Brice HOMS


J'ai reçu un commentaire aimable de Brice Homs qui m'informe que son roman (#0021 Blue) est en cours d'adaptation pour le cinéma aux Etats Unis. J'ai voulu lui répondre et, ne trouvant pas son blog, j'ai cherché sur le web. Surprise ! Il tient un superbe site qui m'a appris les diverses activités qui l'occupaient: écrire des chansons pour de nombreux artistes, des scénarios de cinémas, jouer de la guitare, vivre entre la France et la Louisiane et bien d'autres choses. Rendez lui visite ICI.

#0040 Simone ARESE


La comtesse Marie Thérèse Barubé de Damiette médite une révolution. Remplacer Chopin et Schubert par du jazz lors du concert qu'elle donne chaque année pour le cercle fermé de sa famille et de ses amis au début de l'été. L'arrivée des musiciens, cette faune particulière, ajoutée aux flammes d'un buffet Antillais, aura des effets dévastateurs sur la vie d'un hameau auparavant tranquille.
ARESE Simone, Madame la comtesse préfère le jazz, 1999, Du Rocher

Notes: "oui, elle oserait inviter des musiciens de jazz. Elle était allée en écouter quelque fois, dans des salles de spectacles, comme n'importe quelle roturière, se surprenant alors à taper du pied et secouer le tête en mesure […] il savait que son épouse, trente troisième comtesse du nom, qui interprétait si merveilleusement Chopin sur leur grand queue laqué noir, s'encanaillait à suivre des cours de musique nègre, deux fois par semaine" (p.9) "La comtesse crut découvrir que le jazz rendait incontinent, et elle se promit de poser la question au médecin qui soignait les prémices de sa ménopause" (p.16) "On annoncait le dernier morceau de la répétition: Saint Louis blues […] le temps qu'avait duré la répétition, elle avait subi le viril ascendant du saxophoniste […] Au moment où elle annonça Satin doll au public, il se jura de la conquérir avant la fin de la nuit" (p.17) "Le clarinettiste abandonna un temps de souffler dans son instrument pour chanter Georgia en parodiant Ray Charles […] se balança en cadence quand on interpréta Tea For Two […] La comtesse proposa de rejouer Satin Doll" (p.26).

#0039 Ishmael REED


REED Ishmael, Mumbo jumbo (Mumbo jumbo), 1972, Seuil 1975 / ReEd. L'Olivier, Trad. Gérard H. Durand
Ce délire verbal et musical évoque l'impossible rencontre de Richard Wright, Jack Kerouac et l'Art Ensemble of Chicago, ou James Baldwin, Boris Vian et Sun Ra. Il décrit la lutte éternelle entre l'Occident colonisateur, monothéiste et prosélyte et l'Afrique accueillante, polythéiste et tolérante. L'arme des Noirs-Américains: Djeuze Grou (jus'grew, le juste poussé), le chant qui naît-comme-ça, pousse-comme-ça et met en relation le peuple noir d'Amérique avec ses divinités et sa culture d'origine. En deux mots: le blues et le jazz, sous toutes leurs formes. Comme: "Djeuze Grou, ce Quelque Chose qui a permis à Charlie Parker d'escalader les gammes pour atteindre un Everest. Vole, plonge, glisse, s'élève puis c'est la vitesse divine, c'est la voix par-delà la voix d'Otis Redding, c'est Djeuze Grou qui se glisse du saxophone de John Coltrane" (p. 273-274).

#0038 Susie MORGENSTERN


MORGENSTERN Susie, La première fois que j'ai eu 16 ans, 1989, L'École Des Loisirs / ReEd. Médium.
Notes "Je dirige mes notes vers le sous-sol, des gammes infernales, des exercices rebutants, pizzicati pénibles. Je fais des muscles aux cordes, les cordes forment une croûte dure sur mes doigts. Chaque do, chaque sol bécarre, chaque si bémol est une paillette de plus sur la veste du jazz-band" (p.19) "En fait, les garçons du jazz-band sont des merveilles, surtout Ken Foley le tromboniste […] Une fois admis dans le jazz-band, on y reste jusqu'à la fin des études secondaires" (p.21) "L'épreuve consiste à jouer Take the A train avec l'orchestre en y incorporant un solo improvisé […] Je lève les yeux pour penser à ma veste en paillettes du jazz-band" (p.44) "Je continue à jouer avec le jazz-band pendant que l'idée d'étendre mon activité musicale prend racine en moi […] Mais les filles saxophonistes, trompettistes, trombonistes ne sont pas encore nées, ou du moins, pas à ma connaissance […] Je décide donc de faire avec ce que j'ai et mon ensemble de jazz se trouve à mi-chemin entre un quatuor à cordes, un quintette mozartien et un méli-mélo de premier ordre" (p.81) "Joe sort son saxo de sa boîte et se met à jouer Silent night" (p.116) "Je suis à bout de forces quand les juges nous déclarent lauréats du concours de boogie woogie" (p.161) "Le Jersey Jazzy All Girls Four a un emploi du temps rempli" (p.162).

#0037 Barry HANNAH


Geronimo Rex décrit, dans les années 1958-1965, l'adolescence, puis le passage à l'âge d'homme du jeune Harry Monroe. Il habite une bourgade dans le sud du Mississipi. Le contremaître noir de la scierie, qui dirige la fanfare locale, a une admiration éperdue pour Sousa et ses marches solennelles mais n'a que mépris pour le jazz, une musique de nègres.
HANNAH Barry, Geronimo Rex (Geronimo Rex), 1970, Gallimard 2000, Trad. Philippe Mikriammos
Notes: "On avait là une formation musicale qui vous interprétait des marches de Sousa à faire s'entrechoquer les cieux" (p.16-19) "Toute l'importance que Jones accordait à la musique de ce John Philip Sousa, compositeur de marches aussi monumentales que Stars and stripes forever, Washington post et une tapée d'autres […] en exclusivité dans un cinéma de Pennsylvania Avenue, Stars and stripes forever, l'histoire de la vie de John Philip Sousa Avec Clifton Webb […] Sousa dirigeait un orchestre de musiciens en luxueux uniformes blancs dans une rue de Pennsylvanie […] Un certain nègre hurleur de rock and roll, originaire de Georgie et répondant au nom de Little Richard […] Si c'est pour moi, pas la peine de passer ces gémissements sur ton appareil ! -C'est Fats Domino. -J'te dis que j'veux pas entendre ça ! -Fats Domino est de la Nouvelle Orleans […] D'un gros haut parleur installé sur une console en bois de pécan sur la plage arrière, pour entendre des types comme Elvis, Mickey et Sylvia, Little Richard et Fats Domino […] J'écoutais Elvis et Fats grogner sur tous les tons" (p.36-43) "Le jazz c'est ramer vers l'enfer dans une barque taillée dans un cul de nègre (sic !) […] Il me répondit qu'il aimait la marche de Lohengrin, celle d'Aïda, les marches de Purcell, diverses marches britaniques et françaises, à peu près toutes les marches récentes, mais plus que tout, John Philip Sousa" (p.116) "Il s'agissait de Mose Allison, un type blanc de Tippo, Mississipi, qui chante comme un noir plus que n'importe quel non-noir au monde […] Cette chanson était chantée par un blanc qui fit croire qu'il est de couleur. Il s'appelle Mose Allison. Butte n'en revient pas. Un blanc qui fait comme si il était de couleur ! Un homme qui s'est vu accorder la même race et le même héritage culturel que John Philip Sousa" (p.122) "Près de la cheminée, les pulsations du rock and roll (Ray Charles dans What'd I say et Sticks and stones) sortaient d'un haut-parleur aussi grand qu'une bouche de nègre géant" (p.132) "En écoutant Sonny Stitt sur le phono, je pensai à Adolphe Sax, l'inventeur du saxophone. Puis j'écoutai David Newman, saxophoniste de l'orchestre de Ray Charles. Quelle histoire tout de même, d'avoir inventé l'instrument à vent qui parle !" (p.209) "Bobby Blue Bland cassait la baraque avec son Letcha light shine ! Qu'a bien pu devenir Bobby Blue Bland ?" (p.214) "Jusqu'à présent, nous avions eu droit à du Count Basie arrangé, mais sans recherche, sur des rythmes de marche" (p.234) "La station colorée de Jackson, sur laquelle on entendait B. B. King et quantité d'autres maîtres de la gratte et de l'anche" (p.247).
Et un petit supplément de Spéciales Littérature et Jazz: "J'avais le jazz, des milles et des milles de blues, et une piste sans fin de rythme en moi […] Moi, quand j'en avait envie, je jouais simplement du jazz, je jouais le blues fort et mouillé, porte grande ouverte […] Nous faisons simplement de la musique de jazz. Ce garçon a mis une sourdine sur sa trompette et joue merveilleusement […] Pourquoi, pourquoi, pourquoi diable a-t-il fallu que tu te mettes à penser en plein milieu du meilleur jazz que tu aies jamais joué ? […] Les musiciens montaient la garde sur le moelleux de l'ambiance, même quand ils jouaient du bop. Je notai que le trompettiste faisait pas mal de fausses notes, mais elles passaient inaperçues grâce à sa sourdine métallique (sic !)" Et il y en a plein des phrases comme cela !

#0036 Noël BALEN


BALEN Noel, La musique adoucit les meurtres, 1987, Liana Levi. ReEd en deux volumes aux Editions Mille et une Nuits
Une gamme de nouvelles noires, brutales et tendres, orchestrées dans un violent crescendo. La musique, souvent Classique mais toujours présente, accompagne l'écriture. Noël Balen, contrebassiste et compositeur est né en 1959. Chroniqueur à Jazz Hot. Son premier livre avec quatre nouvelles jazz.
In a sentimental blue (4 pages) "On roulait peinard entre Agde et Sète. […] Une cassette de Count Basie. In a sentimental blue […] In a sentimental blue […] L'air sale et le piano de Count Basie. In a sentimental blue […] Elle m'a demandé la cassette de Basie. In a sentimental blue […] In a sentimental blue. Le big band de trompettes criardes et de saxos rutilants. L'air sale et le piano de Count Basie. In a sentimental blue" (sic ! Citations in extenso. Tout cela en 4 pages!)
33 tours et puis s'en vont (16 pages) "les fiches qu'il avait classées la veille au soir. Lettre K, entourée d'un rond vert, sur bristol 12,5x20 à petits carreaux…KE…Kenton…K…Kessel Barney…KI…KIN…King Albert, King B. B., King Freddy…Kirby John, Kirk Roland […] Devait-il le classer à la lettre N juste entre Nanton Tricky Sam (tb) New York City NY 1904-1948 et Navarro Fats (tp) Keywest FL 1923-1950 ? […] Aucun doute possible, juste entre Cole Cosy et Coleman Bill […] COLE "NAT" KING Montgomery Alabama 1917-1965 […] Le dernier Jazz Hot, Miles Davis en couverture […] j'ai eu du mal, mais j'ai fini par trouver le King Cole que vous m'aviez demandé, The touch of your lips, chez Capitol ? -Oui, je vous l'ai dégotté en pressage original ça n'a pas été facile. Par contre, pour The fox d'Harold Land, je l'ai trouvé seulement en réédition chez Contemporary […] Tenez vous bien, un West coast all stars introuvable avec Frank Rosolino, Jimmy Rowles, Shelly Manne et compagnie, The jazz skyline de Milt Jackson, un original de 56, entièrement neuf, jamais écouté, et alors là, attention! le fameux Anita O'Day, enregistré à Chicago […] Son regard noyé d'admiration et de reconnaissance, glissa sur le reflet glacé de la pochette, la tête renversée d'Anita O'Day, sa bouche ouverte sur l'éternité […] Le grand orchestre d'Eddie Barclay, arrangements de Quincy Jones avec Kenny Clarke, Don Byas et Lucky Thompson […] Je l'ai déjà entendu, y'a même Grapelli dedans […] en classant mes King Cole, je me suis aperçu qu'il manquait Just one of those things, c'est un Capitol de 57, arrangé par Billy May […] j'ai entendu parler d'un pirate avec des inédits de Mingus en trio avec Farlow et Norvo […] prêt à échanger tous les anciens numéros de la revue Metronome contre l'intégrale en 78 tours du Quintet du Hot Club de France […] La guitare suave d'Herb Ellis balbutia une phrase de bienvenue troublée et la voix de cristal pur d'Anita O'Day s'illumina, scintillante […] La sophistication gouailleuse du scat d'Anita O'Day se perdait dans les grains d'arpèges du pianiste […] Rubrique White Women Singers. Il parcourut très vite l'alignement resseré des disques étiquetés et s'arrêta net sur Trav'lin' light V-62157 […] La photo, rongée par la semence acide et corrosive de Benjamin, laissait apparaître entre deux boursouflures grotesques le visage vitriolé d'Anita O'Day"
Chorus (4 pages) "Une audition. Jouez moi un truc rapide dans le genre Bernie's tune […] Clé de Sol. 4 - 4. Ré mineur (etc. Description du chorus par l'interprète)"
Lena's blues (23 pages) "avant de s'arrêter sur un clip de Stevie Wonder, Do I do…What I do […] Little Stevie et sa rangée de dents blanches […] au rythme de la basse ronflante de Nathan Watts […] Do I do…Love tooo you […] Do I do Dizzy Gillespie en plein chorus à côté de Stevie […] croyait reconnaître un morceau de Marvin Gaye […] Sexual healing… get up, wake up, wake up. Oui, c'était bien Marvin Gaye […] Baby I got sick this morning… I want sexual healing… get up, get up !. C'était ça aussi l'Amérique, une certaine idée de la musique […] elle préférait lire Down Beat. A la rubrique Spectacles. On annonçait un concert exceptionnel de l'Art Ensemble Of Chicago au Carnegie Hall. Intéressant. Les frères Marsalis avaient joués la semaine dernière au Sweet Basil, Bobby Mc Ferrin était venu les rejoindre sur scène. Il y avait aussi un article sur Chico Freeman et Don Cherry pour un éventuel passage au Blue Note […] reprit la lecture de Down Beat. Dimanche prochain, il y aurait une célébration de Mahalia Jackson à St Peter church, l'église même ou fut célébré l'enterrement de Thelonious Monk le 22 fevrier 1982 […] Autumn in New York - Why does it seem so inviting. Ré, do, si b, sol, fa. Autumn in New York. Mais comment n'y avait-elle pas pensé ? It's Autumn in New York - That brings the promise of new love […] Elle avait relevé la grille d'accords sur ce vieux disque de Billie Holiday. Un Verve de 1952. Oscar Peterson au piano, Barney Kessel à la guitare, Ray Brown à la basse, J. C. Heard à la batterie. Et Billie Holiday, une fleur blanche dans les cheveux. Autumn in New York - It's good to live it again […] Autumn in New York - The gleaming rooftops at sundown […] Autumn in New York - You'll need no castles in Spain […] Autumn in New York - It's good to live again […] Autumn in New York - Lovers that bless the dark - On benches in Central Park - Autumn in New York […] Autumn in New York - It's good to live…again […] l'homme (l'assassin) refrapperait à l'automne prochain. Il suffisait d'attendre l'automne à New York. Ré, do, si b, sol, fa"

