Robert CRUMB


Un dessin du grand Robert Crumb dans lequel certains d'entre nous pourraient se reconnaitre... ou reconnaitre un ami !!!

#0050 Colum McCANN


Ce roman parle de New York, d'amour, de mariages mixtes, de terrassiers qui creusent des tunnels, de batisseurs de gratte-ciel qui dansent sur les poutrelles à des dizaines de mètres au dessus de la ville. C'est peut-être le premier vrai roman consacré aux sans-abri, à ceux qui vivent au dessous et à l'écart de la cité prospère. On sent que McCann a fréquenté ces lieux.
McCANN Colum, Les saisons de la nuit (The side of brightness), 1998, Belfond 10-18 / 1998, Trad. Marie Claude Peugeot

Notes: "Régime de silence et de coups de pelle que seul rompt très occasionnellement le gospel de Walker: Seigneur, j'ai pas vu un coucher de soleil / Depuis que j'suis descendu là / Non, j'ai rien vu qui ressemble à un coucher de soleil / depuis que j'suis descendu là" (p.19) "il écoute à la radio la musique qui se présente, se donnant rarement la peine de tourner le bouton à moins qu'il ne soit sûr d'entendre du jazz" (p.67) "Une musique de jazz éclate autour de lui et il se met à danser tout seul comme un fou dans son logement" (p.68) "Eleanor aime bien arriver un peu en retard pour se laisser porter par le grand flot de gospels qui l'accueille quand elle ouvre la porte" (p.115) "L'aiguille du phono broute sur un vieux disque de jazz: Louis Armstrong. Ah! ce tempo. Ce rythme fabuleux! Ces retombées syncopées" (p.148) "Il a horreur d'entendre le grand Daniel Louis Armstrong arrêté dans son élan" (p.150) "Maxine a chanté une chanson de Mary Lou Williams. Un soir on est allé au Métropole et on a entendu Henry Red Allen souffler dans sa trompette en costume et en cravate. Pom, pom ! Il est vraiment rigolo" (p162) "Ici les stations de radio sont pas terribles -on entend à peu près que Nat King Cole. Mais j'écoute le vieux Rex" (p.164) "Une chanteuse de jazz lui lance un regard provocant du haut de son estrade et passe sa langue rose sur ses lèvres d'un air lubrique" (p.195) "La voix de Louis Armstrong jaillit du tourne-disques et berce tendrement son supplice" (p.197) "Et il s'est mis à chanter ce blues qui va pas du tout avec le violon: Seigneur, j'suis tellement au fond du trou, quand je lève les yeux, il me semble que j'vois que le fond" (p.282).
Aussi cités: Bill Broonzy, Jimi Hendrix, James Brown.

#0049 Simone de BEAUVOIR


Journal de voyage de 4 mois en Amérique en 1947 avec une approche très naïve (pour rester poli). Un peu de musique, de politique, de tourisme et beaucoup d'énormes énormités.
BEAUVOIR Simone de, L'Amérique au jour le jour, 1948, Paul Morihien / ReEd. Gallimard & Folio N°2943
Notes; "Ils (les noirs) dansent comme il leur est naturel de danser, il faut une parfaite détente intérieure pour se laisser si totalement posséder par la musique et le rythme du jazz […] J'écoute le jazz, je regarde la danse […] Le Savoy est le plus grand dancing de New York, c'est à dire du monde […] Et ce jazz est peut être le meilleur du monde […] Quand j'entendais du jazz à Paris, quand je voyais danser des noirs, l'instant ne se suffisait jamais tout à fait à lui-même, il m'annonçait autre chose, une réalité plus achevée dont il n'était qu'un incertain reflet" (p.42-43) "Nous avons été d'abord 52° rue chez Billie Holiday. Un public clairsemé écoute un orchestre sans éclat en attendant que Billie chante […] On raconte qu'elle se drogue et qu'elle ne chante plus que rarement […] Il paraît que l'an dernier le jazz était de première qualité" (p.48) "J'écoutais à Paris l'orchestre de Don Redman […] Carnegie Hall […] Armstrong apparaît au milieu des applaudissements frénétiques […] Mais Armstrong se fait vieux. A présent il ne joue plus guère que dans des buts commerciaux avec un de ces orchestres trop vastes où l'intimité et la vérité du jazz se perdent […] Et le public accueille avec autant d'enthousiasme cette musique pour diners dansants que le jazz authentique" (p.55-56) "Le blanc ne joue pas assez hot et le noir lui met la main sur le bras en roulant des yeux suppliants: plus vite !" (p.195) "New Orleans […] mais ce que nous désirons c'est entendre du vrai jazz joué par des noirs; ou n'y en a-t-il plus en Amérique ? […] Tout de suite nous sommes prises, cette musique ne ressemble en rien à celle de Café Society, ni même à celle de Harlem, les trois noirs jouent avec passion, pour eux mêmes […] ils nous font penser au jeune homme à la trompette de Dorothy Baker, ils sont sans doute de ces jeunes gens qui étouffent dans la civilisation américaine et pour qui la musique noire est une porte d'évasion" (p.218-220) "C'est ici, dans ces boites modestes, chez ces musiciens inconnus, que le jazz, plus qu'a Carnegie Hall ou même au Savoy, atteint une vraie dignité" (p.223) "Nous écoutons du vieux jazz, des Louis Armstrong de la grande époque, des airs de Bessie Smith, la chanteuse noire qui mourut des suites d'un accident d'automobile parce qu'on refusa de l'admettre dans un hopital blanc" (p.256) "Nous emmène entendre sur la 52° rue le trompette Sydney Bechet (sic ! c'est pas tombé loin !). C'est un des derniers musiciens qui joue dans le pur style de la Nouvelle Orleans; il a été célébre en Amérique, il a joué aussi en France à Paris, il a tué un autre musicien noir au cours d'une rixe; il a fait une année de prison au cours de laquelle ses cheveux sont devenus tout blancs, c'est aujourd'hui un vieil homme au visage raviné […] Mais Bechet ne pouvait rêver un public plus digne de son génie que la femme au visage noir, au tablier blanc qui apparaît de temps à autre par une petite porte derrière l'estrade. C'est sans doute la cuisinière […] en la regardant on comprend mieux encore la grandeur du jazz qu'en entendant Bechet même […] Mais ce qu'on lui sert ce n'est jamais du jazz, c'est du Sinatra ou du Bing Crosby, ce sont ces mélodies sucrées qu'on appelle sweet music et qui sont aussi douceâtres que les sweet potatoes […] ceux mêmes qui prétendent aimer le vrai jazz le dénaturent; et comme les noirs ne gagnent leur vie que par la clientèle des blancs, ils se font nécessairement complices de cette perversion. Quand on compare Bechet, ou les petits orchestres de New Orleans, ou les vieux disques d'Armstrong et Bessie Smith avec le jazz qui est en vogue aujourd'hui, on se rend compte que les Américains ont peu à peu vidé cette musique brûlante de tout son contenu humain et sensible […] Ce qui plait aux Américains dans le jazz, c'est que le jazz manifeste l'instant; mais comme pour eux l'instant est abstrait, c'est aussi une manifestation abstraite qu'ils réclament, ils veulent du bruit, des rythmes, rien de plus, il se peut que bruits et rythmes soient orchestrés avec art, avec science, de manière qu'indéfiniment le présent renaisse de sa mort, mais le sens du vieux jazz est perdu. A. E. me dit que la forme la plus récente du jazz, le be-bop, manifeste encore plus clairement cette divergence" (p.257-260) "Possèdent un magnifique pick-up et une immense collection de disques où le vieux jazz prédomine comme chez tous les intellectuels que je connais (p.263) "A minuit, je retourne entendre avec N. le trompette Sidney Bechet (sic, c'est le même !). Un de ses jeunes admirateurs blancs joue du saxophone à ces côtés" (p.272) "Même Josh White, quand je l'entends de nouveau au Café Society, je me rends compte que son audace est tempérée par un tact sur, il se maintient soigneusement sur le terrain où un public libéral peut risquer de s'aventurer; comment ferait-il autrement, il a une femme et trois enfants, il faut qu'il plaise, s'il mettait son vrai cœur à nu il n'aurait plus qu'a aller cirer les souliers au coin des rues" (p. 308) "parmi les musiciens blancs qui ont su s'assimiler (sic !) la musique noire, beaucoup sont Juifs. Ce n'est pas un hasard si Mezzrow qui vécut à Harlem après avoir épousé une femme noire, et qui ne voulait fréquenter que des noirs était Juif (sic ! Mezzrow était Juif ? Je croyais qu'il était clarinettiste !)" (p.314) "l'orchestre joue ce jazz nouveau: le be-bop. Les blancs s'empressent de défigurer ce que les noirs inventent, et les noirs reprennent docilement à leur compte ces déformations. Les musiciens jouent ici un jazz qui, au lieu de s'inscrire dans la tradition de New Orleans comme le be-bop originel, n'est que l'expression haletante, exaspérée de la fièvre New Yorkaise […] si bien que ces nigger-lovers, comme les appelleraient les gens du Sud, sont pour la plupart des aigris, des malades, des individus névrotiques, des faibles rongés de complexe d'infériorité. Que Mezzrow aille vivre à Harlem et préfère systématiquement les noirs aux blancs relève de cette attitude. Richard Wright la trouve néfaste" (p.340-341) (sic ! je fatigue, je vais me taper un petit noir ! Simone m'a tuer !).

