du saxophoniste ténor de Harlem Eddie Lockjaw Davis"(p.42-43) "L'histoire que racontait le Prez dans Blue Lester ou Shoe shine boy, c'était exactement la mienne. La première fois que j'ai entendu These foolish things, j'ai pensé mourir ! As-tu entendu les chorus que Lester enfile à la suite dans Love me or leave me ?"(p.44-45) "Miles Davis et Charlie Parker jouant ensemble Round midnight, Miles à la trompette, rien d'étonnant, mais Charlie au saxophone ténor, circonstance quasiment sans précédent" (p.139) "Un jour, j'acquiers un disque intitulé Memorial Lester Young […] Je suis tout de suite accroché par l'interprétation par cet homme génial d'un thème très connu, Tea for two […] je suis bouleversé par une improvisation qui ne m'avait pas frappé jusque là […] c'était These foolish things" (p.153) "On dirait un blues de Sonny Boy Williamson. Eddie se mit aussitôt à chanter à la manière de ce musicien (le deuxième du nom, le pseudo, pas le vrai), mais sur l'air de Back o'town blues" (p.158) "des temps très forts ponctuaient à intervalles irréguliers des temps très faibles, à peine audibles, sur un fond de raclement, comme un solo de Kenny Clarke" (p.233) "Zam entendit presque instantanément le whisky glouglouter comme un boogie-woogie de Pine Top Smith" (p.235).
Libellés : BETI Mongo
#0059 Fannie FLAGG
FLAGG Fannie, Beignets de tomates vertes (Fried green tomatoes at the Whistle Stop Cafe), 1987, J'ai Lu 1992, Trad. Philippe Rouard
Notes: "La voix de Bessie Smith domina un bref instant le brouhaha d'une plainte fugitive qui arracha un frisson à Artis. Oh, careless love … Oh, careless love … Les cuivres du jazz se mêlaient aux voix du blues quand il passa devant le Frolic Theatre, tenu dans tout le Sud pour être la plus belle salle de spectacles pour Noirs, on y donnait les meilleurs comédies musicales. Et Artis continuait d'avancer. Plus loin, Ethel Waters chantait What did I do to be so black and blue ? tandis que de l'autre côté de l'avenue, Ma Rainey lançait d'une voix bouleversante Hey, jailor, tell me what have I done ?. Et au Silver Moon Blue Note Club, le Red Hot Pepper Stomp d'Art Tatum entraînait les danseurs dans des shimmy-sham-shimmys endiablés" (p.147-148) "Black and tan fantasy, de Duke Ellington, est la dernière merveille sortie de chez Decca" (p.266) "Et puis la minceur des cloisons vous permettait d'écouter la radio ou le phonographe des voisins, et quand Bessie Smith chantait Je suis seule ce soir, tout le monde, dans Tin Top Alley, était désolé pour elle" (p.316) "Quand M'ma Threadgoode est morte, toutes les femmes de Troutville se sont rassemblées dans le jardin devant la fenêtre et se sont mises à chanter un de leurs négro spirituals, When I get to heaven, I'm gonna seat down and rest awhile. Je n'oublierai jamais ça. Vous n'avez jamais entendu chanter comme ça, j'en ai la chair de poule rien que d'y penser" (p.331) "Ils prendraient le tramway pour aller au Tuxedo Junction, où Count Basie -ou bien Cab Calloway ? était à l'affiche" (p.435).