#0035 Alessandro BARICCO


Novecento n'a jamais connu d'autre univers que la mer. Devenu pianiste sur ce bateau dont il ne descend jamais, il en devient un rouage et n'existe qu'a travers lui. Virtuose, enflammant les Roaring Twenties, défiant Jelly Roll Morton, Novecento joue une musique jamais entendue, merveilleuse, à laquelle il restera lié pour l'éternité. Toute la vie du pianiste Novecento, racontée par son ami trompettiste, depuis sa découverte sur le bateau dans une boite en carton posée sur un piano, agé de quelques jours, à sa mort plus de 30 ans plus tard, toujours sans avoir quitté le bateau. Episode jazzante lors de la rencontre avec Jelly Roll Morton venu le défier après avoir connu sa réputation.
BARICCO Alessandro, Novocento pianiste. Un monologue (Novocento, un monologo), 1994, Mille et une Nuit 1997, Trad Françoise Brun
Notes: "Avec ma trompette […] Et je me suis mis à jouer […] Et puis il m'a demandé: -C'était quoi ? -Je ne sais pas. -Quand tu ne sais pas ce que c'est, alors c'est du jazz […] On jouait du ragtime parce que c'est la musique sur laquelle Dieu danse quand personne ne le regarde. Sur laquelle Dieu danserait, s'il était nègre […] A la clarinette, Sam "Sleepy" Washington ! Au banjo, Oscar Delaguerra ! A la trompette, Tim Tooney ! Trombone, Jil Jim "Breath" Gallup ! A la guitare, Samuel Hockins ! Et enfin, au piano, Danny Broodman T. D. Lemon Novecento. Le plus grand […] Ce fut durant l'été 1931, que Jelly Roll Morton Monta sur le Virginian […] Quand il faisait des concerts, il écrivait sur les affiches: ce soir, Jelly Roll Morton, l'inventeur du jazz. Ce n'était pas juste une manière de dire, il en était convaincu […] Quelqu'un alla trouver Jelly Roll Morton et lui dit: il y a un type sur ce bateau, au piano il fait ce qu'il veut. Si il a envie, il joue du jazz, mais s'il n'a pas envie, il te joue un truc, c'est comme vingt jazz à la fois […] Jelly Roll commença à jouer. Ragtime. Il ne jouait pas, il glissait. C'était comme une combinaison de soie qui glisserait doucement le long du corps d'une femme, mais en dansant […] Jelly Roll termina en brodant de petites notes invisibles, tout là-haut, là-haut, à la fin du clavier, comme une petite cascade de perles tombant sur un sol de marbre […] Jelly Roll envoya un blues à faire pleurer un mécano allemand, tu aurais dit qu'il y avait tout le coton de tous les nègres du monde là-dedans, et que lui, il était en train de le ramasser, avec ces notes là"

#0034 Rafi ZABOR


ZABOR Rafi, Un ours à Manhattan (The bear comes home), 1998, Denoël 1999, Trad. Philippe Rouard
L'ours est un virtuose du saxophone et suscite l'admiration des plus grands jazzmen. Un New York jazzy ou l'on croise les grands du jazz. Un micro échantillon: "Pourquoi le jazz ? [...] je n'ai pas besoin de jouer une autre musique. Il y a assez de sagesse dans le be-bop pour en remplir toute une vie. C'est incroyable ce qu'il faut avoir appris, avant de sortir un seul chorus correctement. Ouais, il faut bien connaître la vie. Sans parler du saxo" (p.17) "s'il n'y a pas quelque lien profond et même fondamental entre l'espèce des ursidés et les musiciens de jazz en général ?" (p.30) Pensez à Bird, à Mingus, à Monk, et Jaki Byard, Steve McCall, Arthur Blythe. Dans ce roman, on aura le grand plaisir de croiser, outre ceux déjà cités, un quantité astronomique de musiciens: Julius Hemphill (à qui il est dédié), David Murray, Sonny Rollins, l'Art Ensemble, Fred Hopkins, Hilton Ruiz, Billy Hart, Charlie Haden, Carla Bley, Jack DeJohnette, et j'en passe. À Bowie, ce cher et regretté Lester;qui tient ici un rôle très important avec sa blouse blanche et son stéthoscope, le mot de la fin, la première fois qu'il rencontre l'Ours venu faire le bœuf au Tin Palace, il sourit, "J'adore [...] Et je sens que j'vais adorer ça cent fois plus encore quand j'aurai découvert ce que c'est [...] Cent putain de fois plus" (p.26-27).
En dehors de toutes les qualités jazz littérature indéniables de ce livre, et d'un point de vue purement littéraire, j'ai été très déçu. Je trouve vraiment dommage que l'Ours ait conclu avec Iris à la fin de la troisième partie. Jusque là, l'Ours était, pour moi, un être parfait et je ne m'étais jamais demandé comment il pouvait jouer du saxo avec ses griffes et sa gueule ni comment il pouvait dévisser le bouchon d'une bouteille ni mille autres choses qu'il faisait constamment. Je trouvais normal qu'un Ours fasse tout cela. Enfin, je ne me posais pas la question. La scène de l'Ours faisant l'amour avec Iris, me l'a brutalement rendu concret et m'a fait perdre l'Ours imaginaire auquel je m'étais très bien accoutumé et même attaché. Surtout que Zabor ne manque pas de détailler la scène pour nous dire comment c'est possible alors qu'il ne s'est jamais inquiété de nous expliquer comment était réalisable tout ce que faisait l'Ours, et ce n'est pas rien, avant ce coït ursidus. Pour moi, il y a eu une rupture à ce moment du roman et je dois avouer que j'ai eu du mal (pas trop) à reprendre la quatrième partie. Je suis tombé de haut avec cette découverte que l'Ours existait et qu'il pouvait avoir un comportement humain très banal. D'ailleurs, pour moi, la fin du roman m'est plus apparue comme l'histoire d'un musicien en tournée qui avait des problèmes conjugaux à régler que comme celle d'un Ours magique. Mes souvenirs des Ours (le vrai et le faux) de John Irving me sont revenus et dans les deux cas je n'avais eu cette sensation. Ils avaient gardés plus de mystère. Je pense pourtant que Zabor a lu Irving et que sa proposition de transport en side-car n'est peut être un clin d'œil qu'il lui fait. Je crois que Zabor à fait l'erreur de rompre la magie avec cette scène. A lire absolument malgré mes commentaires!

#0033 Hernan RIVERA LETELIER


RIVERA LETELIER Hernan, Mirage d'amour avec fanfare (Fatamorgana de amor con banda de musica), 1998, Metailie 2000, Trad. Bertille Hausberg
Roman Chilien. Elle joue du piano et enseigne la déclamation poètique, elle est toute délicatesse et sensibilité. Il est trompettiste de jazz dans les bordels de la région. Ils se sont rencontrés…
Notes: "Ils se rendraient tous à la Société Philarmonique pour y danser au rythme de la musique interprétée par le même orphéon transformé en joyeux jazz-band" (p.20) "première trompette dans le Royal Jazz-Band d'Antofagasta. L'un des meilleurs jazz-band du Nord […] il se mit à expliquer pourquoi il avait quitté le jazz-band […] Tandis qu'il jouait les mesures d'un one-step plein d'entrain" (p.76) "Quand il se mit à jouer, ses phrasés d'or puissants illuminèrent soudain l'atmosphère et remplirent de sonorités le local tout entier. L'air vibrait. Le pianiste, un mulâtre en frac à l'air maladif, retourna sur l'estrade pour essayer de le suivre au piano dans le meilleur style jazz" (p.83) "il parlait avec une admiration fanatique de King Oliver, -le plus grand trompettiste du moment-" (p.143) "Quand ils eurent fini le one-step […] Il lui parla ensuite de Ferdinand Joseph La Menthe, un pianiste plus connu dans le monde du jazz classique sous le nom de Jelly Roll Morton […] au point de se déclarer l'inventeur du jazz […] il avait perdu le seul disque de Morton qu'il avait réussi à se procurer, un solo de piano brillantissime, un véritable bijou. Pour les revues spécialisées de jazz, c'était la même chose: il les semait de tanière en tanière" (p.144) "Enlève au moins ton chapeau, lui dit-il, j'ai l'impression de tenir Jelly Roll Morton dans mes bras" (p.169).

#0032 Eddy L. HARRIS


HARRIS Eddy L., Harlem (Harlem), 1996, Liana Levi 2000, Trad. Christine Denizon
Harlem. Le seul bout de terre qui appartienne totalement aux Noirs en Amérique. Dans le bien et dans le mal. De plus en plus dans le mal. Ceci n'empêche pas le narrateur de cette chronique de retourner y vivre. Et de nous raconter, en remontant le temps.
Notes: "J'avais la sensation de marcher parmi les fantômes du passé de Harlem, d'être venu ici tout comme ils y étaient venus, comme Langston Hughes était venu et Duke Ellington était venu, et eux tous" (p.57) "En 1923 lorsque Duke Ellington y était venu pour la première fois […] On raconte que le Duke aurait quasiment rugi d'enthousiasme" (p.61) "Harlem était vraiment Harlem, temps d'avant guerre où le jazz était roi et Edward Kennedy Ellington le Grand Duc […] J'entends l'air dans ma tête sitôt que je mets les pieds dans le métro pour monter à bord de cette célèbre rame, le A Train, la musique de Billy Strayhorn, l'orchestre de Duke Ellington, la voix soyeuse d'Ella Fitzgerald" (p.99) "C'était, comme Duke Ellington s'était exclamé à son arrivée, un endroit tiré des Mille Et Une Nuits, un temps d'une surprenante animation, avec des fêtards et des noceurs incroyables" (p.115) "On avait pas la moindre envie d'y habiter, si on était Blanc, mais on voulait y aller: au Cotton Club, au Pod's and Jerry's Catagonia Club, à la Tillie's Inn, on voulait entendre l'orchestre de Duke Ellington, de Fletcher Henderson, ou Cab Calloway […] Quand nous pensons à Harlem, c'est ce mythe là qui nous vient à l'esprit, cette époque de nuits torrides et de jazz endiablé" (p.116).
Aussi cités: Ralph Ellison, Langston Hughes, J. W. Johnson, Marcus Garvey, Claude McKay, W. E. B. Du Bois, Nella Larsen, Alain Locke, Carl Van Vechten.