#0048 Michel BOUJUT


Polar dont le personnage principal n'est autre que Louis Armstrong, poursuivi jusqu'à Paris, par des tueurs de la mafia New-Yorkaise alors qu'il coule des jours tranquilles à Bougival avec sa smala, dans une villa mise à sa disposition par la pétulante Bricktop, reine des nuits de Pigalle. C'est sur le rythme syncopé de la trompette d'Armstrong, que nous entraîne ce récit picaresque dont les figurants s'appellent, entre autres, Joséphine Baker, Robert Desnos, Al Brown, Henry Miller, Howard Hughes, Hugues Panassié et le jeune Boris Vian...
BOUJUT Michel, Souffler n'est pas jouer, 2000, Rivages N°140

Notes: "Sur l'estrade en acajou de chez Bricktop, le cabaret chic de la rue Pigalle, le quintette à cordes joue une romance au swing léger. Grappelli, le violoniste, et Django, le manouche, à la guitare […] Il y a quelque chose de volatile et de mélancolique dans leurs improvisations à patte d'oiseau. Assis à une table, devant l'estrade, Jean Cocteau, très entouré, dessine de fines arabesques de ses blanches mains d'artiste, en suivant la musique […] Ada Smith, dite Bricktop, à cause de ses cheveux teints en roux, la maîtresse de céans, veille à la bonne ordonnance de la soirée […] Elle navigue de table en table, un boa bleu ciel sur ses épaules nues, souriante et vive. Une lumière douce tombe des plafonniers sur le décor rouge et or" (p.17). Etc.

#0047 Jean COCTEAU


COCTEAU Jean, Mon premier voyage (Tour du monde en 80 jours), 1936, Gallimard
Notes: "Harlem c'est la chaudière de la machine et sa jeunesse noire qui trépigne, le charbon qui l'alimente et qui imprime le mouvement […] New York éprise de cathédrales, d'orgues, de cierges, de gargouilles, de burlesques, de ménestrels, de mysticisme et de mystères, est secouée par le rythme noir" (p.215) "Le Lindy Hop, qui règne depuis cinq ans, est une gavotte nègre. Il se danse au Savoy, le dancing noir de Harlem. Une longue salle basse entourée d'une balustrade. Au milieu, la piste et l'orchestre. Autour, un promenoir, des loges et des tables où les spectateurs et les danseurs consomment des boissons naïves […] Soudain l'orchestre ressuscite, les morts qui dansent s'éveillent de l'hypnose et le Lindy Hop les secoue. Sur quelle herbe ont-ils marché ? Sur la marihuana, l'herbe qui se fume et qui grise. Ces grosses négresses en cheveux et ces petites filles dont la poitrine se cabre et dont pointe la croupe, le chapeau placé comme une gifle, deviennent un lasso que les noirs déroulent et enroulent à bout de bras […] au bar Onyx […] le Swing a remplacé le Jazz. C'est le terme nouveau qui désigne un band noir dont la musique tourne et vous boxe l'âme. Au bout de cette petite cave étroite se démènent, sur une estrade, les cinq nègres de l'orchestre le plus pur […] Même un Armstrong qu'on croyait de diamant s'est laissé corrompre. Le rêve de ces Ford construites avec des ficelles et des boîtes de conserve est de devenir Rolls Royce et l'orchestre symphonique qui monte des profondeurs, les smokings blancs, les saxophones de nickel éclaboussés de lumière, seront la perte de ces vieux tambours, de ces vieilles trompettes et de ces vieux chapeaux. Le drummer est un nègre d'origine indienne. Il roule son tonnerre et jette ses foudres, l'œil au ciel. Un couteau d'ivoire miroite entre ses lèvres. Près de lui les jeunes loustics d'une noce de campagne se disputent le microphone, s'arrachent de la bouche des lambeaux de musique saignante et s'excitent jusqu'à devenir fous et à rendre folle la clientèle qui encombre les tables. Lorsque le swing s'arrête, un roulement de caisse accompagne les acclamations et les saluts des choristes […] Après une stupeur de catastrophe, le Swing empoigne le Boléro de Ravel, le déchire, le malaxe, le scalpe, l'écorche vif, entortille autour de son baton monotone les pampres écarlates d'un tyrse-vaudou" (p.217-219).

#0046 Frank CONROY


A New York, dans les années quarante, un enfant regarde, à travers les barreaux du soupirail du sous-sol ou il est enfermé, les chaussures des passants sur le trottoir. Pauvre, sans aucune autre protection que celle d'une mère excentrique, Claude Rawlings semble destiné à demeurer spectateur d'un monde inaccessible. Dans la chambre du fond, enseveli sous une montagne de vieux papiers, il découvre un petit piano blanc désaccordé. En déchiffrant les secrets de son clavier, Claude, comme par magie, va se découvrir lui-même. Il est musicien. Ce livre est l'histoire d'un homme dont la vie est transfigurée par la découverte d'un don.
CONROY Frank, Corps et âme (Body and soul), 1993, Gallimard Du Monde Entier 1996, Trad. Nadia Akrouf