Libellés : FLAGG Fannie
#0058 Boris VIAN
VIAN Boris, Notre Faust @ Rue des ravissantes & 18 autres scénarios cinématographiques, 1941-1959, Bourgois 1989
Notre Faust (ou Le vélo-xTai): "Tu sais qu'elle ne jure que par le jazz. -Je dois t'avouer, dit Pat en baissant le nez, que depuis six mois j'ai acheté une trompette de jazz et que je prends des leçons […] Il y aura comme guitariste Chaput et les trois autres ont déjà fait tous les tournois de jazz […] Ils entendirent une note sortie du gosier d'une trompette, note tenue, suraigüe, étincelante […] Un stomp allègre dont les notes cuivrées s'égrenaient, magnifiquement soutenues per un fond de contrebasse, guitare, piano et batterie […] Quelques brefs éclats du cuivre et du saxo, et un fox irrésistible entraînait dans un mouvement rythmé […] Venez répéter au Hot Club avec nous. C'est sympa, vous y trouverez Ekyan, Chiboust et les autres […] Jacques, rue Chaptal, attendit dans la discothèque […] C'était Joseph Reinhardt qui entrait. Jacques écoutait un disque de la collection du HCF. Delaunay, assis à son bureau […] Pat détaillait les premières mesures d'un air léger mis à la mode récemment par le quintette, et les cinq se perdaient dans une improvisation magistrale […] Tenez, dit Delaunay, en tendant un saxo à Pat […] Pat exécuta un contrechant magnifique au solo de Barelli. La batterie s'était déchaînée et dans la petite cave […] Spectateurs qui oscillaient, possédés par le swing terrifiant qui émanait du jeu de Pat. Le morceau allait se terminer, trompette et saxo, quand débuta un chorus de clarinette. Rostaing était arrivé, accompagné de (illisible) qui prit le chorus d'après sur son saxo ténor et ils finirent l'air dans un mouvement puissant, sous les applaudissements […] Pour la première fois en France, l'orchestre de Pat du Mont va jouer pour vous quelques morceaux de jazz. Tout d'abord, voici En swinguant à Pleyel. Le morceau, excellent, comporta un solo de trompette de Pat […] Dans le morceau suivant, après un éclatant début de l'orchestre, on pouvait entendre une série de solos de Pat, séparés par des breaks de batterie destinés à lui permettre de changer d'instrument […] Les vieux vendeurs de programmes eux-mêmes s'agitaient, frénétiques, emportés par le démon du swing […] Avec cinq donzelles des plus swing".
Libellés : VIAN Boris
#0057 Margaret WALKER
Comme dans presque tous les romans, et ils sont nombreux, qui ont pour personnages les Noirs et pour cadre le Sud au temps de l'esclavage, il sera mention de chants et de cantiques. Surtout des cantiques. Car dans les familles ayant de la religion, le blues était banni.
WALKER Margaret, Jubilee (Jubilee), 1966, Seuil 1968, Trad. Jean-Michel Jasienko
Notes: "A l'occasion de ces réunions, tous chantaient en cœur des chants magnifiques, des chants pleins de ferveur, qui faisaient sur Vyry une profonde impression et qu'elle essayait de retenir dans sa mémoire, pour pouvoir se les chanter à tous moments" (p.48) "Tante Sally aimait chanter aux réunions de l'Eglise de la Résurrection, et elle chantait parfois après le travail, surtout par les beaux soirs d'été" (p.74) "Plus tard, les esclaves se réunirent devant la maison pour la prière et chantèrent des cantiques à l'intention des invités" (p.112) "Alors les nègres chantèrent leurs cantiques de Noël" (p.138) "Les esclaves avaient organisé une grande fête, on entendait les violons et le banjo, quelqu'un chantait Oh Sally vient par ici, oh Sally vient par là, tous reprenaient en chœur au refrain" (p.139) "La partie musicale fut assurée par un chœur blanc, en tuniques noires, qui chanta des cantiques, un chœur d'esclaves, qui chantèrent des spirituals , une soliste blanche, qui chanta Prends ton vol comme l'oiseau, et un violoniste noir, qui gratta des notes plaintives au-dessus de la fosse" (p.187) "Parfois, en travaillant, Vyry se surprenait à chanter. Quand ils l'entendaient chanter, les enfants s'arrêtaient de jouer et s'approchaient d'elle, car ils aimaient ces chants -les vieux cantiques des esclaves que chantait tante Sally et aussi les tendres et gracieuses romances du temps de la guerre" (p.282) "Vyry revivait le culte auquel elle venait de participer. Elle entendait les chants, le sermon, les témoignages émouvants. Elle éprouvait la joie intense du dernier cantique de la soirée" (p.360).