#0031 Marcel DUHAMEL


DUHAMEL Marcel, Raconte pas ta vie, 1972, Mercure de France
Plus de 600 pages de souvenirs en tous genres et aussi en jazz !
Notes: "Et pourtant, depuis que nous avons découvert le jazz New Orleans et Louis Armstrong, nous nous payons un véritable festival de 78 tours que nous nous cassons mutuellement sur la tête, une fois l'attrait de la nouveauté épuisé. Quand je pense que, des années plus tard, il me faudra faire des kilomètres à pied, aux Puces, chez les disquaires de banlieue (et même jusqu'aux foires à la ferraille d'Afrique du Nord, quand je passerai par là) pour en retrouver çà et là un exemplaire éraillé" (p.169) "Où allons-nous ce soir ? Chez Bricktop, bien sûr. C'est Aragon qui est passé me prendre et qui m'emmène faire une virée à Montmartre. Car, pour les amateurs de vrai jazz, c'est encore là qu'opèrent les meilleurs orchestres de New Orleans, au Florence, au Plantation, au Grand Duke, au Zelly's. Le Grand Duke, c'est rue Pigalle, et c'est là que Bricktop reçoit. Elle danse, chante du folklore, des spirituals, accompagnée d'un unique et remarquable batteur, Buddy Gilmore. Et, par intermittence, d'un pianiste. Ne serait-ce pas Tony Jackson ? […] Et nous sortons de là ivres de blues et de gin, vers six heures du matin" (p.192) "Je prends le métro, le même soir pour me rendre à Harlem, capitale, entre autres, du jazz New Orleans […] Le cabaret Small's Paradise affiche une soirée de bienfaisance avec une demi-douzaine d'orchestres, dont Armstrong, Henderson, Ellington, etc. […] Chez Small's, c'est bourré. Fletcher Henderson et son ensemble mettent le feu à la baraque. Un serveur, entre deux tours de locomotive-claquettes autour de la piste, son plateau à bout de bras, me colle à une petite table […] Les orchestres se relayent toutes les dix minutes. Les numéros aussi. Le public est presque uniquement noir. Un couple, installé dans un box, agite un billet en direction de la chanteuse de blues qui, ausitôt, vient chanter pour eux. Comme dans toutes les boites, avec cette différence qu'un extraordinaire numéro de claquettes dansé par deux gosses d'une dizaine d'années, remplace illico sur la piste la chanteuse qui continue de pousser son blues pour la clientèle privée […] Le surlendemain, je me retrouve seul à une table, au Small's Paradise. Le Blues, le Shimmy, le Boogie et le Charleston, je m'en fourre jusque-là. J'en fais provision pour le reste de mes jours" (p.227-229) "Aucun doute, la première revue nègre au théatre de Champs Elysées date de 1925. Pas question de manquer ça. Et ça vaut la peine. Dans des décors de Paul Colin, le ballet des girls, du miel à l'ébène, avec Joséphine Baker simple exécutante, vêtue -mais qui l'ignore encore- d'un régime de bananes, qui frétille du panier avec frénésie et, sur un fond de goudron noir, l'apparition de Sidney Bechet poussant une voiture des quatre saisons en jouant Tin roof blues sur son saxo" (p.244) "(au Bal Nègre, rue Blomet) La clarinette de Léardet vous éclate en pleine poire, pétillante comme des trilles d'alouette dans un champ de pâquerettes, et comment résister à cette sirène ? […] Sam Castendet, ou Léardet, ou Exotic Jazz, tous Antillais […] Le rythme atteint son paroxysme, éliminant insensiblement les Blancs de la piste et pour le quadrille que tout le monde attend, seuls quatre couples restent face à face. Finalement, les femmes abandonnent elles aussi, laissant s'affronter quatre Noirs ruisselants de sueur, possédés par l'orchestre et par la clarinette de Léardet comme par la flute enchantée" (p.364-366) "Avec Henri Filipacchi, on court Paris et sa banlieue, à la recherche de disques de jazz. Les disquaires étant à sec, restent les brocanteurs, les marchés aux puces et même la Foire à la Ferraille […] Mais c'est, la plupart du temps, non des Armstrong Okeh d'origine (ou alors hors d'usage) mais des disques des vedettes du Caf'Conc […] Encore du Lombardo. Et puis, en dessous, le pactole: une dizaine d'originaux de New Orleans, Armstrong, Cotton Pickers, Blue Bmowers, Bix, etc. […] Il lui arrive fréquemment d'improviser des concerts de jazz pour les amis, avec, par exemple, le violoniste Stéphane Grapelly, un pianiste, un clarinettiste, etc. […] Je repére dans un coin un personnage de trente-trente-cinq ans, moustache et tignasse noires, un peu dégarni sur les tempes, assis tout timide avec, au pied de sa chaise, une boîte à guitare. Il écoute puis, lentement, prend la boîte, l'ouvre, en sort son instrument, pince quelques notes et, soudain, se décide et accompagne Night and day, le solo de Grappelly, comme s'il n'avait fait que ça toute sa vie. C'est Django. désormais, ils ne joueront plus l'un sans l'autre" (p.475-476).

#0030 - Pierre MOINOT


Dans les années cinquante, un membre d'un groupe d'amis amateurs de peinture est assassiné dans une des salles de l'Hôtel Drouot. Il venait d'y acheter à bas prix un tableau qu'il considérait comme un Vermeer disparu, Le cavalier à l'aiguière. Un autre meurtre suivra. La passion est le véritable sujet d'Attention à la peinture. Passion de la peinture, du rugby, du Béarn, du jazz, de la bonne chère et du bon vin.
MOINOT Pierre, Attention à la peinture, 1997, Gallimard Noire
Notes: "Nous allons faire les bourgeois et dîner chez Lipp, après vous choisissez, le hot au club Saint Germain ou le New Orleans au Vieux Colombier […] au Club Saint Germain, de grands musiciens américains qui passaient sur les scènes de la rive droite venaient souvent, après leur spectacle, faire un bœuf, comme on disait, avec le violon magique de Grapelli, Martial Solal ou Arvanitas au piano, Michelot à la contrebasse, bien d'autres dont Django Reinhardt que la maladie éprouvait déjà, au Vieux Colombier, on dansait plus cool avec les clarinettes de Sidney Bechet et de Claude Luter qui avait quitté le Lorientais, la trompette de Boris Vian, Don Byas l'ancien saxo de Duke Ellington, Moustache à la batterie, Django qui se partageait. Je vous propose de faire comme Django, d'abord le be-bop rue Saint Benoit, ensuite nous danserons au Vieux Colombier des blues de Glenn Miller ou Nuages, nous danserons sur Nuages" (p.70-72) "Mon petit fils […] Il a manifesté quelque étonnement presque admiratif à l'idée que j'allais au Vieux Colombier entendre la clarinette de Sidney Bechet, ou à la Rose Rouge où Gréco chantait Les feuilles mortes. Ce qui le passionne en revanche, c'est l'idée que sa géniale grand mère faisait le soleil dans une des figures du be-bop" (p.163).

#0029 - Spike MILLIGAN


Spike Milligan est né en Inde en 1918. Il devient musicien dans un orchestre de jazz, puis se fait connaître après la guerre comme auteur et acteur comique. En septembre 1939 enrôlé sous les drapeaux, il prend beaucoup plus à coeur la réussite du groupe de jazz qu'il a formé que la formation dispensée (de façon un peu courtelinesque) par les autorités militaires. Milligan multiplie depuis quarante ans les best-sellers. Auteur d'une cinquantaine de livres, il n'a jamais été traduit en France avant ce livre.
MILLIGAN Spike, Mon rôle dans la chute d'Adolphe Hitler (Adolph Hitler, my part in his downfall), sd, Anatolia / Le Rocher 1998, Trad. Béatrice Vierne
Notes: "Depuis trois ans, je jouais de la trompette dans l'orchestre des Ritz Revels […] C'est le dernier cri en Amérique. Cab Calloway a le même veston. -Ça doit être un rude con, déclara notre batteur" (p.24-25) "J'avais emmené ma trompette à la guerre […] Inutile de dire que j'entrai au plus vite en contact avec les mordus du jazz […] Harry jouait du piano […] Il ne savait pas lire la musique, mais il avait deux tonalités de prédilection, le fa dièse et le do dièse ! Les deux tonalités qui frappent de terreur tout musicien de jazz […] Il jouait de la guitare […] On demande un batteur […] Candidats de couleur, s'abstenir, exception faite pour ceux qui porteraient des noms tels que Duke Ellington […] Bon, et maintenant où trouver une batterie de jazz ? […] Qui se prenait volontiers pour un Bing Crosby en uniforme, se chargeait souvent des parties chantées […] Il nous déclara qu'a son avis Charlie Kunz était le plus grand pianiste de jazz du monde. Une espèce de Duke Ellington blanc" (p.47-52) "Club du rythme de la BBC organisait des auditions pour dénicher les meilleurs musiciens de jazz inconnus -les gagnants devaient enregistrer un disque […] En bref, que l'on sache que je fus élu meilleur trompettiste, et qu'en compagnie du meilleur alto, du meilleur trombone et du meilleur ténor, j'enregistrai un disque. Le pianiste engagé par la BBC n'était autre que George Shearing, alors presque inconnu, et pendant une heure, en compagnie de Harry parry, nous gravâmes six faces […] J'avais le sentiment d'être désormais un musicien de jazz confirmé, et avant de me laisser partir George Shearing me lança: -J'espère qu'on se reverra et qu'on rejouera ensemble" (p.62-63) "Ma semaine de service gravitait autour d'un phonographe […] et des disques de jazz que je rapportais de mes permissions. Une tasse de thé, une cigarette et un disque de Bunny Berrigan en train de jouer Allons-y, c'était le pied" (p.87) "Je fais une imitation de Paul Robeson. Vous arrivez a point nommé pour mon bis. Et je me mis à chanter: Ole man ribber, dat ole" (p.94) "La maison avait été détruite par une bombe, et parmi les victimes figurait ma collection de disques -tous sauf un que je posséde encore: Jimmy Luncefords Bugs Parade" (p.117) "Du jazz ? dit-elle. C'est pas ce machin qui fait tant de bruit ?" (p.120) "On pouvait y admirer l'orchestre de Glenn Miller dans Sun valley serenade, c'est-à-dire un véritable festin de jazz pour grand orchestre, avec en prime au moins dix excellentes chansons" (p.123) "Nous jouâmes pendant une heure […] et les inévitables blues" (p.146) "C'était merveilleux de farfouiller dans la cale parmi les chenillettes et les obusiers, et de tomber sur une batterie de jazz […] quoi de plus merveilleux que de faire du jazz. Car, enfin, le jazz n'a jamais déclenché une guerre, ça c'est sûr" (p.161).

#0028 - Kleber HAEDENS


HAEDENS Kleber, Lettres de la petite ferme, 2000, Grasset
Mélange de carnet de bord, de conversations à voix haute et de notes quotidiennes. Haedens, écrivain et chroniqueur à Paris Presse, France Soir et au Journal du Dimanche.
Notes: "Nous dansions depuis minuit dans une cave enchantée par un petit orchestre de jazz, à la fois fièvreux et doux, qui jouait tous les soirs dans le style le plus jeune, celui de la Nouvelle Orleans" (p.19). Tout un chapitre qui relate une visite chez Hugues Panassié à Montauban. Avec en prime une citation de la chère Madeleine Gautier: "Ils ne trouvent pas Pannassié parce qu'ils le cherchent derrière alors qu'il est loin devant" (Sic !) (p.56-61) " Je regarde Ray Charles qui chante et s'accompagne au piano […] la voix traduit le déchirement et la douleur […] Il nous fait bien sentir, par comparaison, que la pop music n'est qu'une dégradation du jazz qui serait tombé au niveau des sensibilités les plus primitives" (p.161).