Notes: " Ceci est la partition de Honeysuckle Rose, un morceau de Fats Waller […] Il se mit à jouer la mélodie, des deux mains, à un rythme modéré, ses doigts se mouvant apparemment sans effort sur le clavier. When I'm taking sips, chanta-t-il d'une voix éraillée, From your tasty lips" (p.28-29) "Claude […] travaillait The choo-choo boogie, l'un des nombreux airs de blues et de boogie qu'il avait trouvés dans la banquette […] Le rythme était aussi puissant et implacable que la locomotive qui illustrait la première page de la partition" (p.65) "Claude joua un boogie-woogie, s'y donnant à fond, faisant de l'épate. -Eh ! où qu't'as appris à jouer c'truc, mec ? C'est du Meade Lux Lewis !" (p.81) "jouer, laissant échapper un grommellement étouffé du fond de sa gorge, mâchonnant sa lèvre inférieure comme un homme dans la souffrance. Il joua sans interruption des strides et des boogies pendant plus d'une heure, les mains martelant, les bras pompant, la tête et le torse immobiles […] Ce fut une tempête de notes et Claude, fasciné, regarda les bras de l'homme se croiser et se décroiser, se déplacer ensemble et séparément, et ses doigts, fonctionnant à une vitesse incroyable, arracher des thèmes limpides à une lame de fond presque irrésistible de musique" (p.83) "J'aime aussi le boogie-woogie. -Ah ouais ? Ben, c'est du blues. Et le blues, mon vieux, tout part de là […] Tu connais les Bird's changes du blues ? […] Les changements pour le be-bop […] N'oublie pas d'écouter Art Tatum. Il va vite, vite, vite, et il swingue. Des mains comme des serpents, tu vois ? Elles s'ouvrent grand comme ça, comme un serpent qui écarquille la gueule, tu sais, large, encore plus large, tellement large que c'est impossible […] Va chez Minton et écoute" (p.138-139) "C'est juste cette phrase, qui se répète, sauf qu'ici c'est un mi, et là un mi bémol. Il joua rapidement les douze mesures. Tu vois ? Ça s'appelle Blues in the closet […] C'est la façon de noter le jazz. Ils n'écrivent pas tout […] Un musicien de jazz que j'ai rencontré un jour me les a donnés. Ils ont été inventés par un saxophoniste nommé Charlie Parker […] Le plus étonnant, c'est que ça marche avec toutes les lignes de blues […] Il joua les accords de Parker sur une mélodie de blues non répétitive appelée The swinging shepard blues, puis sur une mélodie plutôt difficile, de Parker lui-même […] Au lieu d'attendre sur la tonique pendant quatre mesures avant d'aller à la sous-dominante, il nous trace le chemin. Il nous porte là-bas. Et j'adore le changement du majeur au mineur. Ils appellent ça le be-bop […] C'était censé être sauvage -de la musique sauvage […] Mais en réalité, ça vient tout droit de Bach. Je veux dire, Bach aurait pu facilement écrire les accords du blues […] Parker est incroyablement créatif. Ses trucs sont pleins de contrepoints, de cycles. C'est du baroque, vraiment" (p.173-174) "Le son vif du saxo alto de Parker déchira l'air d'une ligne de blues syncopée […] le pianiste du disque commença à jouer le cycle de quintes fondé sur les changements du be-bop de Parker […] on eût dit que le be-bop était l'accompagnement de la musique sérielle et vice versa" (p.212) "J'ai essayé de jouer du jazz. Improvisé sur un motif d'accords d'un musicien que j'aime bien, Art Tatum […] Rachmaninov a dit un jour qu'il souhaiterait jouer aussi bien que Tatum" (p.232) "Lorsqu'il eut terminé le Gershwin, il se lança sans interruption dans Carolina shout, de James P. Johnson, arrachant les strides de la main gauche à un tempo dangereusement rapide. L'énergie irradiait dans toutes les directions, le piano semblait devenir incandescent […] Il attaqua Ripples of the nile, de Lucky Roberts, un vieux stride à casser la baraque […] il commença à mêler Art Tatum à Fats Waller à Jelly Roll Morton en une avalanche ininterrompue de jazz" (p.325) "joua très doucement la version d'Art Tatum de Tea for two pour se détendre les doigts […] Tatum était un maître […] Où puis-je entendre du jazz ? […] Vous jouez du jazz, au Castle ? J'aimerais venir. -Ce n'est qu'un trio. Chez Ronnie Scott, il y a un véritable orchestre. De bons musiciens" (p.476-477) "Sais-tu ce qui est arrivé à Miles Davis ? […] Il jouait au Birdland et faisait le tour du pâté de maisons pour respirer un peu d'air frais […] un flic lui ordonne de circuler […] le frappe avec son bâton. […] Ce type est si fragile" (p.485) "De l'autre côté de la porte capitonnée leur parvenaient les sonorités d'un trio qui jouait How high the moon. Lorsqu'ils pénétrèrent dans l'obscurité enfumée, Claude nota avec satisfaction que le pianiste utilisait des accords altérés intéressants au lieu des standards habituels […] Les trois hommes jouaient avec une intimité apparemment facile, se passant et se repassant des petites figures et des phrases comme dans un jeu de balle compliquée, sans jamais interrompre la ligne de l'air qu'ils interprétaient. Ellington, Monk, Horace Silver […] Claude était impressionné par la complexité de ses improvisations. Musicien éclectique, il semblait capable de s'inspirer de nombreux pianistes de jazz célèbres. Il pouvait faire le truc d'Erroll Garner -la main gauche comme un métronome, la main droite se décalant en arrière ou en avant du temps- sans faire de l'Erroll Garner. Il pouvait jouer à la façon percutante de Horace Silver puis, utilisant peut-être un bridge, planer sur les barres de mesures à la Bill Evans" (p.488-489) "Le jazz est tout sauf une musique primitive" (p.490) "J'ai entendu Coltrane et Elvin Jones" (p.491) "Zoot Sims vient chez Ronnie" (p.492) "La musique reprit […] I'll remember april. Green dolphin street. Slow boat to China […] Honeysuckle rose ? -Honey suck my nose ! […] Claude attendit un chorus entier pour s'imprégner des accords […] Ils improvisèrent en alternant les chorus sur des lignes de be-bop qui semblaient rouler sur des croches, chacun des deux hommes reprenant la suite de la structure élaborée par l'autre […] Reggie et le Comte accentuèrent le rythme par de subtiles explosions syncopées […] Les deux hommes, au piano, rivalisaient de virtuosité, swinguaient de plus en plus fort. Ils défonçaient la mélodie" (p.493-494).

#0045 Truman CAPOTE


Les héros sont une troupe de chanteurs noirs allant de Berlin à Leningrad pour y jouer Porgy and Bess de Gershwin. Capote a suivi la tournée comme correspondant du New Yorker. Il a écrit son reportage en notant les moindres incidents, les paroles les plus insignifiantes et aussi les plus révélatrices des membres de la troupe ou des officiels russes qui la recevaient. Il a reproduit minutieusement les quelques aspects de la vie soviètique qu'il a pu observer. C'était en 1958...
CAPOTE Truman, Les muses parlent (The muses are heard), ????, Gallimard 1959, Trad. Jean Dutour

Notes: "Les Russes connaissent la musique de Gershwin, dit-il. Un de mes amis russes m'a même dit qu'a une soirée ou il se trouvait, trois invités avaient chanté Bess, you is my woman de bout en bout" (p.18) "En 1952, lorsque Breen et son associé, Blevins Davis, avaient repris l'opéra de Gershwin, le rôle de Porgy était tenu par William Warfield, celui de Bess par Leontyne Price et celui de Sportin' Life par Cab Calloway" (p.43) "Tous les soirs, de huit heures à minuit, un orchestre de jazz dispense ses mélodies au Tout-Leningrad, qui danse rarement, et considère d'un air morose les bulles qui se forment dans les verres de champagne sirupeux de Georgie" (p.124) "Sa voix s'enfla et il finit par beugler en russe quelque chose qui rappelait vaguement la mélodie de Saint Louis blues" (p.174) "Les musiciens de l'hotel ne firent aucune objection. Ils étaient tous des fanas du jazz américain, l'un d'eux, même, grand admirateur de Dizzy Gillespie, avait édifié une considérable discothèque en enregistrant des émissions étrangères sur de vieilles plaques de radiographie (sic !)" (p.200) "L'orchestre donnait une version très intimiste de Somebody loves me, et les danseurs écoutaient avec des visages extasiés, transfigurés, la voix rauque de Lamar qui chantait: Who can it be oh may-de ba-by may-be it's you ! Mme Nervitzky dansait bien, mais elle était toute contractée, et ses mains étaient de glace. -J'adore la musique des nègres (en français dans le texte). C'est si pervers, si malsain !" (p.205-206) "Le pasteur, un vieux monsieur gentil, nous a demandé si on voulait chanter un spiritual" (p.209) "Nous ne sommes pas habitués à des danses aussi réalistes, ni au jazz joué par un orchestre symphonique" (p.251).