Libellés : WALKER Margaret
#0056 Dominique ZAY
Un trompettiste de jazz ne devrait jamais jouer les détectives. Après il faut improviser pour sauver sa peau…Lecture facile. L'intrigue policière est légère mais ce n'est pas le principal pour le lecteur amateur de jazz. Le plus amusant, c'est la distribution. Chet, le héros trompettiste qui finit par jouer My funny Valentine est témoin d'un meurtre. Il est poursuivi par les méchants Brownie et les frères Brecker, Randy et Mickey, qui travaillent pour le satanique professeur Roy Hubbard. Il y a un mac qui s'appelle Terry. L'inspecteur principal Navarro essaye de résoudre l'affaire mais il a, comme adjoint un ripoux Kinney. Chet se fait aider par son ami Quincy (un malin), fils de Fats et époux d'Anita. Un gars qui s'appelle Cozy et que l'on ne voit pas (sa femme martèle la porte métallique de sa baraque). Une salope, Helena Shavers. Max, un batteur. Dans un club, Sarah Bowie chante The man I love, accompagnée par Oscar le contrebassiste et Harold le ténor. Le barman est un brave gars qui s'appelle Tadd.
Bon, vous devez connaître tout le monde maintenant. Ah oui, tout ce petit monde se tasse dans 180 pages divisées en 4: Intro, Thème, Solo et Final. C'est bien de jazz qu'il s'agit et, malgré les quelques coups de feu tirés au fil des pages, cela ressemble bien à un règlement de comptes entre souffleurs !
Autre musiciens cités pour la bande son: Gerry Mulligan, Miles Davis, Dinah Washington, Satchmo, Lester Young, Zoot Sims, Billie Holiday, Sonny Rollins, Bird, Chico, Count Basie, John Coltrane, Duke, Herbie Hancock.
Libellés : ZAY Dominique
#0055 Tony CARTANO
Notes: "Entre deux averses orageuses, des jazzmen noirs du cru jouent en quintette sur une estrade dressée dans Forsyth Park […] Entre les solos de saxo tenor et de trompette, loin dans le ciel gris, retentit le tonnerre. Le riff du batteur en parut ridicule, mais l'orchestre sympathique ne s'en laissait pas conter, swinguant de plus belle" (p.51-52) "Dynamisée par son clin d'œil ironique au public surchauffé, Joyce Cobb agrippe le micro d'une main, son harmonica de l'autre, et se lance dans un grass-root blues endiablé. Le solide quartet du King's Palace Cafe Orchestra soutient le swing étonnant de la chanteuse noire […] Jusqu'ici, Joyce et ses musiciens se sont permis d'intercaler, de temps à autre, un ou deux standards de variété au milieu des classiques du jazz […] A des qualités vocales à la Sarah Vaughan, Joyce Cooper associe un tempérament digne d'Aretha Franklin. Le ton monte, s'accélèrent les syncopes d'un rhythm & blues sacrément efficace […] Depuis longtemps, dès les années 1900, Memphis et Beale Street sont au cœur de l'histoire du blues et du jazz. (Paroles, en français, de Beale Street blues) Ainsi s'exprimait W.C. Handy (1873-1958), le Père du Blues […] De nombreux bluesmen, et non des moindres, connurent cette situation, Memphis Slim, Big Joe Williams, John Lee Hooker, ou B. B. King qui vient, d'ailleurs, d'ouvrir un club dans Beale Street" (p.69-70) "Le Peabody […] La belle époque ou les clients s'appelaient William Faulkner, Paul Whiteman (le chef d'orchestre et compositeur), ou Dorothy Lamour lors du tournage à Memphis du film Saint Louis blues en 1939. Les orchestres de Tommy Dorsey et de Harry James créent le fond sonore […] Du jazz blanc, interprété par des blancs, pour des blancs" (p.80) "Clarksdale, lieu mythique où est né le blues, le chant profond du Delta! […] John Lee Hooker, Ike Turner, Little Junior Parker, Sam Cooke et j'en passe, sont tous nés à Clarksdale. Le célèbre Muddy Waters y brûla sa jeunesse, avant de monter à Chicago […] The Stackhouse, Delta Record Mart […] Jim O'Neal […] Rooster Blues […] Living Blues Magazine […] Les Delta Cats seront au Blue Diamond […] Booba Barnes and The Playboys, des