#0027 - Rick DEMARINIS


DEMARINIS Rick, L'Apprenti croque-mort (The morticiain's apprentice), 1994, Denoël 1995, Trad. Martine Leroy Battistelli
Croque-mort et jazz…
Notes: "le jazz libère, surtout le bop quand il est hot. Le hot bop est déchaîné, irresponsable et sans contrainte" (p.22) "j'écoutai mon disque de Gerry Mulligan […] Quand je fus rassasié de son style maîtrisé, je passai aux gueulards, Big Jay McNeely, Illinois Jacquet et mon préféré, Charlie Ventura. La musique -le jazz- me mettait dans un état d'esprit différent. Comme lorsqu'on est saoul. Le saxo ténor de McNeely, de Jacquet ou de Ventura est capable de vous forer des trous dans la cervelle. La lumière, tel un phare de train, souffle par ces trous. Les déplacements vibrés des cornements et gémissements de ces brise-béton, les rebops percutants bouillonnent d'amour, de haine, de détresse et de plaisir impénitent" (p.26) "Sans aimer le bop, il s'y connaissait assez pour remarquer des liaisons involontaires dans certains enregistrements de Charlie Parker. Bird n'avait pas eu sa dose, ce jour-là" (p.40) "ils passaient ce jour-là du Rhythm & Blues pur et dur. Midnight special, de Joe Turner, cognait dans le haut-parleur […] Texas turkey, de Big Jay McNeely, évoquait un convoi en train de dérailler […] Le tempo érotique de Night train était du tonnerre emprisonné dans une barrique" (p.49) "ils passaient maintenant du bebop […] un concert de Charlie Ventura au Civic Auditorium de Pasadena, en 1949 […] un morceau de Benny Green, Bennies from heaven […] Et voici le comte -Conte Condoli- dans un arrangement improvisé […] dans Fine and dandy […] Ventura avait attaqué son solo […] Il était tellement habile, quand il s'amusait avec ces tons purs, faussement modeste, puis comme si […] l'humilité était ridicule chez un saxo ténor, il se déchaînait dans un lancinant et tonitruant martèlement à vous faire éclater la tête, et qui disait que la vie est bien une improvisation, du début à la fin" (p.58-59) "Cette maudite musique de bebop te met en transe, Ozzie. C'était vrai. Quand j'écoutais Ventura, Parker, Mulligan ou Jacquet, je n'étais plus là. Comme si la musique prenait la place de tout ce qui encombrait ma tête, moi compris" (p.97) "Flip Phillips venait d'enregistrer un album avec Charlie Parker et l'orchestre afro-cubain de Machito […] les deux stupéfiants saxos foraient des trous béants dans toute cette triste merde qui prétend être notre univers. On en arrivait presque à croire qu'il existait quelque part un endroit radieux. Un endroit où s'épanouissaient les musiciens et où seuls pouvaient accéder les fanatiques de jazz. Celui qui ne pigeait pas le bop en était exclu" (p.102) "De temps en temps, le présentateur prenait des risques et passait un morceau d'Earl Bostick (sic !) généralement Flamingo ou Ebb tide […] J'avais faim du saxo destructeur de Ventura ou de celui de Jimmy Giuffre, très bavard mais tout aussi intéressant. Le saxo a pour but de vous secouer, pas de vous ramollir. C'est un instrument hors-la-loi, pas un bon citoyen. Tous les moins de vingt ans qui ont du poil au cul le savent" (p.108) "Lui aussi était un fana de jazz, mais il en savait beaucoup plus que moi sur le sujet. Son amour était d'ordre intellectuel, alors que chez moi il était purement émotionnel […] King Oliver, Blind Lemon Jefferson, Freddy (sic !) Keppard et les Original Creoles, Luckey Roberts, Willie 'Lion' Smith, James P. Johnson, rien que des noms qui m'étaient inconnus […] on devrait apprendre ça aux gosses à l'école. Pas question de piger que dalle à ce pays si on n'a pas été initié à sa musique d'origine, car c'est son âme authentique […] il avait dérivé dans un canot de sauvetage avant d'être secouru. Il disait que le jazz l'avait aidé à survivre. Avec deux autres gars […] ils avaient improvisé un petit orchestre en fabriquant des instruments avec des bidons d'eau vides et les fils d'une radio de secours hors d'usage. Ils s'étaient donné le nom de Dinghy Blues Band" (p.117) "J'emmenai Collen à un concert de Big Jay McNeely […] L'orchestre attaqua avec son indicatif, The big Jay shuffle, un morceau lent, débutant par un harmonieux duo de saxos, qui ensuite exécutèrent chacun un solo anodin. Un appât qui vous alléchait, avec sa nonchalance, l'air de dire, et alors ? […] Ensuite, ce fut le déchaînement. Ils reprirent avec Texas turkey, un morceau honk et screech, joué sur un tempo ultra-rapide […] Big Jay ôta sa veste et se coucha sur le dos, cornant, gémissant, de son saxo devenu sa véritable voix […] Le saxo racontait l'histoire de cet homme. Seuls ses pieds et ses épaules touchaient le sol, son dos s'arquait à chaque détonation, et l'hystérie s'empara des jeunes filles blanches. Quelques-unes montèrent sur la scène pour embrasser le pavillon du saxo, d'autres étaient prises de convulsions" (p.123-125) "Il est très bien, ce Ventura, mais c'est plus un homme de spectacle qu'un musicien. Metronome et Down Beat ont dit tous les deux que c'était le meilleur orchestre de bebop de l'année […] Il avait mis un disque de Miles Davis. Je ne comprenais rien à Miles Davis. Il était trop froid pour mon goût. Et même plus que froid. Il était la glace […] Il finit par me laisser mettre mon disque de Ventura. Je tenais ma chance de lui montrer ce qu'était le hot bop, qu'il était capable d'abattre des forteresses de connerie, qu'il n'avait pas besoin d'être subtil, car il y avait encore une place, dans ce monde, pour du bon gros jazz, bête et méchant […] Non, ce n'est pas génial. Bird était génial. Lester Young est génial" (p.137, 139-140) "Collen et moi dansions, enlacés, sur des airs de Rhythm & Blues […] Ivory Joe Hunter chantait I almost lost my mind" (p.147) "Staline confisqua tous les saxophones de Russie. Il avait décrété que c'était un crime politique d'en posséder un. Il avait peur de cette autre voix humaine, née en Amérique. Un jour, quelqu'un lui avait joué du jazz de l'ancien temps, et il y avait vu de mauvaises nouvelles pour les dictateurs. Il appelait ça la décadence occidentale. Ces ardents coups de langue déstabilisaient les tyrans et rendaient leur propagande transparente. Impossible de bâtir une société-fourmilière si les travailleurs écoutent du jazz. Tonton Joseph avait entendu le message du jazz -Va te faire foutre, Julot, je me tire […] Mais peut-être l'oncle Joseph allait-il autoriser les instruments glacés du bop d'avant-garde. Avec ces instruments-là, vous êtes obligé de rester tranquille et d'écouter. Ils vous forcent à réfléchir, vous perturbent et vous inquiètent. Ils ne vous donnent pas envie de frapper des pieds […] en pensant aux grognements, aux plaintes et aux glapissements d'un Big Jay McNeely ou d'un Charlie Ventura. Ces instruments froids vous expédient dans les congères de la contemplation stoïque. C'est plutôt Je suis foutu, que Va te faire foutre"(p.181) "Nous écoutions un disque de Miles Davis. J'entendais la beauté de chacune des notes, prises individuellement, j'entendais la brillante accélération des arpèges, j'entendais même la solitude déchirante de la voix de la trompette […] mais je ne parvenais ni à comprendre ni à aimer […] -L'oncle Joseph aimerait bien piquer sa trompette à Miles, depuis qu'il s'est aperçu que beaucoup de Russkofs l'appréciaient. Il n'est pas nécessaire de frapper des pieds et de crier pour rameuter la police de la Pensée. Dans le temps Louis Armstrong était lui aussi en marge. Un de ces jours, un gus s'amènera qui jouera des notes qui feront que Miles Davis paraîtra ringard […] j'étais allé écouter un concert de Dave Brubeck. Le Brubeck Quartet n'est pas difficile à écouter, mais c'est cérébral. Comme pour tout le jazz d'avant-garde, il faut comprendre afin de pouvoir s'adresser des félicitations à soi-même […] Les rythmes de Brubeck sont si étranges qu'ils vous donnent envie de rire […] Quand Paul Desmond avait attaqué son solo au saxo ténor, le public avait explosé, croyant qu'un gus déchaîné allait les sauver enfin et allait tout faire sauter […] Mais Desmond n'était allé nulle part, si ce n'est dans un lieu monacal, à l'intérieur de son vaste crâne […] À l'évidence, cet alto à lunettes, qui avait l'air d'un professeur de maths, ne leur parlait pas, il se parlait à lui-même et aux autres musiciens. Qu'étaient devenus les saxophonistes d'antan, chambardeurs, risque-tout, et chacun pour soi ? […] Ensuite, il mit un disque de Mezz Mezzrow et dit: -Ce type me déchire le cœur. Mezzrow […] jouait de la clarinette lugubre, mais il prenait chaque note au sérieux […] On entendait Mezzrow à l'intérieur de chaque note, une déclaration personnelle du blues. Il n'était ni Benny Goodman, ni Buddy De Franco, mais ses malheurs s'entendaient dans chacune de ses phrases […] Le blues me caressait la base du cerveau" (p.182-185) "L'orchestre était cubain, deux saxos, deux trompettes, une guitare, des percussions […] une contrebasse, des claves et une marimba. Une musique qui chauffait le sang, un mélange de jazz et de rythmes cubains, capable d'animer des pierres […] Le whisky et le blues -la tequila et le jazz cubain" (p.223-224) "Je mis un disque de Willis Jackson et la vie m'apparut sous un meilleur jour. Je le fis suivre par Mulligan, puis du disque Charlie Parker-Flip Phillips-Machito, qui avait un puissant pouvoir euphorisant. Enfin, les explosions au ras du sol de Big Jay McNeely […] Big Jay, couché sur le dos, arrachait un cri de ses entrailles noires, pour le propulser à travers son vieux saxo" (p 262) "j'enlevai le disque de Bach pour mettre à la place mon nouveau Charlie Ventura. La plainte généreuse de son saxo balaya la solennité ouatée qui régnait dans la salle […] L'orchestre de Ventura amplifiait la vie. La glorifiait […] La vie est un poumon délirant, qui enfonce des clous d'air dans les cuivres. La vie est une improvisation, avec des riffs extatiques […] Voilà ce que j'entendais dans la version d'Euphoria, par l'orchestre de Ventura" (p.288) "Nous venions de rentrer […] d'un concert de Stan Kenton et l'électricité de la musique me chauffait toujours le cerveau. Vito Musso, le saxophoniste baryton de Kenton avait mis le public K.O. avec ses âpres solos. Cet incroyable orchestre vous emplissait d'une sorte d'hélium et vous donnait l'impression de vous envoler […] dans ma tête Vito Musso continuait à faire sauter la baraque, et mon pied marquait joyeusement la mesure au rythme de son énergique solo, défieur de mort […] Je mis le disque […] du jazz lugubre de Mezz Mezzrow. Nous étions de plus en plus cafardeux […] la triste clarinette de Mezzrow nous emporta ailleurs, dans un lieu doux-amer et confiné à l'extrême" (p.317-318).