#0044 Nat HENTOFF


Une faune de toxicos et de trafiquants, de putes et de macs, de voleurs et d'assasins... et de flics. En cas de pépin, motus et bouche cousue, ce qui fait que le malheureux Noah Green a bien du mal à enquêter sur les demi cadavres retrouvés dans des poubelles...
HENTOFF Nat, La police des polices (The man from internal affairs), 1985, Série Noire 1986, Trad. M. Watkins
Notes: "Vous n'avez jamais entendu ce disque de Fats Waller, En douceur ?" (p.13) "J'entends d'ici Stevie Wonder avec une clarinette, une trompette bouchée et des cordes" (p.15) "Comme Billy Eckstine. Lisse, vraiment lisse, marqué par rien" (p.16) "Par exemple: quel pianiste d'avant garde aujourd'hui célébre a travaillé dans la petite formation de Johnny Hodges lorsque le Lapin a quitté le Duke ? Cecil Taylor !" (p.29) "Le juke box bourdonnait tout bas au rythme délicatement érotique du Misty d'Erroll Garner" (p.107) "En lisant Down Beat, secoua tristement la tête. Presque tous les géants ont disparu […] Qui soit seulement digne de porter l'instrument de Coleman Hawkins. Ou de lester Young. Ou de Coltrane. Personne. Une bande de minables qui ont étudié la composition à Yale ou autre part. Mais les géants ! Qui est-ce qui était qualifié pour leur accorder des diplomes à eux ?" (p.124) "J'ai dégotté un Billie Holiday que je n'avais pas" (p.146) "Si je ne laisses pas de mot, tout est à toi. Sauf les disques de Billie Holiday. Ils sont pour le bébé" (p.189) "Je n'aurais pas trouvé un Billie Holiday de Storyville. George Wein's Club à Boston ?" (p.221) "J'avais mes cassettes. Billie, Prez, les Big Ben, tu sais. Et la radio donnait de l'assez bonne country. Il doit y avoir du noir dans ce Merle Haggard […] Tout était aussi frais, aussi savoureux qu'un solo d'alto de Benny Carter" (p.277-278).
Pas musical, mais sage: " Quand on dépense de l'argent pour bouffer, qu'est-ce qui reste ? Mais si on achéte un livre où un disque".
Voir aussi du même auteur #0008 "Le diable et son jazz" en cliquant ICI

#0043 Jacques STERNBERG


De A à Z, sous forme d'abécédaire, voici des fragments d'une autobiographie, de l'enfance à l'an 2000. Avec du jazz, par un amateur. A lire même sans jazz… comme tout Sternberg.
STERNBERG Jacques, Profession: mortel. Fragments d'autobiographie, 2001, Les Belles Lettres
Notes: "puisque rien n'arrive plus à m'enthousiasmer alors qu'autrefois […] un haletant solo de Parker […] pouvait me rafaler jusqu'a l'ivresse de vivre et l'oubli de tout" (p.31) "les femmes qui ont quand même eu, dans ma vie, plus d'importance que le jazz" (p.33) "humour que je considère comme la seule révolution culturelle -avec la science-fiction et le jazz- de notre après-guerre" (p.52) "mon besoin de jazz qui me servait presque de came pour écrire" (p.53) "Même le jazz qui fut ma came pendant si longtemps ne me console plus. Mes trois mille disques demeurent sur mes étagères, muets, momifiés. Tout enthousiasme m'a quitté" (p.118) "Autrefois, il ne me serait jamais venu à l'esprit de sacrifier un disque d'Armstrong pour inviter une fille à diner ou d'hésiter entre un Lester Young et un lit de passe. Maintenant, cette question ne se pose même plus, je n'ai pas eu toutes les filles susceptibles de me faire encore bander, mais je possède tous les Armstrong et les Young capables de me faire rêver" (p.139) "J'ai mis très longtemps à réécouter du jazz quand j'ai complétement cessé de boire, même Parker, Armstrong, Lester Young, Coltrane, Ellington, Hawkins me laissaient froid" (p.154) "Et bien entendu, c'est encore le jazz qui reflète le plus exactement ce qui me fascine en littérature. J'ai idolâtré dès 1945 la fureur sonore boulimique d'Armstrong […] je me laisse emporter, cool and slow, au gré des volutes magico-neurasthéniques des Lester Young, Parker, Coltrane, Billie Holiday, mon quatuor morbide de choc" (p.168) "Ma passion culturelle la plus exaltante aura sans doute été celle du jazz. Elle remonte à mes 14 ans quand je ne manquais jamais de capter sur la petite radio de ma chambre l'émission de Ray Ventura dont le swing me faisait vibrer alors que j'ignorais encore l'existence du jazz noir américain. Il me faut attendre 1943 pour vibrer en écoutant un disque d'Ella Fitzgerald […] un vibrant solo de Louis Armstrong […] mes premiers 78 tours, des disques de Bechet, Ellington, Armstrong […] j'écrivis presque sans cesse au son du jazz […] ma ferveur et ma fascination pour les Parker, Young, Coltrane, Hawkins, Ellington, Henderson […] Et parmi mes 150 histoires brèves écrites ces dernières années, ce sont celles qui s'inspirent de la mer ou du jazz qui me tiennent le plus à coeur […] je n'ai jamais ressenti autant de fierté que le jour où un sévère critique de la grande presse s'émerveilla de retrouver dans mes romans délirants ce style haletant, inabouti, imprévisible qui rappelait celui de Parker. Ouais, ouais. Mais même si l'on retrouve parfois dans mes textes des entrelacements de phrases qui rappellent Charlie Parker, pour moi aucun jazzman n'aura jamais égalé celui que j'ai toujours admiré par dessus tout: Louis Armstrong, en particulier celui des années 26 à 30. Je ne vois pas quel écrivain aurait pu, comme Armstrong, cracher ses phrases avec une telle netteté, une telle évidence, une pareille fulgurance dans l'invention, en donnant à chaque mot une telle densité de tragique, tout cela pour se jouer avec une aisance royale des pires difficultés techniques. Et je ne comprenais que très mal comment un homme qui savait à peine déchiffrer une partition pouvait cracher dans un simple tuyau autant de sortilèges, d'invention, de dérapages fous d'une telle logique, d'envolées singulièrement libres et maitrisées dans la joie, la douleur, la colère ou la tendresse. Presque tous les autres trompettistes m'ont donné l'impression, par rapport à Armstrong, de jouer du clairon. Et peut-être que le solo hallucinant d'Armstrong sur le thème de Tight like this de 1928 demeure le chef-d'oeuvre de toute l'histoire du jazz. Pour moi, il plane, royal, au-dela de l'histoire de la musique" (p.236-238) "Chaque semaine, je ramenais à Paris mon butin: deux microsillons de jazz par jour, c'était le rythme d'achat que je m'étais imposé" (p.245) "Et mes disques, ça m'apporte quoi ces milliers de disques dont je connais par coeur les deux cents meilleurs et dont je n'ai jamais écouté qu'une seule et dernière fois tous les autres ?" (p.296).
Voir du même auteur #0010 "Histoires à mourir de vous" en cliquant ICI.