enfants de Clarksdale, sous le label Rooster. Et le plus extraordinaire disque de blues que j'aie entendu depuis longtemps: Midnight prowler de Frank Frost, sous la marque Earwig […] Un juke box se met à hurler une marche swinguée de Glenn Miller, bien blanche et militaire. Des fois qu'on confonde! […] La conclusion, je serais tenté de la donner à Big Jack Jackson dit The oil man, qui chante le blues dans les juke-joints de Clarksdale: "C'est pas si pire qu'avant. Le blues est devenu moins triste." Et d'enchaîner aussitôt sur un couplet à propos de la guerre du Golfe. A fendre l'âme […] Le génie des créateurs locaux, de Faulkner à Eudora Welty pour la littérature, ou de Muddy Waters à B. B. King pour la musique […] Grièvement blessée, la grande chanteuse Bessie Smith est transportée à l'hôpital de Clarksdale où elle mourra […] Dans les années 60, le dramaturge américain Edward Albee tira une pièce de ce drame: La Mort De Bessie Smith […] Dans Blue Spirit blues, Bessie Smith chantait: Now it's ashes to ashes, sweet papa, dust to dust, / I said ashes to ashes, I mean dust to dust / Now show me the man any woman can trust" (p.93-98) "Un saxo jouait Stormy weather sur le trottoir […] Leur style, un mélange de la poésie inspirée par l'expérience des Noirs américains à l'époque de Martin Luther King Jr. et d'improvisation jazzy à la Ornette Coleman ou Don Cherry" (p.186-187).
Libellés : CARTANO Tony
#0054 Charlotte CARTER
CARTER Charlotte, A la baguette (Drumsticks), 2000, Bourgois Policiers 2000, Trad. Michel Doury
D'abord, tous les chapitres ont des titres de standards jazz. Puis, c'est une histoire policière qui finit bien pour notre héroine Nanette, jeune saxophoniste noire.
Notes: "D'un ton agressif, j'ai demandé: -Qui a dit du mal de Charlie Rouse ? Bon Dieu, je ferai la peau au premier qui dira du mal de Charlie Rouse !" (p.7) "Voilà qui ne m'était jamais venu à l'idée, The topless lady saxophonist. Je serais certaine d'avoir ma place dans les annales du jazz" (p.16) "J'ai préparé le diner en écoutant le Lady Day / Lester Young que je préfère, et j'ai repassé This year's kisses deux ou trois fois" (p.23) "Un vieux monsieur bien propre apparemment porté sur le martini m'a fait jouer Save your love for me trois fois de suite" (p.28) "Pas du tout le style des clubs enfumés où Monk, Charlie Rouse, Art Tatum ou Max Roach (ajoutez le nom qu'il vous plaira) ont accédé à la gloire" (p.35) "J'ai attaqué avec Blue gardenia […] J'ai enchainé avec Gone with the wind et Street of dreams […] J'ai joué What's new, Just friends, Prelude to a kiss […] Elle voulait On the street where you live […] J'ai joué Imagination pendant qu'il s'occupait de deux clients, et quand j'ai attaqué Out of this world, il a applaudi" (p.60-61) "J'ai fini par lui raconter que je jouais du saxophone dans la rue, ce que bien entendu mon papa et ma maman ignoraient" (p.105) "Huit lamentations d'Abbey Lincoln, avec un bouleversant Love for sale" (p.126) "Mon café à la main, j'ai écouté Charlie Rouse dans Japanese folk song. Je me suis dit que j'allais changer le CD avant d'en arriver à l'hymne Blessed assurance (encore que sur l'étiquette on lise This is my story, This is my song) […] Et il faudrait davantage de courage que pour simplement entendre This is my story, ou I'll be seeing you, ou encore We'll be together again" (p.137) "J'ai eu droit à une version débile de Laura, puis à un pot-pourri du malheureux Jo Stafford (sic ! Je ne savais pas que c'était un homme! C'est bien imité !), ensuite aux Ray Coniff Singers dans Dontcha go 'way mad" (p.183) "Le CD qui m'obsédait à l'époque, Jimmy Scott. Il était vieux maintenant et cette voix étrange et surnaturelle le montrait assez. Il avait consacré son talent à un bizarre répertoire -comme Sorry d'Elton John." (p.244).