#0026 - Sophie EDELMAN


EDELMAN Sophie, Destin d'une chanteuse de blues, 1986, Seuil
La seconde suivante, Jackie était là. Elle semblait aérienne. Un murmure admiratif parcourut la salle. Jackie se tenait à l'avant scène son corps d'ambre ployé au dessus du micro, prête à cracher le blues. Ceci plus une super photo n&b sur la couverture ne donne, malheureusement, que cette BabyLouterie.
Notes: "J'avais allumé la radio. Nina Simone chantait" (p.18) "Je me suis levé pour glisser une pièce dans la fente. J'ai appuyé sur une touche Don't be cruel et je suis retourné à ma place" (p.24) "Le gros pianiste noir attaqua les premiers accords. Jackie chanta Baby Lou en fermant à demi les paupières […] Billie Holiday la chantait […] Je reconnus les premières mesures de All of you […] Jackie accepta de chanter une fois encore Baby Lou" (p.32-34) "La ville entière chantait Baby Lou en se riant de moi" (p.63) "il y avait quelqu'un qui fredonnait Baby Lou" (p.79) "A présent, mesdames et messieurs, voici Baby Lou, la chanson préférée de nos auditeurs" (p.97) "Jouez. Chantez Baby Lou […] Les paroles de Baby Lou, vous les connaissez […] Baby Lou, je la connais"(p.112).

#0025 - Antonio MUNOZ MOLINA


MUÑOZ MOLINA Antonio, L'hiver à Lisbonne (El invierni en Lisboa), 1987, Seuil 2001, Trad. Philippe Bataillon
Dans une chambre d'hotel de Madrid, un pianiste de jazz raconte par bribes, à un ami, l'histoire de son amour pour une femme. Une grande partie du récit se situe dans des clubs de jazz: le Lady Bird, le Satchmo et l'on voit régulièrement jouer le trio du pianiste mais on ne les entends jamais. On ne sait pas ce qu'ils jouent ni comment. Celà vient sans doute du fait que le narrateur avoue ne rien connaître au jazz !
Notes: "Je devrais être un Noir, jouer du piano comme Thelonious Monk" (p.25) "il se déclarait fanatique de jazz, d'Art Tatum […] le jazz comme le flamenco est la passion d'une minorité" (p.77) Stormy weather […] Allons au Lady Bird. Je veux que tu me joues ce morceau, Toutes les choses que toi tu es (sic ! Bravo Monsieur le Traducteur !)" (p.106) Fly me to the moon […] En jouant, ils échafaudaient de resplendissantes architectures translucides qui tomberaient en ruine, comme de la poussière de verre, ou bien ils établissaient de longs espaces de sérénité qui voisinaient avec le pur silence, puis se hérissaient à l'improviste au point de blesser l'ouïe et de l'entourer d'un labyrinthe de dissonance et de cruauté. (sic ! Alors là, il n'y connait peut être rien au jazz mais il a de l'imagination et du vocabulaire, ou des revues de jazz (pas de noms !) dans lesquelles il a trouvé ce chef d'oeuvre descriptif !) […] Just one of those things, Alabama song" (p.147).

#0024 - Dallas MURPHY


MURPHY Dallas, Lover man (Lover man), 1987, Seuil 1994, Trad. Robert Pepin
Notes: "Plus que tout ou presque, j'aimais ne rien faire. Pour moi, la paix, c'était tirer mon fauteuil Morris jusqu'à la fenêtre qui donne à l'ouest, poser mes pieds sur l'appui et me ravir de passer des heures entières à écouter du jazz en regardant les remorqueurs, avec leurs feux rouges et verts, manœuvrer sur l'Hudson. Alors, je fumais une pipe pour me concentrer et par-dessus les eaux noires prenais mon essor avec les plus grands. King, Count, Duke, Prez, Major, Fats (les deux), Chu, Trane, Diz, Chick, Sonny, Bird, Bud, Cootie et leurs collègues, j'ai plané avec tous. Mon chien, Jellyroll, partage mon enthousiasme. Dès que l'ampli donne à fond, il s'enroule dans son Lit à Chien et se lèche les couilles de plaisir. En jazz, mes goûts sont assez larges, mais je crois que Jellyroll, c'est surtout le be-bop qui le branche" (p.9) "Tandis que Professeur Longhair chantait la beauté de quelques cinglées de Rampart Street" (p.71) "Je mis Eric Dolphy sur la platine, douleur exquise de son jeu" (p.76) "Bill Evans, les séances au Village Vanguard, enregistrement Milestone avec Scott La Faro et Paul Motian" (p.112) "On fêtait la naissance de Duke. Do nothing till you hear from me. Ray Nance au cornet à pistons, Russel Procope au saxo alto, Gus Johnson à la batterie. J'attendis que Ray Nance ait fini son solo pour me diriger vers mon téléphone" (p.116) "Je choisis un Ben Webster-Art Tatum, avec Red Callender à la basse et Bill Douglass à la batterie, je voulais du somptueux et du lucide […] J'écoutais All the things you are, puis Where or when, mais n'arrivai pas à me concentrer" (p.185).
Aussi cités: John Coltrane, Elvin Jones, McCoy Tyner, Charlie Parker, Sonny Rollins, Lady Day, Ella, Julius Hemphill, Duke Ellington, Perry Como.

#0023 - Reggie NADELSON


Artie Cohen, émigré russe, a vingt ans de service dans la police de New York et songe sérieusement à démisionner. Il a un faible pour les belles américaines, le jazz, et pense avoir définitivement laissé derrière lui sa russie natale. Mais le passé le ratrappe lorsqu'un ami de son père, ancien général du KGB, est assassiné en plein talk show télévisé.
NADELSON Reggie, Mercure rouge (Red mercury blues), 1995, Bourgois 1997, Trad. Michel Doury
Notes: "Ella Fitzgerald dans "Give it back to the indians" […] Etre un véritable Américain. Jouir de la vie. Ecouter Ella Fitzgerald. C'était OK" (p.16) "J'avais mis un cd de Chet Baker, It never entered my mind. Comment un blanc pouvait-il jouer comme ça ? "Il y a ce petit blanc sur la côte qui va tous vous bouffer vivant", aurait dit Charlie Parker après avoir entendu Chet pour la première fois. Je suis même allé en pèlerinage au Lighthouse, le club d'Hermosa Beach où jouait Chet. Et Shortie Rogers" (p.87) "Personne n'écoute. J'ai mis Peggy Lee" (p.94) "Interprétait des morceaux des Beatles […] un pot-pourri de Stevie Wonder […] a joué Born in the USA […] dans une version de I just called to say I love you" (p.102-109) "Un trio que je n'avais jamais vu a joué Desafinado. Stan Getz s'en sort mieux, a-t-elle dit. -Oui, vous connaissez Getz ? -C'est le meilleur […] J'aime vraiment beaucoup Tony Bennett. Peut être encore plus que Sinatra […] et a attaqué Someone to watch over me" (p.140-144) "Dans le juke box, quelqu'un a mis Harry Connick, j'ai marmonné: -On pourrait pas baisser ça ? (p.156) "Les T-shirts Jimi Hendrix […] que j'entende les Beatles pour la première fois […] j'écoutais La Voix De L'Amérique sur les ondes courtes. Willis Conover's Jazz Hour?" (p.168) "J'ai mis Kind of blue de Miles Davis […] Miles Davis, c'est très mauvais à jeun […] J'ai mis Stan Getz sur la stéréo. […] tout ragaillardi par Stan Getz" (p.172-174) "J'ai mis Gerry Mulligan dans Round midnight avec Monk, simplement pour me rappeler que la vie existait" (p.221) "Une splendide collection de disques de Klezmer" (p.228) "Un gros jeune homme aux cheveux noirs chantait Worried man blues en s'accompagnant d'une minuscule mandoline" (p.322) "Les vieux classiques du jazz, Oscar Peterson, Django Reinhardt, Stan Getz. Et Chet Baker dans My funny Valentine" (p.384).

#0022 - Jean SABLON


SABLON Jean, De France ou bien d'ailleurs, 1979, Laffont
Notes: "Le Grand-Ecart se trouvait à Montmartre, rue Fromentin […] A l'entrée, un orchestre de Noirs américains, composé de quatre ou cinq musiciens, dont un pianiste virtuose de jazz qui avait l'air d'être descendu d'une affiche de Paul Colin. Il jouait magnifiquement les airs de Gershwin, Show-boat entre autres, et de merveilleux blues" (p.33) "Or, un jour, l'adjudant entra, furieux, et demanda: -Qu'est-ce que c'est que ce raffut ? C'était peut être un de ces airs de jazz que le bon peuple considérait encore comme de la musique de sauvages […] Mercenary Mary, Il avait fait de grands frais, avait engagé un très bon orchestre de jazz dirigé par Léon Vauchant" (p.43) "J'allais oublier la Rhapsody in blue enregistrée par Paul Whiteman avec au piano George Gershwin, que je jouais plusieurs fois par jour" (p.52) "A l'époque du Casino De Paris, mon ami Earl Leslie qui, comme moi, aimait beaucoup le jazz et les bons musiciens, m'avait emmené un soir à la Boîte A Matelots que venait d'ouvrir Léon Voltera. Un orchestre était installé dans un voilier. Les musiciens étaient vêtus de tricots rayés de marin et parmi eux se trouvait un guitariste qui faisait des étincelles: Django Reinhardt. Je retournai très souvent l'écouter et nous devînmes des amis. Je passais quelquefois le chercher très tard et nous allions entendre à Montparnasse, à la Croix-Du-Sud, un de mes meilleurs amis, André Ekyan, qui y jouait et dirigeait l'orchestre. C'était le meilleur saxophoniste, le numéro un de Paris […] J'avais au deuxième acte une chanson que je commençais très doucement, d'abord en blues, et que je terminais en me fâchant, en changeant de rythme et en gueulant comme un âne, dans le style de Cab Calloway" (p.81-82) "Le plus difficile de mon tour de chant était de récupérer tous les jours Django ! Quelquefois déjà, pendant les répétitions, il avait oublié de venir. Ekyan me promit de se charger de lui. C'était vraiment du dévouement, car le pauvre ne se doutait pas de ce à quoi il s'exposait ! C'est-à-dire qu'il fallait aller le chercher dans sa roulotte à la porte de Chatillon tous les jours" (p.93) "André Ekyan jouait (un exploit) en même temps de la clarinette et du saxo, et Django, en solo, jouait le Saint Louis blues. Le début se passa bien, puis, pendant son solo, Django entendit les gars du promenoir qui n'étaient venus que pour admirer les courbes de Joséphine, crier: -Tu vas la casser, ta guitare !" (p.96) "Un pianiste noir américain, Garland Wilson […] Il fut, à mon avis, un des meilleurs pianistes de jazz de tous les temps. Il joua très longtemps au Bœuf, chez mon ami Moyses" (p.99) "Django commença le Hot Club avec le Quintette de France. Vola à la basse et le merveilleux Grappeli au violon […] Mais le soir de l'ouverture, notre Django, après avoir joué un peu, sortit, et ne revint pas de la soirée" (p.100) "Il y avait là (52ème Rue) Louis Prima, Stuff Smith, une petite chanteuse noire qui avait un grand succès, Maxine Sullivan, Art Tatum et je ne saurais tous les nommer […] Je possédais un disque de jazz, à Paris, d'un musicien qui s'appelait Casper Readon et qui, bien que harpiste classique, était devenu virtuose du jazz […] Nous nous rencontrions souvent le soir pour aller à Harlem ou faire les boîtes de jazz où il était très aimé" (p.124) "C'est à cette époque à peu près que Frank Sinatra, qui était chanteur d'orchestre et l'un des meilleurs, fit ses débuts dans un tour de chant à l'Embassy, 57ème Rue Est. Devant la porte, sur un grand panneau, figuraient des agrandissements de ses meilleures critiques dont une, de Danton Walker dans le Daily News: Frank Sinatra, le meilleur devant un microphone depuis Jean Sablon" (p.178) "Duke Ellington avait donné deux concerts à Carnegie Hall où il avait réservé une place d'honneur pour Django, en début de deuxième partie. J'avais assisté avec la plus grande joie au premier concert où Django avait fait une apparition brillante, mais la deuxième fois, Django avait eu la miraculeuse idée de se mettre au lit pour se reposer en fin d'après midi. Il me raconta donc que son réveil n'avait pas fonctionné" (p.219).
Aussi cités: Bing Crosby, Dorothy Lamour, Fred Astaire, Rudy Vallé, Cole Porter, Richard Rodgers, Dinah Shore, Eddy Constantine, Marlène Dietrich, Ruth Etting, Ginger Rogers, Vic Damone, Sophie Tucker, Dany Kay, Harry Belafonte, Pearl Bailey, Evelyne Knight, Duke Ellington, Gene Kelly, Harry James, Joséphine Baker, Johnny McLean, Ethel Waters, Victor Young, Jimmy McHugh.