#0042 James PATTERSON


L'Amérique peut trembler ! Gary Soneji a réussi à s'évader. A Washington, à New York, ici, là ou ailleurs, n'importe ou, n'importe quand, des innocents vont payer. Avant de mourir, Gary va se venger. De la vie, mais surtout d'Alex Cross, ce sale flic qui avait osé l'arrêter.
PATTERSON James, Au chat et a la souris (Cat & mouse), 1997, Lattès 1999, Trad. Philippe R. Hupp
Notes: "Dans la salle du bas, Hilton Felton distillait son jazz envoûtant. Il était au piano six soirs par semaine, et le week-end, Ephrain Woolfolk l'accompagnait à la basse" (p.59) "Puis elle cria: cake-walk ! et se mit à danser. Une vieille mais énergique danse qui remonte aux temps des plantations, et que je lui avait apprise au piano. On trouve dans cette musique, mélange de rythmes d'Afrique occidentale, d'airs classiques et de marches militaires européennes, les racines du jazz moderne. A l'époque des plantations, les soirs de cake-walk, le meilleur danseur se voyait offrir un gateau. Et c'est ainsi qu'est née l'expression américaine: gagner le gateau […] Elle savait aussi faire l'elephant-walk de James Brown et le moon-walk de Michael Jackson" (p.109-110) "Le groupe latino céda la place à un big band qui joua une série de swings et s'aventura même sur les terres du blues. Curieusement, beaucoup de gens semblaient n'avoir pas oublié ce qu'était le jitterbug […] Quand l'orchestre attaqua le très romantique Moonglow, nous dûmes nous lever pour aller danser, comme attirés par la pesanteur" (p.179) "Réquisitionné au piano, je leur jouai 'S wonderful, puis une version jazzy de Jotta, jotta, jotta, jotta, jing, jing, jing" (p.227) "Pour terminer, je me mis au piano et chantai du rhythm and blues. Jannie, toujours prête à se donner en spectacle, dansa le cake-walk sur une version jazzy de Blueberry hill. Nana elle-même nous offrit une minute de jitterbug" (p.408).
Aussi cités: Elvis Costello, Tracy Bonham, Whitney Houston, Stevie Wonder, Kiss, Keith Jarrett, Bob Marley, Tom Braxton, Nat King Cole, Marvin Gaye, Patti Smith, les Doors, James Taylor, Talking Heads, Alanis Morissette, Melissa Etheridge, Blind Faith, Sting.

#0041 Reggie NADELSON


Artie Cohen remis des ténébreuses et dangereuses affaires de "Mercure rouge", est confronté à l'une des plus violentes organisations du crime, la mafia chinoise. Une enquête sur l'assassinat d'une jeune fille chinoise, retrouvée dans l'appartement d'un diamantaire, le conduira jusqu'en Chine.
NADELSON Reggie, Pavots brulants (Hot poppies), 1997, Bourgois Points 1997, Trad. Anne Wicke

Notes: "La chanson d'Ella Fitzgerald, sur Mott Street en juillet, me trotta dans la tête, avec la voix d'Ella, insistante comme dans un refrain publicitaire, mais quelles étaient donc les paroles ?" (p.32) "Je sais que tu es plutôt jazz Artie. Je me souviens de cela. M. Stan Getz, hein ? Et M. Tony Bennett. Et M. Art Tatum" (p.45) "Ou est ce disque de Tony Bennett que je t'ai offert ? Le disque noir, avec Bill Evans" (p.113) "C'est juste ce putain de Bing Crosby avec son pull Jacquard écossais et sa pipe, qui chante White Christmas, c'est tout" (p.115) "Je testai le système stéreo avec un ou deux CD que j'avais apportés pour ce faire, Gershwin jouant sa propre musique au piano et une version remixée du Potato head blues de Louis Armstrong. Un son magique, même un truc enregistré en mono en 1926 sortait merveilleusement. J'aurais voulu pouvoir emmener Satchmo faire un tour. Et George aussi (Il essaye une Cadillac !)" (p.238) "Les, qui jouait de la clarinette à San Francisco dans un trio de jazz, enseignait aussi la musique à l'Université de Berkeley" (p.298).
Aussi cités: Woody Guthrie, Fats Waller, Bruce Springsteen, Sarah Vaughan, James Taylor, Bee Gees, Barry Manilow, Frank Sinatra, Cole Porter, Fred Astaire, les Beatles, Rogers & Hart, Whitney Houston, Paul McCartney.
Voir du même auteur #0023 "Mercure rouge" en cliquant ICI

Brice HOMS


J'ai reçu un commentaire aimable de Brice Homs qui m'informe que son roman (#0021 Blue) est en cours d'adaptation pour le cinéma aux Etats Unis. J'ai voulu lui répondre et, ne trouvant pas son blog, j'ai cherché sur le web. Surprise ! Il tient un superbe site qui m'a appris les diverses activités qui l'occupaient: écrire des chansons pour de nombreux artistes, des scénarios de cinémas, jouer de la guitare, vivre entre la France et la Louisiane et bien d'autres choses. Rendez lui visite ICI.

#0040 Simone ARESE


La comtesse Marie Thérèse Barubé de Damiette médite une révolution. Remplacer Chopin et Schubert par du jazz lors du concert qu'elle donne chaque année pour le cercle fermé de sa famille et de ses amis au début de l'été. L'arrivée des musiciens, cette faune particulière, ajoutée aux flammes d'un buffet Antillais, aura des effets dévastateurs sur la vie d'un hameau auparavant tranquille.
ARESE Simone, Madame la comtesse préfère le jazz, 1999, Du Rocher

Notes: "oui, elle oserait inviter des musiciens de jazz. Elle était allée en écouter quelque fois, dans des salles de spectacles, comme n'importe quelle roturière, se surprenant alors à taper du pied et secouer le tête en mesure […] il savait que son épouse, trente troisième comtesse du nom, qui interprétait si merveilleusement Chopin sur leur grand queue laqué noir, s'encanaillait à suivre des cours de musique nègre, deux fois par semaine" (p.9) "La comtesse crut découvrir que le jazz rendait incontinent, et elle se promit de poser la question au médecin qui soignait les prémices de sa ménopause" (p.16) "On annoncait le dernier morceau de la répétition: Saint Louis blues […] le temps qu'avait duré la répétition, elle avait subi le viril ascendant du saxophoniste […] Au moment où elle annonça Satin doll au public, il se jura de la conquérir avant la fin de la nuit" (p.17) "Le clarinettiste abandonna un temps de souffler dans son instrument pour chanter Georgia en parodiant Ray Charles […] se balança en cadence quand on interpréta Tea For Two […] La comtesse proposa de rejouer Satin Doll" (p.26).

#0039 Ishmael REED


REED Ishmael, Mumbo jumbo (Mumbo jumbo), 1972, Seuil 1975 / ReEd. L'Olivier, Trad. Gérard H. Durand
Ce délire verbal et musical évoque l'impossible rencontre de Richard Wright, Jack Kerouac et l'Art Ensemble of Chicago, ou James Baldwin, Boris Vian et Sun Ra. Il décrit la lutte éternelle entre l'Occident colonisateur, monothéiste et prosélyte et l'Afrique accueillante, polythéiste et tolérante. L'arme des Noirs-Américains: Djeuze Grou (jus'grew, le juste poussé), le chant qui naît-comme-ça, pousse-comme-ça et met en relation le peuple noir d'Amérique avec ses divinités et sa culture d'origine. En deux mots: le blues et le jazz, sous toutes leurs formes. Comme: "Djeuze Grou, ce Quelque Chose qui a permis à Charlie Parker d'escalader les gammes pour atteindre un Everest. Vole, plonge, glisse, s'élève puis c'est la vitesse divine, c'est la voix par-delà la voix d'Otis Redding, c'est Djeuze Grou qui se glisse du saxophone de John Coltrane" (p. 273-274).