Aussi cités: Nancy Wilson, Stevie Wonder, Johnny Cash, Clifford Brown, Sarah Vaughan, Whitney Houston, Della Reese, Sammy Davis, Harry Belafonte, John Coltrane, Edith Piaf, Wynton Marsalis, Thelonious Monk, Big Mama Thornton, Fats Domino, Johnny Ace, Irma Thomas, Etta James, Rolling Stones, Barry White, Dexter Gordon.
Special Littérature et Jazz: "Emprunté à la bibliothèque une anthologie de Langston Hughes et une petite édition reliée en cuir de Cane, par Jean Toomer." (p.87).
Libellés : CARTER Charlotte
#0053 Josef SKVORECKY

Recueil d'essais publiés par JS avant son départ de Tchécoslovaquie en 1968 : Je suis né à Nachod, Comment j'ai appris l'allemand et plus tard l'anglais, Lire en liberté, Red music, Le camarade joueur de jazz, et un Interview à Prague. L'auteur raconte les moments les plus noirs de l'histoire de ce siècle par la chronique d'un petit peuple d'Europe Centrale. Il raconte aussi sa passion du jazz qui le soutient face aux événements. Une autobiographie suivie d'une interview à Prague en 1968. Le jazz est particulièrement présent dans les chapitres: Comment j'ai appris l'anglais, Red music et dans l'interview.
Comment j'ai appris l'anglais: "J'entendais les saxophones de Chick Webb et je compris en un instant le sens de l'expression "musique des sphères". J'entendais également une voix magnifique qui s'élevait au dessus des saxophones, et qui chantait dans la langue des cow-boys. J'écoutai attentivement. Je compris la première phrase: I've got a guy. La deuxième était plus difficile, et elle semblait contenir une erreur grammaticale: He don't dress me in sable […] la troisième phrase: He looks nothing like Gable […] vint une phrase facile: But he's mine […] j'ignorais alors que c'était Ella Fitzgerald, car, à cette époque, on ne s'intéressait pas au chanteur, ce qui comptait c'était le groupe dont le nom était sur l'étiquette […] A nouveau la phrase compréhensible: I've got a guy, puis When he starts into je ne sais quoi, Bet me ? Beat me ? Bit me ? Le sens du mot petting était inconnu en Bohême"
Red music: "je jouai du saxophone ténor […] Et quoi qu'en dise Leroi Jones, l'essence de cette musique, de cette façon de faire de la musique, n'est pas simplement la contestation. C'est quelque chose de bien plus fondamental: un élan vital, un puissant enthousiasme, une explosion d'énergie créatrice, époustouflante comme toute forme d'art authentique, que l'on ressent jusque dans le plus triste des blues […] Fondamentalement, nous aimions cette musique que nous appelions jazz, et qui était en fait du swing, l'enfant métissé de Chicago et de la Nouvelle Orleans […] ce vieux 78 tours Brunswick qui tournait sur un phonographe à manivelle, avec son étiquette ou on lisait à peine: I've got a guy, Chick Webb And His Orchestra With Vocal Chorus […] chanteuse inconnue […] il s'agissait de la grande Ella Fitzgerald, alors âgée de dix-sept ans […] Il y avait même un orchestre de jazz à Buchenwald, composé essentiellement de prisonniers tchèques et français. Cette époque ajoutait l'absurde à la cruauté: on était envoyé derrière les barbelés au nom même de la musique que l'on jouait dans leur enceinte […] Nous étions persuadés que Casa Loma était le nom d'un chef d'orchestre