#0021 - Brice HOMS


HOMS Brice, Blue, 1993, Flammarion
Exergue: There's a girl here and she's almost you. Almost blue.
Notes: "La légende dit que cette vieille cave voutée a vu défiler tous les grands du jazz […] Il y a des portraits de Vian, de Bechet, de Miles, de Bird, de Dizzie (sic !), d'Erroll Gardner (re-sic !), de Stan Getz, de Coltrane, d'Ornette Coleman. Il y a cette photo légendaire de Dexter Gordon qui fume une cigarette, le saxo posé sur les genoux. Il y a des photos de jam, des photos de concerts, et puis il y a cette photo de Chet Baker prise par Bill Claxton dans les années cinquante ou l'on voit Chet accoudé, la trompette à la main, qui regarde par-dessus son épaule en direction de l'objectif […] Ma trompette à la main -sans étui comme toujours- je grimpe sur la petite estrade de bois sablé […] Je chauffe ma trompette en soufflant dedans, je me fais les lèvres. Je laisse aller un peu de salive dans l'embouchure pour qu'elle devienne un prolongement de ma bouche et pas simplement un instrument plaqué sur elle. C'est une vieille Selmer dorée, ses pistons sont doux et chauds sous les doigts, je l'ai bien en main et peu à peu j'arrive à l'oublier. Le guitariste accorde sa Gibson demi-caisse et égrène un accord de neuvième, c'est un blues lent et mélancolique, une ballade de George et Ira Gershwin, Someone to watch over me. La contrebasse rentre sur une note grave. Je pose l'embouchure sur ma bouche, sans jouer, juste pour la sentir, je laisse passer huit mesures et j'attaque détimbré. Je ferme les yeux et je laisse monter. J'y mets tout […] ça part de là, du ventre, les épaules un peu voûtées, recroquevillé sur soi, les mains presque jointes, la tête baissée" (p.14-16) "Je me souviens parfaitement de la salle […] Sur la scène, un type aux cheveux graissés soufflait dans une trompette argentée. Par moments, il baissait la trompette, la serrait contre son buste et chantait dans le micro. Il chantait comme il jouait, dans le souffle. Ce type avait l'air inconsolable et pourtant il y avait ce demi-sourire qui ne quittait pas le coin de ses lèvres […] je me suis rendu compte que je pleurais […] J'étais tout entier tendu vers ce type, vers la douce tristesse qu'il distillait, mot à mot. Je me souviens du son de sa trompette. Je me souviens de sa voix. Je me souviens que la chanson s'appelait The touch of your lips […] Je me souviens que ce jour-là, j'ai rêvé de devenir trompettiste. Je me souviens que ce type désespéré s'appelait Chet Baker" (p.29-30) "Dès l'intro du premier thème, je scrute la salle […] J'enchaîne les morceaux sans m'arrêter. Guitare qui cascade des notes rondes, contrebasse doum-wizzz-doum-doum-bam. Souffler léger. Retenir le timbre. Murmurer un phrasé comme on parle à l'oreille, à la Chet […] J'attaque The touch of your lips" (p.34-35) "Les musiciens arrivent les uns après les autres, se tapant dans les mains à la manière des Noirs Américains, paume contre paume. Je retrouve la section cuivre, le tromboniste vient juste de sortir de l'Opéra, il est encore en frac et en nœud papillon, à côté de lui deux saxos ténors et un baryton. Répétition rhythm & blues. Le batteur lance la reprise de caisse claire, martèle la grosse caisse et la charley. Riff de guitare électrique. Doum-doum de la basse. L'orgue Hammond ronfle et crache. Attention: riff de cuivre. Le chanteur, un Noir géant de plus de deux métres, se plante jambes écartées devant le micro et jette la première phrase de Sex machine de James Brown. Get up […] Un jour le père de Chet Baker, qui était un fan de Jack Teagarden, ramena un trombone à la maison, mais Chet était petit pour son âge et le trombone fut changé pour une trompette […] J'veux me chanter Almost blue de Chet Baker" (p.48-49) "Sur l'enregistrement de My funny Valentine par le quartette de Gerry mulligan en 1953, on peut entendre la première performance vocale d'un jeune chanteur. Ce chanteur n'est autre que le trompettiste du groupe, le déjà légendaire Chet Baker […] Chet ne tarda pas à être aussi apprécié comme chanteur que comme trompettiste, il y gagna un public plus large et bien sûr féminin" (p.86-87) "Au fil des années, Chet enregistre un nombre impressionnant d'albums, trop peut-être […] qualité discutable, mais Chet s'en fout, Chet se fout de l'argent, Chet se fout d'avoir toutes les filles, Chet se fout d'avoir du succès ou pas. Chet joue, tous les soirs, tous les jours, penché sur sa trompette, levant juste un œil nerveux par moments si quelqu'un fait du bruit dans la salle. Et Chet se fout du reste […] En posant la trompette sur mes lèvres, j'ai tout de suite senti que je n'avais pas joué hier. Elles étaient engourdies et douloureuses. Sans leur entraînement quotidien, les lèvres se fatiguent vite et au bout de quelques minutes elles ne vibrent plus. Je les chauffe donc en les laissant au contact sans souffler, puis je forme une note détendue, et une autre, pour les faire travailler" (p.119) "En 1969, à Sausalito, Chet Baker fut agressé dans la rue […] les lèvres en bouillie. Ils lui avaient cassé son autre incisive […] dents déjà endommagées par la drogue […] Chet les fit toutes retirer […] il essaya un dentier mais n'arriva pas à tirer le moindre son avec. alors il arréta de jouer et trouva du travail dans une station-service" (p.126) "Un des problèmes principaux des trompettistes, c'est la faim. Ils ont tout le temps faim, comme les chanteurs d'opéra, à cause de cette respiration ventrale qui bloque la colonne d'air et la fait monter. Le diaphragme, en travaillant, comprime l'estomac qui est juste en dessous, alors l'estomac, malmené a toujours faim" (p.137) "Comme beaucoup de gens qui ne connaissent pas la trompette, il pensait qu'on soufflait dedans et que les pistons servaient à jouer les notes comme sur un piano. Je dus lui expliquer qu'en fait, on chantait dans la trompette en faisant vibrer ses lèvres comme un kazoo et que les pistons ne servaient qu'à accorder les fréquences des notes avec la longueur du tuyau qui les faisait sonner, sinon, ne passaient que les cinq notes du clairon" (p.141) "Chet avait ce son particulier, sans vibrato, à la limite du murmure. Dans les clubs, il jouait assis, la trompette penchée en avant, pavillon vers le sol […] Chet jouait avec les notes dont il avait besoin, sans souci de démonstration. Il les laissait couler de ses lènres sans chercher à les retenir, mais il y mettait plus d'émotion que personne n'en avait jamais mis" (p.142) "Ceux qui ont vu le film de Bruce Weber Let's get lost ou la pochette de l'album Last concert se souviendront de Chet comme ça: le visage défait, creusé de profondes rides, une bouche sans dents, les cheveux gras plaqués en arrière […] Les autres se souviendront de sa gueule d'ange. Quand Chet avait vingt ans, qu'il était beau -trop peut-être- et que les filles s'arrachaient sa photo […] Tous se souviendront qu'un jour, Chet leur a offert quelque chose. Un petit espace où loger leur émotion quelques instants. Une sorte de compagnie. Parce que la musique de Chet venait du coeur, comme tous les cadeaux" (p.164).
Aussi cités: Charlie Parker, les Doors, Nat King Cole.

#0020 - Maryse CONDE


CONDE Maryse, Desirada, 1997, Laffont
Notes: "Aussi, elle le mettait en colère lorsqu'elle confondait Sarah Vaughan avec Bessie Smith" (p.41) "Le matin, dès qu'il arrivait à se tirer du lit, il serrait son précieux saxo dans ses bras et s'en allait à des répétitions qui n'en finissaient pas. Il réapparaissait au début de la soirée, et disparaissait à nouveau pour se rendre au Ramada où il jouait tous les soirs […] Chaque fois elle s'était sentie moins à sa place dans ce temple ou l'on ne tolérait qu'une seule passion, la musique. Dans l'odeur de la fumée et des alcools forts, les fidèles étaient là a dodeliner de la tête, à battre des mains en mesure, puis brusquement, comme saisis, à pousser des cris aigus et à applaudir avec fièvre. Stanley était lointain, aveugle, indifférent à tout sauf aux sons de son instrument, il avait l'air de souffrir autant qu'un martyr" (p.79) "Depuis plusieurs mois, il entretenait des contacts avec The Full Moon, un club de jazz de Boston […] C'est là que, pour la première fois aux Etats Unis, on avait pu apprécier de la musique cubaine, bien longtemps avant que Dizzy Gillespie ne prenne Chano Pozo sous contrat à Harlem" (p.80) "Soit, l'engagement au Full Moon n'était que pour quelques mois. Mais il avait la certitude qu'il serait renouvelé. Sinon, il trouverait à jouer dans un autre club. Et puis, New York avec son festival de jazz réputé est à coté de Boston. Et puis, New York avec The Blue Note et tous les clubs du Village n'en est qu'a quelques heures" (p.95) "Derrière une façade peu gaie, une boite du quartier Réaumur-Sébastopol où un quintette jouait du jazz antillais […] La musique coula son baume dans le cœur de Marie-Noelle. Ces harmonies heurtées, ces dissonnances lui étaient familières et c'était comme si de vieux amis réunis jouaient pour sa peine" (p.259).

#0019 - Henry TROYAT


TROYAT Henri, La case de l'oncle Sam, 1948, La Table Ronde
Notes: "Allez donc au Savoy de Harlem. […] Lorsque l'orchestre se remit à jouer […] Possédés par le rythme, ils se trémoussaient avec une allégresse, une légèreté et une invention diabolique. Des anthropophages aux dentures de sucre faisaient virevolter à bout de bras d'impondérables loques noires, les jetaient loin d'eux, les rattrapaient, les passaient par-dessus leurs épaules, les supprimaient, les divisaient, les doublaient en un temps record. D'autres, presque immobiles et hiératiques devant leurs compagnes pétrifiées, paraissaient habités par un tremblement intérieur. au bout d'un moment, on s'apercevait que leurs genoux et leur ventre ondulaient doucement […] La mélodie syncopée fusait par les orteils, les coudes et les omoplates de cinq cents couples hystériques […] Très vite, j'eus le sentiment que les nègres du Savoy n'étaient pas assemblés là pour se distraire mais pour créer. J'assistais à une création collective et sans lendemain" (p.109-110) "Un chœur d'hommes et de femmes, massé derrière le pasteur, entonnait déjà une chanson grave et monotone, soutenue par les mugissements des grandes orgues. Les spirituals succédaient aux spirituals sans interruption, et toujours sur un rythme plus accéléré. Les voix pures et justes se mariaient en un seul fleuve noir. Des têtes se balançaient en cadences. Des mains battaient la mesure. J'entendis soudain un bourdonnement de tam-tam et remarquai que toute l'assistance tapait des pieds sur le sol pour accompagner la chanson. L'œil chaviré, la bouche ouverte, ma voisine sautillait sur place. Le vieux nègre, à ma gauche, frappait le banc avec le manche de sa canne. Puis il se mit à chanter. Toute la salle chanta" (p.203) "Un appareil à sous […] un air de musique diffusé par haut-parleur […] Mis en humeur par les accents du jazz, je décrétai même que nous finirions la soirée dans un Burlesque de Chicago" (p.289).