#0038 Susie MORGENSTERN


MORGENSTERN Susie, La première fois que j'ai eu 16 ans, 1989, L'École Des Loisirs / ReEd. Médium.
Notes "Je dirige mes notes vers le sous-sol, des gammes infernales, des exercices rebutants, pizzicati pénibles. Je fais des muscles aux cordes, les cordes forment une croûte dure sur mes doigts. Chaque do, chaque sol bécarre, chaque si bémol est une paillette de plus sur la veste du jazz-band" (p.19) "En fait, les garçons du jazz-band sont des merveilles, surtout Ken Foley le tromboniste […] Une fois admis dans le jazz-band, on y reste jusqu'à la fin des études secondaires" (p.21) "L'épreuve consiste à jouer Take the A train avec l'orchestre en y incorporant un solo improvisé […] Je lève les yeux pour penser à ma veste en paillettes du jazz-band" (p.44) "Je continue à jouer avec le jazz-band pendant que l'idée d'étendre mon activité musicale prend racine en moi […] Mais les filles saxophonistes, trompettistes, trombonistes ne sont pas encore nées, ou du moins, pas à ma connaissance […] Je décide donc de faire avec ce que j'ai et mon ensemble de jazz se trouve à mi-chemin entre un quatuor à cordes, un quintette mozartien et un méli-mélo de premier ordre" (p.81) "Joe sort son saxo de sa boîte et se met à jouer Silent night" (p.116) "Je suis à bout de forces quand les juges nous déclarent lauréats du concours de boogie woogie" (p.161) "Le Jersey Jazzy All Girls Four a un emploi du temps rempli" (p.162).

#0037 Barry HANNAH


Geronimo Rex décrit, dans les années 1958-1965, l'adolescence, puis le passage à l'âge d'homme du jeune Harry Monroe. Il habite une bourgade dans le sud du Mississipi. Le contremaître noir de la scierie, qui dirige la fanfare locale, a une admiration éperdue pour Sousa et ses marches solennelles mais n'a que mépris pour le jazz, une musique de nègres.
HANNAH Barry, Geronimo Rex (Geronimo Rex), 1970, Gallimard 2000, Trad. Philippe Mikriammos
Notes: "On avait là une formation musicale qui vous interprétait des marches de Sousa à faire s'entrechoquer les cieux" (p.16-19) "Toute l'importance que Jones accordait à la musique de ce John Philip Sousa, compositeur de marches aussi monumentales que Stars and stripes forever, Washington post et une tapée d'autres […] en exclusivité dans un cinéma de Pennsylvania Avenue, Stars and stripes forever, l'histoire de la vie de John Philip Sousa Avec Clifton Webb […] Sousa dirigeait un orchestre de musiciens en luxueux uniformes blancs dans une rue de Pennsylvanie […] Un certain nègre hurleur de rock and roll, originaire de Georgie et répondant au nom de Little Richard […] Si c'est pour moi, pas la peine de passer ces gémissements sur ton appareil ! -C'est Fats Domino. -J'te dis que j'veux pas entendre ça ! -Fats Domino est de la Nouvelle Orleans […] D'un gros haut parleur installé sur une console en bois de pécan sur la plage arrière, pour entendre des types comme Elvis, Mickey et Sylvia, Little Richard et Fats Domino […] J'écoutais Elvis et Fats grogner sur tous les tons" (p.36-43) "Le jazz c'est ramer vers l'enfer dans une barque taillée dans un cul de nègre (sic !) […] Il me répondit qu'il aimait la marche de Lohengrin, celle d'Aïda, les marches de Purcell, diverses marches britaniques et françaises, à peu près toutes les marches récentes, mais plus que tout, John Philip Sousa" (p.116) "Il s'agissait de Mose Allison, un type blanc de Tippo, Mississipi, qui chante comme un noir plus que n'importe quel non-noir au monde […] Cette chanson était chantée par un blanc qui fit croire qu'il est de couleur. Il s'appelle Mose Allison. Butte n'en revient pas. Un blanc qui fait comme si il était de couleur ! Un homme qui s'est vu accorder la même race et le même héritage culturel que John Philip Sousa" (p.122) "Près de la cheminée, les pulsations du rock and roll (Ray Charles dans What'd I say et Sticks and stones) sortaient d'un haut-parleur aussi grand qu'une bouche de nègre géant" (p.132) "En écoutant Sonny Stitt sur le phono, je pensai à Adolphe Sax, l'inventeur du saxophone. Puis j'écoutai David Newman, saxophoniste de l'orchestre de Ray Charles. Quelle histoire tout de même, d'avoir inventé l'instrument à vent qui parle !" (p.209) "Bobby Blue Bland cassait la baraque avec son Letcha light shine ! Qu'a bien pu devenir Bobby Blue Bland ?" (p.214) "Jusqu'à présent, nous avions eu droit à du Count Basie arrangé, mais sans recherche, sur des rythmes de marche" (p.234) "La station colorée de Jackson, sur laquelle on entendait B. B. King et quantité d'autres maîtres de la gratte et de l'anche" (p.247).
Et un petit supplément de Spéciales Littérature et Jazz: "J'avais le jazz, des milles et des milles de blues, et une piste sans fin de rythme en moi […] Moi, quand j'en avait envie, je jouais simplement du jazz, je jouais le blues fort et mouillé, porte grande ouverte […] Nous faisons simplement de la musique de jazz. Ce garçon a mis une sourdine sur sa trompette et joue merveilleusement […] Pourquoi, pourquoi, pourquoi diable a-t-il fallu que tu te mettes à penser en plein milieu du meilleur jazz que tu aies jamais joué ? […] Les musiciens montaient la garde sur le moelleux de l'ambiance, même quand ils jouaient du bop. Je notai que le trompettiste faisait pas mal de fausses notes, mais elles passaient inaperçues grâce à sa sourdine métallique (sic !)" Et il y en a plein des phrases comme cela !