américain, un homme de la taille de Jimmy Lunceford, Chick Webb, Andy Kirk, le duc d'Ellington (Ellington avait rejoint la noblesse grâce à un traducteur tchèque qui avait trouvé son nom dans un roman américain et qui avait conclu qu'il devait s'agir d'un membre de l'aristocratie anglaise réduit par la pauvreté à gagner sa vie comme chef d'orchestre au Cotton Club), Count Basie, Louis Armstrong, Tommy Dorsey, Benny Goodman, Glenn Miller -vous n'en trouverez pas un que nous ne connaissions. Et pourtant, nous ignorions tout […] Il y avait un film suédois […] Swing it, magistern ! […] Nous tombâmes tous amoureux de la chanteuse […] Alice Babs Nielsson […] beaucoup plus tard, elle enregistra un disque avec Duke Ellington […] copie du film Sun valley serenade […] J'étais imperméable à l'intrigue hollywoodienne, mais hypnotisé par Glenn Miller […] la bande son de In the mood où Chattanooga choo choo […] A la place de Kenton, ils poussèrent Paul Robeson, comme nous le haïssions, cet apôtre noir qui acceptait de donner des récitals en plein air à Prague ! […] Nous montâmes une revue intitulée Really the blues (titre emprunté à Mezz Mezzrow) […] les années soixante virent se multiplier les festivals internationaux de jazz financés par le gouvernement. La scène du Lucerna de Prague résonna des notes de Don Cherry, du modern Jazz Quartet et de Ted Curson […] Le jazz, ce n'est pas de la musique. C'est l'amour de la jeunesse qui reste solidement ancré dans l'âme, à jamais inaltérable, tandis que la musique évolue, c'est l'appel éternel des saxophones de Jimmy Lunceford […] pour moi, le Duke est parti, Count Basie survit difficilement à une crise cardiaque, Little Jimmy Rushing s'en est allé où va toute chair anybody asks you -who it was sang this song, -tell them it was -he's been there and gone. Telle est l'épitaphe des petits Five-by-Five. Telle est l'épitaphe que je souhaite à mes livres".
Interview: Pas de citations mais une réponse émouvante à la question: Votre relation avec le jazz est, bien entendu, très particulière ? "Je vais vous dire: parfois, il m'arrive de me sentir seul et, soudain, j'entends du jazz, et c'est comme si on venait de me faire une piqûre d'un stimulant très puissant. Ce n'est pas seulement une question d'esthétique. Le jazz va plus profond; c'est une force psychologique, une merveilleuse force qui me donne de la joie et qui colore toute ma vie affective. C'est une source de plaisir sans fin, un des éléments de ma vie que le temps n'a pas détruit. Je ne suis pas collectionneur, je ne me mets pas dans un coin pour écouter des disques. Je ne pourrai probablement pas répondre correctement à une seule question d'un jeu sur le jazz. Mais j'aime cette musique anonyme. Récemment, je me suis aperçu que je n'avais pas écrit un seul livre dans lequel le jazz ne joue pas un rôle. Le jazz, et tout ce qu'il représente, est pour moi, une des clés de l'entreprise humaine. Il y a également d'autres courants qui entrent dans mon attitude vis à vis du jazz - des souvenirs du temps de la guerre, le rôle qu'il joua pour nous durant ces lugubres années, le fait qu'il était plus ou moins interdit, mais tout cela n'a que peu d'importance. Le jazz est, par dessus tout, une sorte de fraternité".