#0018 - Joseph TROPIANO


TROPIANO Joseph, Big night (Big night), 1996, J'ai Lu 1997, Trad. Evelyne Châtelain
Chez The King of the Pasta, on espère la visite d'une grande vedette de jazz et on lui prépare un repas de choix. Qui peut-on attendre d'autre dans un tel restaurant de pasta que… ? Vous allez vite deviner. "Dans le coin de la salle, il y a une chanteuse en robe pailletée […] Elle chante O sole mio, une célèbre chanson italienne, je suis sûr que vous la connaissez, mais je ne l'ai jamais entendu chanter comme ça avant. On dirait un air de jazz […] Un gros aux cheveux frisés, avec des yeux exorbités et des grosses lèvres, qui tient une trompette à la main. -Regarde, tu vois, c'est moi et Louis Prima […] Louis Prima. Je le connais bien […] Il joue de la trompette et il chante des airs de jazz. Il chante aussi des vieilles chansons italiennes transformées en jazz, comme O Marie […] Pour Louis Prima et son orchestre le soir de relâche […] Louis Prima. Chez nous ! […] J'ai envie de le réveiller pour lui parler de Louis Prima […] Cette semaine, il a fait que me parler de son Louis Prima. Louis Prima par-ci, Louis Prima par là, c'est tout ce que j'entends. Il dit qu'il faut prévoir un menu pour Louis Prima […] Et si Louis Prima il aime pas ci, et si Louis Prima il aime pas ça. Il me fatigue avec son Louis Prima !". Vous avez deviné qui vient dîner ce soir ? Non ? Voici encore quelques indices: "Il pense que quand Louis Prima il viendra, après tout ça ira mieux […] Il faut se préparer pour Louis Prima […] Je lui ai parlé de Louis Prima […] Un grand chanteur de jazz il vient. Louis Prima". Là, vous avez deviné ? Nous ne sommes qu'à là moitié du livre. Louis Prima est attendu, en vain, jusqu'à la dernière page. En cours de route, nous avons droit à quelque succulentes recettes Italiennes. Au cas où Louis Prima viendrait !

#0017 - Jean VERTEX


VERTEX Jean, Bistrots, reportages Parisiens, 1935, Louis Querelle, Illustrations de d'Esparbès, R. Guérin, Gen-Paul, R. Naly, J. Sennep, Vallaud.
Pour le chapitre Nègres de Montmartre: "Pourtant, si j'avais vraiment envie de voir danser des nègres, si c'était la condition de mon bonheur ce soir ? […] Aujourd'hui, par exemple, tu ferais ton bonheur d'un nègre de jazz-band. -Imbécile ! D'abord ça n'est pas si bête un nègre de jazz. -Oui, oui, je sais: le saxophone. Tu adores le saxophone […] L'or des instruments vibrait sous les doigts bruns qui concevaient des accords hystériques […] L'orchestre s'enflamma. Déferlant en cascades de notes tropicales sur le bistrot fébrile, roulant en des remous fougueux, les instruments fondaient leurs sortilèges […] Le saxophone aux sanglots étranglés aux longs appels sauvages où planent du désir, de la folie, du vice, de la joie délirante, du meurtre et du soleil, le piano, gros bourgeois paillard qui ricane avec des hoquets d'homme ivre, et l'ukulélé qui chuchotte son chant de cigale exotique, et l'accordéon gouailleur […] Les femmes se livraient au roulis érotique de la danse créole […] Soudain une voix s'éleva que seul le saxo conduisait […] Crazy people, crazy people / Why are you so sad here below ? […] La petite ne dansait plus: prisonnière de son nègre de jazz, le corps soudé à lui […] Crazy people, crazy people / Why ever say: oh ! What a pain ! […] Quand le chanteur de jazz m'eût rendu sa danseuse […] Ah ! Parles-en du bistrot nègre. Et parles-en de ton chanteur de jazz ! Un vrai rasta, pendant tout le temps qu'a duré la danse ses yeux n'ont pas cessé de convoiter ma bague" (p.141-153).

#0016 - Jack WOMACK


WOMACK Jack, Terraplane (Terraplane), 1988, Denöel 1991 Présence Du Futur N°523, Trad. Jean Bonnefoy
Si Robert Johnson n'apparaît pas en personne dans ce polar espio-science-fictionnel, sa musique y est omniprésente. L'un des héros, Jake, connaît par cœur l'œuvre de celui qu'il considère comme "le plus grand chanteur de blues du siècle passé". Chaque fois qu'il se sentait envahi par une paix imméritée, "il plongeait sous ses écouteurs pour se balafrer à nouveau de ces mélodies depuis longtemps perdues" (p.59-60) Jake et Luther, agents américains travaillant pour une multinationale plus puissante qu'un état, en mission dans une Russie néo-stalinisante du XXIe siècle, retrouvent la jeune et belle scientifique Oktobriana et sont propulsés, par la magie de la technologie spatio-temporelle, dans le New York de 1939, où ils manquent de peu un concert de Robert Johnson (sic ! Mort en 38 !).

#0015 - Josef SKVORECKY


SKVORECKY Josef : Le saxophone basse & Autres nouvelles (Bassaxofon), 1967, 78, Gallimard Du Monde Entier 1983, Trad. Claudia Ancelot
Nouvelles extraites de : Bassaxofon, Horkej svet, Prima sezona, Pribeh inzenyra lidskych dusi, Babylónský príbeh. Le saxophone basse, Eve était nue, Une sorcière au mois de mai, Babylone sur Vltava, Rebecca, Déjà du temps des pyramides, La fin de Bull Macha, Du travail pour le service du personnel, Un manuscrit de contrebande. Quelques lignes de chacune des nouvelles pleines de l'amour du jazz que leur insuffle Skvoresky. Les années 45-55 en Tchécoslovaquie.
Le saxophone basse: "En l'an quarante, quand l'invraisemblable devint possible (six cuivres, une grande formation, une basse, des tambours, une guitare, un piano), Syrovatka descendit de sa montagne et nous eûmes donc cinq saxophones, il était assis tout au bout de la rangée blanche avec ses épaules d'armoire à glace dans le veston de toile métis, il ne swinguait pas mais sous les feux son instrument mythique brillait d'une lumière mate et nous jouions tous les quatre au-dessus de lui, dans notre chant il y avait aussi la joie de l'avoir parmi nous, même si, au-dessous de nos accords glissants, il cheminait sur ses propres sentiers de montagne. Mais l'instrument que je venais d'entrevoir était quelque chose de bien plus mystérieux encore: un saxophone basse"
Une sorcière au mois de mai: "Et dans cette vitrine il n'y avait rien de nouveau. Un saxo alto de la marque Toneking qui y séjournait depuis deux mois, une clarinette en ut qui prenait le soleil depuis au moins aussi longtemps. Dans le coin, un euphonium qui, lui, n'avait que quinze jours de présence. Pour le reste, quelques violons, une mandoline, une paire d'harmonicas, un bandonéon violet et des petites boites de colophane et des étuis pour anches de saxophones. C'était toujours une joie de regarder les soupapes nacrées du saxophone, de revoir tous les petits tuyaux de laiton se tortillant dans le ventre d'un gros tuba. C'était une espèce de drogue. Nous étions tout simplement fascinés par les instruments"
La fin de Bull Macha: "Une fantastique bonne humeur s'épanouit dans le cœur de Bull, involontairement son soulier pointu se mit à battre la mesure sur le parquet et son regard, à présent rempli d'une volupté religieuse, était suspendu aux baguettes du vibraphoniste qui se contorsionnait au-dessus de l'instrument. Et la révolte désespérée qui lui avait serré la gorge tout l'après-midi et presque jusqu'au moment où il avait entendu l'orchestre, se transforma en un sentiment de victorieuse certitude: ça continuait, ils n'avaient pas réussi à l'étouffer, c'était toujours le même jazz qu'avant et les mêmes foules qui le dansaient, une musique insolente comme elle l'avait toujours été et que personne n'arriverait jamais à chasser de ce monde, ce monde qui était le seul auquel il appartenait"

#0014 - Paul MORAND


MORAND Paul : New York, 1929, Flammarion / ReEd. Garnier-Flammarion N°498
On avait vraiment de drôles d'idées dans les années 20. On osait même les exprimer et il y avait des éditeurs pour les publier ! Quelques citations concernant la visite de Harlem.
Notes: "Harlem […] Un spectacle complétement exotique: à quelques mètres, en quelques minutes, tous les New Yorkais sont devenus noirs ! Se trouve-t-il dans le métro et lit-il son journal ? Un écriteau attire son attention: Cent-Vingt-Cinquième Rue, il regarde à ses côtés, son wagon s'est changé en un wagon de nègres ! Suspendus aux poignées de cuir par une longue main noire et crochue, mâchant leur gomme, ils font penser aux grands singes du Gabon (sic !) […] Las du Cotton Club, du Sugar Cane, du Second Part Of The Night avec leur décor de plantation, et curieux de spectacles moins monotones […] Nous descendimes alors dans L'African Room du Club Harlem, 338 Lennox Avenue […] Cet endroit, malgré les murmures syncopés de la troupe des Africano's, ressemblait à tous les autres, à Small's, à l'ancien Nest, au Savoy Ball Room, au Capitole […] Harlem, c'est la patrie du jazz, c'est la mélodie nègre du Sud débarquant à la gare de Pennsylvanie, plaintive et languissante, soudain affolée par ce Manhattan adoré, où tout est bruit et lumière, c'est le rêve du Mississipi, devenu cauchemar, entrecoupé de trompes d'autos, de sirènes, comme à travers Wagner on pressent le tumulte des éléments, ce qu'on entend au fond du jazz, c'est la rumeur de Lennox Avenue. Le nègre est heureux à New York"

#0013 - Jacques HIGELIN


HIGELIN Jacques : Lettres d'amour d'un soldat de vingt ans, 1987, Grasset / ReEd. Le Livre de Poche N°6499
Amoureux d'une femme et du jazz…
Notes: "Nous allons essayer avec J. L., de réaliser un concert de jazz. Plusieurs formations allemandes nous ont donné leur accord. On est entré en relations avec le directeur de l'émission Jazz de Baden, qui nous donnera toutes facilités" (p.62) "Un orchestre de jazz allemand, vieux style Dixieland, joué par des jeunes de dix-sept, dix-huit ans (vous savez, à l'hotel des officiers où je vous jouais de l'Erroll Garner) […] J'ai fait du Higelin -sous -Fats Waller -sous Garner -sous Jazz moderne ! […] Le vieux style, c'est toujours très marrant, très sympathique. Ça a une odeur de phonographe à manivelle, terrible ! On était tous très contents de jouer ces vieux trucs: Saint Louis blues, When the saints go marchin' in, Struttin' with some barbecue (Sidney Bechet), Ain't misbehavin', Hey- ba- ba- re- bop (un morceau très swing de Lionel Hampton) […] Après, j'ai chanté le blues. Traditionnel, primitif ou moderne, c'est ce qu'il y a de plus beau dans le jazz. Le blues, c'est la joie, la tristesse de l'homme, ses histoires. C'est l'âme, le soleil noir du jazz. Que ce soit Big Bill Broonzy ou Miles Davis qui l'interprètent, ça reste pour moi ce qu'il y a de plus pur, de plus vital dans cette musique. Un type comme Miles ne recherche pas la virtuosité technique, les effets, il a quelque chose à dire. En l'écoutant, il nous vient une émotion forte, un sentiment d'insécurité. Sa musique souffre, elle a faim. Elle est chaude comme le bonheur et la misère des gens et, un jour, ils comprendront que c'est eux qui la lui ont inspiré" (p.71-72) "Tu as vu la bouille à Wes Montgomery (couverture de Jazz Hot), le guitariste: toute ronde, pleine de naïveté, de drôlerie et de gentillesse. Je ne l'ai jamais entendu, essaie d'écouter un disque de lui pour me dire ce qu'il donne. Il est classé actuellement comme le meilleur quitariste jazz, mais je me fie peu aux référendums. Si ce qu'on rapporte de John Coltrane est vrai, c'est un type très chouette […] Je regardais des photos de lui: belle tête, yeux purs et lucides, très humain, pas facile avec lui-même. Je suis sur que tout comme le mur du son, il y a un mur musical qui demande a être crevé. On dirait que Coltrane s'efforce contre ce mur, qu'il veut faire éclater, par un mouvement de puissance continu et acharné, l'écran musical de la sonorité et de la technique !" (p.88) "On fait du jazz New Orleans maintenant, à la caserne, le soir. J'ai réussi a embarquer cinq copains avec moi. on prend nos instruments et on va jouer dans les couloirs. Tous les vieux thèmes connus" (p.109) "Je vous envoie un disque sans savoir s'il vous plaira […] J'en avais repéré un autre, de Miles Davis, mais il m'est passé sous le nez. Sachez cependant que Bill Evans est l'arrangeur de Miles (l'un des arrangeurs-compositeurs les plus doués du jazz d'avant garde), de plus un excellent pianiste. Vous l'aviez d'ailleurs remarqué dans le disque de Miles, Kind of blues, que nous avions acheté à St Nazaire. C'est un bel exemple d'artiste et d'homme, secret et hypersensible. Il a gardé longtemps des partitions dans ses tiroirs et ne semble guère rechercher le succès ou une célébrité quelconque, seul un travail qui le laisse parfois enfermé, isolé avec son piano durant plusieurs jours, dormant et mangeant à peine. C'est sûrement cette sensibilité et cette conscience sincère et discrète qui lui ont valu le respect et l'amitié d'un M. Davis, d'un Charlie Parker, d'un Thelonious Monk, sans compter les autres vrais. Si vous en avez l'occasion écoutez les Double-Six. C'est le meilleur ensemble vocal de jazz européen. Ce qu'ils font dans leur domaine est très avancé et solidement arrangé" (p.125-126) "Quand je songe qu'il y a des types de vingt et un ans qui donnent déjà des concerts, que Charlie Christian fut un novateur dans le domaine de la guitare de jazz à vingt ans" (p.194) "Je me sens prêt, maintenant, à engager toutes mes forces au service de la musique. C'est une amante tellement généreuse, qui a si peu d'amants sincères et désintéressés, sauf dans le domaine du jazz, où se révèlent les plus purs de ses adorateurs, ceux qui l'aiment et la servent humblement, sans se donner en spectacle: M.Davis, Coltrane, Monk, Parker, Bud Powell, Mingus, Art Tatum et tant d'autres" (p.240).