#0036 Noël BALEN


BALEN Noel, La musique adoucit les meurtres, 1987, Liana Levi. ReEd en deux volumes aux Editions Mille et une Nuits
Une gamme de nouvelles noires, brutales et tendres, orchestrées dans un violent crescendo. La musique, souvent Classique mais toujours présente, accompagne l'écriture. Noël Balen, contrebassiste et compositeur est né en 1959. Chroniqueur à Jazz Hot. Son premier livre avec quatre nouvelles jazz.
In a sentimental blue (4 pages) "On roulait peinard entre Agde et Sète. […] Une cassette de Count Basie. In a sentimental blue […] In a sentimental blue […] L'air sale et le piano de Count Basie. In a sentimental blue […] Elle m'a demandé la cassette de Basie. In a sentimental blue […] In a sentimental blue. Le big band de trompettes criardes et de saxos rutilants. L'air sale et le piano de Count Basie. In a sentimental blue" (sic ! Citations in extenso. Tout cela en 4 pages!)
33 tours et puis s'en vont (16 pages) "les fiches qu'il avait classées la veille au soir. Lettre K, entourée d'un rond vert, sur bristol 12,5x20 à petits carreaux…KE…Kenton…K…Kessel Barney…KI…KIN…King Albert, King B. B., King Freddy…Kirby John, Kirk Roland […] Devait-il le classer à la lettre N juste entre Nanton Tricky Sam (tb) New York City NY 1904-1948 et Navarro Fats (tp) Keywest FL 1923-1950 ? […] Aucun doute possible, juste entre Cole Cosy et Coleman Bill […] COLE "NAT" KING Montgomery Alabama 1917-1965 […] Le dernier Jazz Hot, Miles Davis en couverture […] j'ai eu du mal, mais j'ai fini par trouver le King Cole que vous m'aviez demandé, The touch of your lips, chez Capitol ? -Oui, je vous l'ai dégotté en pressage original ça n'a pas été facile. Par contre, pour The fox d'Harold Land, je l'ai trouvé seulement en réédition chez Contemporary […] Tenez vous bien, un West coast all stars introuvable avec Frank Rosolino, Jimmy Rowles, Shelly Manne et compagnie, The jazz skyline de Milt Jackson, un original de 56, entièrement neuf, jamais écouté, et alors là, attention! le fameux Anita O'Day, enregistré à Chicago […] Son regard noyé d'admiration et de reconnaissance, glissa sur le reflet glacé de la pochette, la tête renversée d'Anita O'Day, sa bouche ouverte sur l'éternité […] Le grand orchestre d'Eddie Barclay, arrangements de Quincy Jones avec Kenny Clarke, Don Byas et Lucky Thompson […] Je l'ai déjà entendu, y'a même Grapelli dedans […] en classant mes King Cole, je me suis aperçu qu'il manquait Just one of those things, c'est un Capitol de 57, arrangé par Billy May […] j'ai entendu parler d'un pirate avec des inédits de Mingus en trio avec Farlow et Norvo […] prêt à échanger tous les anciens numéros de la revue Metronome contre l'intégrale en 78 tours du Quintet du Hot Club de France […] La guitare suave d'Herb Ellis balbutia une phrase de bienvenue troublée et la voix de cristal pur d'Anita O'Day s'illumina, scintillante […] La sophistication gouailleuse du scat d'Anita O'Day se perdait dans les grains d'arpèges du pianiste […] Rubrique White Women Singers. Il parcourut très vite l'alignement resseré des disques étiquetés et s'arrêta net sur Trav'lin' light V-62157 […] La photo, rongée par la semence acide et corrosive de Benjamin, laissait apparaître entre deux boursouflures grotesques le visage vitriolé d'Anita O'Day"
Chorus (4 pages) "Une audition. Jouez moi un truc rapide dans le genre Bernie's tune […] Clé de Sol. 4 - 4. Ré mineur (etc. Description du chorus par l'interprète)"
Lena's blues (23 pages) "avant de s'arrêter sur un clip de Stevie Wonder, Do I do…What I do […] Little Stevie et sa rangée de dents blanches […] au rythme de la basse ronflante de Nathan Watts […] Do I do…Love tooo you […] Do I do Dizzy Gillespie en plein chorus à côté de Stevie […] croyait reconnaître un morceau de Marvin Gaye […] Sexual healing… get up, wake up, wake up. Oui, c'était bien Marvin Gaye […] Baby I got sick this morning… I want sexual healing… get up, get up !. C'était ça aussi l'Amérique, une certaine idée de la musique […] elle préférait lire Down Beat. A la rubrique Spectacles. On annonçait un concert exceptionnel de l'Art Ensemble Of Chicago au Carnegie Hall. Intéressant. Les frères Marsalis avaient joués la semaine dernière au Sweet Basil, Bobby Mc Ferrin était venu les rejoindre sur scène. Il y avait aussi un article sur Chico Freeman et Don Cherry pour un éventuel passage au Blue Note […] reprit la lecture de Down Beat. Dimanche prochain, il y aurait une célébration de Mahalia Jackson à St Peter church, l'église même ou fut célébré l'enterrement de Thelonious Monk le 22 fevrier 1982 […] Autumn in New York - Why does it seem so inviting. Ré, do, si b, sol, fa. Autumn in New York. Mais comment n'y avait-elle pas pensé ? It's Autumn in New York - That brings the promise of new love […] Elle avait relevé la grille d'accords sur ce vieux disque de Billie Holiday. Un Verve de 1952. Oscar Peterson au piano, Barney Kessel à la guitare, Ray Brown à la basse, J. C. Heard à la batterie. Et Billie Holiday, une fleur blanche dans les cheveux. Autumn in New York - It's good to live it again […] Autumn in New York - The gleaming rooftops at sundown […] Autumn in New York - You'll need no castles in Spain […] Autumn in New York - It's good to live again […] Autumn in New York - Lovers that bless the dark - On benches in Central Park - Autumn in New York […] Autumn in New York - It's good to live…again […] l'homme (l'assassin) refrapperait à l'automne prochain. Il suffisait d'attendre l'automne à New York. Ré, do, si b, sol, fa"

#0035 Alessandro BARICCO


Novecento n'a jamais connu d'autre univers que la mer. Devenu pianiste sur ce bateau dont il ne descend jamais, il en devient un rouage et n'existe qu'a travers lui. Virtuose, enflammant les Roaring Twenties, défiant Jelly Roll Morton, Novecento joue une musique jamais entendue, merveilleuse, à laquelle il restera lié pour l'éternité. Toute la vie du pianiste Novecento, racontée par son ami trompettiste, depuis sa découverte sur le bateau dans une boite en carton posée sur un piano, agé de quelques jours, à sa mort plus de 30 ans plus tard, toujours sans avoir quitté le bateau. Episode jazzante lors de la rencontre avec Jelly Roll Morton venu le défier après avoir connu sa réputation.
BARICCO Alessandro, Novocento pianiste. Un monologue (Novocento, un monologo), 1994, Mille et une Nuit 1997, Trad Françoise Brun
Notes: "Avec ma trompette […] Et je me suis mis à jouer […] Et puis il m'a demandé: -C'était quoi ? -Je ne sais pas. -Quand tu ne sais pas ce que c'est, alors c'est du jazz […] On jouait du ragtime parce que c'est la musique sur laquelle Dieu danse quand personne ne le regarde. Sur laquelle Dieu danserait, s'il était nègre […] A la clarinette, Sam "Sleepy" Washington ! Au banjo, Oscar Delaguerra ! A la trompette, Tim Tooney ! Trombone, Jil Jim "Breath" Gallup ! A la guitare, Samuel Hockins ! Et enfin, au piano, Danny Broodman T. D. Lemon Novecento. Le plus grand […] Ce fut durant l'été 1931, que Jelly Roll Morton Monta sur le Virginian […] Quand il faisait des concerts, il écrivait sur les affiches: ce soir, Jelly Roll Morton, l'inventeur du jazz. Ce n'était pas juste une manière de dire, il en était convaincu […] Quelqu'un alla trouver Jelly Roll Morton et lui dit: il y a un type sur ce bateau, au piano il fait ce qu'il veut. Si il a envie, il joue du jazz, mais s'il n'a pas envie, il te joue un truc, c'est comme vingt jazz à la fois […] Jelly Roll commença à jouer. Ragtime. Il ne jouait pas, il glissait. C'était comme une combinaison de soie qui glisserait doucement le long du corps d'une femme, mais en dansant […] Jelly Roll termina en brodant de petites notes invisibles, tout là-haut, là-haut, à la fin du clavier, comme une petite cascade de perles tombant sur un sol de marbre […] Jelly Roll envoya un blues à faire pleurer un mécano allemand, tu aurais dit qu'il y avait tout le coton de tous les nègres du monde là-dedans, et que lui, il était en train de le ramasser, avec ces notes là"