Voir aussi du même auteur #0015 "Le saxophone basse et autres nouvelles" en cliquant ICI.
Libellés : SKVORECKY Josef
#0052 Dominique RENAUD
RENAUD Dominique, Etat d'arme, 1998, Hors Commerce Hors Noir
Notes: "Il mit une pièce dans la fente du juke-box, sélectionna un tube de Ray Charles. Il n'avait pas vraiment le choix, et il voulait écouter du jazz. Le jazz, Renucci aimait. Un jour, alors qu'il était môme, son frère lui avait fait écouter Mazz Mazzrow (sic !) sur un phono et ça avait fait tilt dans ses oreilles de gamin. Il s'était alors trouvé un vieux tuyau chez un retraité de la fanfare puis chauffé les doigts en s'entraînant la nuit dans un sous-sol désaffecté en compagnie d'un groupe qui faisait le bœuf le samedi soir" (p.10) "C'est lui qui le premier lui avait fait connaître Thelonious Monk à une époque ou Coleman ne jurait que par Ray Charles et Nat King Cole. Pour l'inspecteur, ç'avait (sic !) été un choc, quelque chose de comparable à ceux qui, dans les années 40, découvraient le son du Bird en se demandant si il ne s'agissait pas d'un extra-terrestre" (p.24) "Le batteur donna le signal. Le quartet commença sur Cherokee, un standard, Renucci semblait aux anges. Il adorait ce thème des années 40 qu'il avait écouté la première fois interprété par Clifford Brown. Les musiciens s'essayèrent à quelques riffs avant d'enchaîner sur une composition de Monk, tandis que le pied de l'inspecteur continuait de battre la mesure […] A coup sûr il aurait préféré un jazz d'ambiance, banal comme une musique de variété, pour s'entretenir avec le vieux. Ce jazz-là était trop généreux pour qu'il ait eu envie de penser à autre chose" (p.51-52) "Les musiciens débutèrent sur une composition de John Coltrane, en contrepoint au bebop qui avait empli la salle peu de temps auparavant" (p.55) "Ses yeux tombèrent sur les photos de Bessie Smith et de Nina Simone" (p.56) "Dès les premières mesures, Coleman reconnut la trompette de Chet Baker. Un blanc qui se débrouillait sacrément bien" (p.59) Scène X non censurée: "Tu sais à quoi elle me fait penser quand elle est dressée comme ça ? -Non. -A la trompette de Gillespie. -Merde, quel compliment!" (p.61) "Coleman jeta un œil sur le nom du musicien: Miles Davis. Il sourit […] Sachant que son ami se refusait à écouter un jazzman qui avait osé critiquer le jeu de Monk" (p.91) "Coleman se versa une dose en repassant dans sa tête les premières mesures de Naima. Version Village Vanguard. New York 1966. Ces lignes au swing sublime qui faisaient penser à un sermon. Renucci lui en avait fait écouter plusieurs versions -toutes de John Coltrane. Il songea à ces nuits entières, quasi religieuses, qu'ils avaient passés ensemble à écouter successivement Parker et Coltrane" (p.177) "Le phono était allumé et passait un disque de Bud Powell en sourdine" (p.179) "Du jour où tu m'as amené dans cette boîte de jazz pour me faire voir et écouter Thelonious Monk. Himself. En 64, si je ne me trompe" (p.181) "Il avait découvert le jazz à l'âge de douze ans et lui en avait fait profiter aussitôt. Saxo-trompette. Une belle paire. La musique les avait liés […] Il aimait Clifford Brown, la nuit et les baltringues" (p.192).
Aussi cités: Joséphine Baker, Bob Dylan, Juliette Gréco.
Libellés : RENAUD Dominique