#0012 - Philippe GARNIER


GARNIER Philippe : Goodis, la vie en noir et blanc, 1984, Seuil
Notes: C'est une biographie et c'est aussi le royaume de la contradiction dans les témoignages sur Goodis et le jazz ! "Goodis n'écoutait pas beaucoup de jazz, surtout du classique. Pas Count Basie, non. Le seul morceau de jazz qu'il connaissait d'après moi c'était How high the moon. Il chantait ça ou jouait ça sur son peigne à longueur de temps, il me rendait cinglé avec ça" (p.69) "Ils étaient très nombreux les disques de Basie. C'étaient les meilleurs, ceux qu'il aimait. Il y avait Every tub, Swinging the blues et Texas shuffle. Il y avait John's idea, Lester leaps in et Out the window. Pour quelqu'un qui soit disant n'aimait pas trop le jazz et chantait seulement How high the moon sous la douche, Goodis ne se défend pas trop mal. Texas shuffle éveillait toujours en lui la vision d'innombrables troupeaux de bœufs galopant dans la plaine immense du Texas" (p76) "Dick Levy se définit lui même comme compositeur et musicien de jazz manqué […] A cette époque, Dick était pianiste au CR Club, un club privé qui dépendait de Palombo's, un night club connu pour sa clientèle soi-disant mafioso sur les bords. Dick, qui a été pendant un temps l'éléve de Willie "The Lion" Smith, n'a pas poursuivi cette carrière de musicien de jazz" (p.127) "Chacun amenait ses disques, David sortait son kazoo, ou ce qui lui servait de kazoo -généralement un peigne et du papier à cigarette, et il jouait sur les disques. C'est peut être pour cette raison qu'il s'intéressait surtout au saxo ténor. Bien sur il adorait Basie, principalement la grande période swing de l'avant guerre et surtout les morceaux up-tempo, tout ce qui balançait fort -ce qu'on appelait le jump à l'époque. C'était la grande époque de l'orchestre de Count Basie, quand Hershel Evans était au ténor avec Lester Young. Evans venait du Texas, il avait un style très solide et ébourrifant qui contrastait avec celui de Lester Young. David préférait nettement Hershel Evans, mais il n'était pas le seul dans ce cas là à l'époque. Basie rencontrait beaucoup de résistance, même parmi ses propres musiciens qui n'aimaient pas la façon de jouer de Lester. Son style était trop neuf, trop différent. David amait aussi énormément Lionel Hampton, surtout quand il jouait en petites formations. Il adorait ce morceau, Shuffling at the Hollywood, avec un solo de Chew Berry. C'était un disque RCA Victor, je me souviens avec Cozy Cole et Clydie Hart. Il y avait aussi Central avenue breakdown, toujours Hampton mais avec une autre formation. Nat Cole au piano sur celui là" (p.128) "Les deux frères Goodis aimaient la musique, ils avaient des tas de disques, jazz et classique" (p.164) "Norman Granz son Jazz At The Philarmonic à l'Academy de Brooklyn, Illinois Jacquet est en tête d'affiche, avec Flip Phillips, Coleman Hawkins, Howard McGhee, Ray Brown et Helen Humes" (p.167) "La boite de Stan Cooper s'appelait le Club Harlem, et tous les grands du jazz y sont passés: Count Basie, Lionel Hampton, Ray Charles, Ellington […] Quand on est entrés dans la loge, Ellington était assis sur une chaise en train de fumer une cigarette de marijuana. Et il avait un bas de femme très serré sur la tête, avec un nœud sur le dessus […] Oh non, ce n'est pas vrai, pas toi, Duke ! Duke a rigolé, tout le monde a rigolé, mais Dieu sait ce que chacun pensait à ce moment"(p.188).
Aussi cités: Sinatra, Gershwin.

#0011 - Paul PINES


PINES Paul : L'ange du jazz (The tin angel), 1983, Du Rocher 1985, Trad. Paul Couturiau
Pendant une dizaine d'années, Pines a fait vivre un club de jazz new yorkais. Premier roman tiré de son expérience.
Notes: "Lloyd clôturait son dernier set par You don't know what love is sur un tempo latin mélancolique" (p.16) "La radio était branchée sur WRVR, et Roland Kirk jouait Bright moments" (p.18) "Je suis entré dans un bar sombre de l'avenue B, l'Annex, où trainaient des intellos noirs: Bob Thompson, les frères Walker, Ishmael Reed, David Henderson, la grande gueule de Mike Bramble et un paquet de nitroglycérine du nom de H. Rap Brown. King Pleasure chantait My little red tap dans le juke box" (p.23) "Billie Holiday chante toujours There is no greater love au vieux Five Spot" (p.27) "Sur la scène, Sheila Jordan chantait God bless the child" (p.58) "Sheila Jordan chantait My favorite thing: Girls in white dresses: with blue satin sashes, -snowflakes that stay- on my nose and eyelashes […] absorbée dans le solo du bassiste Harvey Swartz dans I'll remember april" (p.64-65) "King Pleasure chantait le classique d'Eddie Jefferson Moody's mood: there I go, there I go -Theeere I go. Pretty baby -You're the soul -That snaps my control" (p.89) "Son choix se porta sur un enregistrement de Billie Holiday: Hush now, Don't explain" (p.98) "Billie Holiday chantait Give me a pig's foot and a bottle of beer" (p.100) "Joe Lee chantait une vieille rengaine de Gloria Coleman, Good morning love: Good morning love -how do you do ? -Greetings from -my warm heart to you" (p.140) "Le big band de Buddy Rich au Vanguard" (p.166) "Entre deux morceaux de Quincy Jones: Blues bittersweet et Bone dance" (p.170) "Dinah émergeait du Second Street Café sur les premières mesures de Summertime" (p.186) "On dirait le Mormon Tabernacle Choir chantant l'Hallelujah dans un bain chaud" (p.223) "Joe Lee chantait le blues. Carmine était pétrifié. Il écoutait les paroles: If it wasn't for the blues -I'd spent my whole life in jail, -but I sang 'em so good -that the judge he went my bail" (p.302).

#0010 - Jacques STERNBERG


STERNBERG Jacques : Histoires à mourir de vous, 1991, Denoël / ReEd. Folio N°2699
Pour la nouvelle La cassette, pleine d'humour, basée sur l'amour d'une jeune femme pour Charlie Parker avec un bon conseil pour occuper cette jeune femme pendant un de ses après midi de liberté. Et la nouvelle Le disque, aussi humoristique, mais avec une fin plus constructive concernant la jeune femme ! "Au rayon jazz, il n'y avait que quelques amateurs. Cette musique qui avait marqué toute une génération d'après guerre ne faisait que perdre du terrain depuis les années 70 et semblait agoniser dans l'inculture sans complexe des plus jeunes […] On sentait qu'elle cherchait quelque chose de très précis. Au casier marqué Charlie Parker. Qu'elle fouillait au ralenti, fièvreusement […] La version introuvable de l'un des chefs d'œuvre de Parker: ses déchirantes variations sur le thème d'Embraceable you que l'on pouvait considérer comme son plus beau disque […] Je n'ai jamais ressenti d'affinités vraiment passionnelles avec les femmes -où les hommes- que le jazz laissaient froids"

#0009 - John HARVEY


HARVEY John : Les années perdues (Wasted years), 1993, Rivages Noir N°299, Trad. Jean-Paul Gratias
Notes: "Libérer sa collection de disques de la caisse de thé où elle se languissait. Cela faisait combien de temps qu'il n'avait pas entendu Paul Gonsalves prendre chorus après chorus devant l'orchestre du Duke à Newport, la voix d'Ella qui glisse doucement vers les basses dans Every time we say goodbye […] le son d'un orgue Hammond surgit au moment où Resnick payait son entrée […] Sur scène, un orchestre de sept musiciens jouait Green onions. A cette époque-là, on jouait tout le temps Green onions" (p.13) "La première fois que le chat sauta sur les genoux de Resnick et se laissa caresser, Resnick écoutait l'album Prestige In the beginning. Celui dont la pochette bleue à trois volets s'orne d'un superbe portrait montrant un Dizzy Gillespie très séduisant, dans un cadre rouge. Oop bop sh'bam, avec Sonny Stitt à l'alto, Milt Jackson au vibraphone, le solo de Dizzy les emmenant jusqu'au thème final, une coda vocale aux notes liées. Dizzy avait dit Resnick en souriant […] Quelque mois plus tard, un autre chat, plus jeune, était apparu. Miles, bien sur, qui d'autre ? Pendant l'année qui suivit, Pepper et Bud étaient venus par hasard, et ils étaient restés" (p.91) "Posée sur la pochette de Spike Robinson qu'il écoutait en ce moment" (p.92) "Il le dénicha dans la pochette d'un autre disque, le Blue Serge de Serge Chaloff -pas mal, pensa Resnick, comme couverture d'emprunt" (p.139) "Le timbre poste carmin sur la couverture. Au centre, le visage de Monk, de profil. Son chapeau mou au bord relevé est incliné vers l'avant; sa barbiche en pointe s'avance, de façon symétrique à la courbe dessinée par la couronne du chapeau. Riverside 12-209: The unique Thelonious Monk" (p.175) "Il fredonnait une musique de Charlie Parker, l'un de ces morceaux au titre imprononçable" (p.245) "Ce type qui jouait du piano comme si on lui avait coupé les deux bras. (dixit une copine de Resnick qui n'a pas l'air d'aimer Monk !) […] Dix, onze notes séparées, apparemment sans lien entre elles, les doigts martelant les touches, quand soudain -la contrebasse égrenant son rythme de métronome, un balai effleurant la caisse claire- le vibraphone prend le relai, trouvant une ligne, une mélodie là où il n'en existait aucune auparavent. New York, le 2 juillet 1948. Evidence" (p.256) "Resnick écoutait Charlie Mariano en feuilletant d'anciens numéros de Jazz Magazine" (p.269) "Dans le salon, il fut tenté d'écouter le Lover man de Charlie Parker, ou l'une de ces ballades meurtries que Billie Holiday chantait, accompagnée par Lester Young" (p.274) "Eddie "Lockjaw" Davis enflammait le public devant l'orchestre de Basie quand le téléphone commença à sonner; Resnick ne l'entendit qu'a la fin du premier solo, quand la musique se fut réduite aux quelques notes éparses du piano de Count" (p.376) "Son instinct avait été de glisser une nouvelle cassette dans le lecteur, mais dans sa tête Lester Young jouait déjà Ghost of a chance" (p.418) "Un déferlement de phalanges fougueuses, comme Monk martelant These foolish things sur des morceaux de verre brisé" (p.418).
Aussi cités: Mike Jagger, Charlie Watts, les Stones, les Yarbirds, Jeff Beck, les Blues Breaker, John Mayall, Graham Bond, le Big Roll Band, Zoot Money, Jimmy Powell, les Five Dimensions, Neil Diamond, Tina Turner, les Beatles, Johnny Cash, Tanya Tucker, Billy Joe McAllister, Elvis Presley, Brian Ferry, Rod Stewart, Luther Ingram, David Peaston, Galliano, les Dream Warriors, James Last, et quelques groupes de Rap.