#0034 Rafi ZABOR


ZABOR Rafi, Un ours à Manhattan (The bear comes home), 1998, Denoël 1999, Trad. Philippe Rouard
L'ours est un virtuose du saxophone et suscite l'admiration des plus grands jazzmen. Un New York jazzy ou l'on croise les grands du jazz. Un micro échantillon: "Pourquoi le jazz ? [...] je n'ai pas besoin de jouer une autre musique. Il y a assez de sagesse dans le be-bop pour en remplir toute une vie. C'est incroyable ce qu'il faut avoir appris, avant de sortir un seul chorus correctement. Ouais, il faut bien connaître la vie. Sans parler du saxo" (p.17) "s'il n'y a pas quelque lien profond et même fondamental entre l'espèce des ursidés et les musiciens de jazz en général ?" (p.30) Pensez à Bird, à Mingus, à Monk, et Jaki Byard, Steve McCall, Arthur Blythe. Dans ce roman, on aura le grand plaisir de croiser, outre ceux déjà cités, un quantité astronomique de musiciens: Julius Hemphill (à qui il est dédié), David Murray, Sonny Rollins, l'Art Ensemble, Fred Hopkins, Hilton Ruiz, Billy Hart, Charlie Haden, Carla Bley, Jack DeJohnette, et j'en passe. À Bowie, ce cher et regretté Lester;qui tient ici un rôle très important avec sa blouse blanche et son stéthoscope, le mot de la fin, la première fois qu'il rencontre l'Ours venu faire le bœuf au Tin Palace, il sourit, "J'adore [...] Et je sens que j'vais adorer ça cent fois plus encore quand j'aurai découvert ce que c'est [...] Cent putain de fois plus" (p.26-27).
En dehors de toutes les qualités jazz littérature indéniables de ce livre, et d'un point de vue purement littéraire, j'ai été très déçu. Je trouve vraiment dommage que l'Ours ait conclu avec Iris à la fin de la troisième partie. Jusque là, l'Ours était, pour moi, un être parfait et je ne m'étais jamais demandé comment il pouvait jouer du saxo avec ses griffes et sa gueule ni comment il pouvait dévisser le bouchon d'une bouteille ni mille autres choses qu'il faisait constamment. Je trouvais normal qu'un Ours fasse tout cela. Enfin, je ne me posais pas la question. La scène de l'Ours faisant l'amour avec Iris, me l'a brutalement rendu concret et m'a fait perdre l'Ours imaginaire auquel je m'étais très bien accoutumé et même attaché. Surtout que Zabor ne manque pas de détailler la scène pour nous dire comment c'est possible alors qu'il ne s'est jamais inquiété de nous expliquer comment était réalisable tout ce que faisait l'Ours, et ce n'est pas rien, avant ce coït ursidus. Pour moi, il y a eu une rupture à ce moment du roman et je dois avouer que j'ai eu du mal (pas trop) à reprendre la quatrième partie. Je suis tombé de haut avec cette découverte que l'Ours existait et qu'il pouvait avoir un comportement humain très banal. D'ailleurs, pour moi, la fin du roman m'est plus apparue comme l'histoire d'un musicien en tournée qui avait des problèmes conjugaux à régler que comme celle d'un Ours magique. Mes souvenirs des Ours (le vrai et le faux) de John Irving me sont revenus et dans les deux cas je n'avais eu cette sensation. Ils avaient gardés plus de mystère. Je pense pourtant que Zabor a lu Irving et que sa proposition de transport en side-car n'est peut être un clin d'œil qu'il lui fait. Je crois que Zabor à fait l'erreur de rompre la magie avec cette scène. A lire absolument malgré mes commentaires!

#0033 Hernan RIVERA LETELIER


RIVERA LETELIER Hernan, Mirage d'amour avec fanfare (Fatamorgana de amor con banda de musica), 1998, Metailie 2000, Trad. Bertille Hausberg
Roman Chilien. Elle joue du piano et enseigne la déclamation poètique, elle est toute délicatesse et sensibilité. Il est trompettiste de jazz dans les bordels de la région. Ils se sont rencontrés…
Notes: "Ils se rendraient tous à la Société Philarmonique pour y danser au rythme de la musique interprétée par le même orphéon transformé en joyeux jazz-band" (p.20) "première trompette dans le Royal Jazz-Band d'Antofagasta. L'un des meilleurs jazz-band du Nord […] il se mit à expliquer pourquoi il avait quitté le jazz-band […] Tandis qu'il jouait les mesures d'un one-step plein d'entrain" (p.76) "Quand il se mit à jouer, ses phrasés d'or puissants illuminèrent soudain l'atmosphère et remplirent de sonorités le local tout entier. L'air vibrait. Le pianiste, un mulâtre en frac à l'air maladif, retourna sur l'estrade pour essayer de le suivre au piano dans le meilleur style jazz" (p.83) "il parlait avec une admiration fanatique de King Oliver, -le plus grand trompettiste du moment-" (p.143) "Quand ils eurent fini le one-step […] Il lui parla ensuite de Ferdinand Joseph La Menthe, un pianiste plus connu dans le monde du jazz classique sous le nom de Jelly Roll Morton […] au point de se déclarer l'inventeur du jazz […] il avait perdu le seul disque de Morton qu'il avait réussi à se procurer, un solo de piano brillantissime, un véritable bijou. Pour les revues spécialisées de jazz, c'était la même chose: il les semait de tanière en tanière" (p.144) "Enlève au moins ton chapeau, lui dit-il, j'ai l'impression de tenir Jelly Roll Morton dans mes bras" (p.169).

#0032 Eddy L. HARRIS


HARRIS Eddy L., Harlem (Harlem), 1996, Liana Levi 2000, Trad. Christine Denizon
Harlem. Le seul bout de terre qui appartienne totalement aux Noirs en Amérique. Dans le bien et dans le mal. De plus en plus dans le mal. Ceci n'empêche pas le narrateur de cette chronique de retourner y vivre. Et de nous raconter, en remontant le temps.
Notes: "J'avais la sensation de marcher parmi les fantômes du passé de Harlem, d'être venu ici tout comme ils y étaient venus, comme Langston Hughes était venu et Duke Ellington était venu, et eux tous" (p.57) "En 1923 lorsque Duke Ellington y était venu pour la première fois […] On raconte que le Duke aurait quasiment rugi d'enthousiasme" (p.61) "Harlem était vraiment Harlem, temps d'avant guerre où le jazz était roi et Edward Kennedy Ellington le Grand Duc […] J'entends l'air dans ma tête sitôt que je mets les pieds dans le métro pour monter à bord de cette célèbre rame, le A Train, la musique de Billy Strayhorn, l'orchestre de Duke Ellington, la voix soyeuse d'Ella Fitzgerald" (p.99) "C'était, comme Duke Ellington s'était exclamé à son arrivée, un endroit tiré des Mille Et Une Nuits, un temps d'une surprenante animation, avec des fêtards et des noceurs incroyables" (p.115) "On avait pas la moindre envie d'y habiter, si on était Blanc, mais on voulait y aller: au Cotton Club, au Pod's and Jerry's Catagonia Club, à la Tillie's Inn, on voulait entendre l'orchestre de Duke Ellington, de Fletcher Henderson, ou Cab Calloway […] Quand nous pensons à Harlem, c'est ce mythe là qui nous vient à l'esprit, cette époque de nuits torrides et de jazz endiablé" (p.116).
Aussi cités: Ralph Ellison, Langston Hughes, J. W. Johnson, Marcus Garvey, Claude McKay, W. E. B. Du Bois, Nella Larsen, Alain Locke, Carl Van Vechten.

#0031 Marcel DUHAMEL


DUHAMEL Marcel, Raconte pas ta vie, 1972, Mercure de France
Plus de 600 pages de souvenirs en tous genres et aussi en jazz !
Notes: "Et pourtant, depuis que nous avons découvert le jazz New Orleans et Louis Armstrong, nous nous payons un véritable festival de 78 tours que nous nous cassons mutuellement sur la tête, une fois l'attrait de la nouveauté épuisé. Quand je pense que, des années plus tard, il me faudra faire des kilomètres à pied, aux Puces, chez les disquaires de banlieue (et même jusqu'aux foires à la ferraille d'Afrique du Nord, quand je passerai par là) pour en retrouver çà et là un exemplaire éraillé" (p.169) "Où allons-nous ce soir ? Chez Bricktop, bien sûr. C'est Aragon qui est passé me prendre et qui m'emmène faire une virée à Montmartre. Car, pour les amateurs de vrai jazz, c'est encore là qu'opèrent les meilleurs orchestres de New Orleans, au Florence, au Plantation, au Grand Duke, au Zelly's. Le Grand Duke, c'est rue Pigalle, et c'est là que Bricktop reçoit. Elle danse, chante du folklore, des spirituals, accompagnée d'un unique et remarquable batteur, Buddy Gilmore. Et, par intermittence, d'un pianiste. Ne serait-ce pas Tony Jackson ? […] Et nous sortons de là ivres de blues et de gin, vers six heures du matin" (p.192) "Je prends le métro, le même soir pour me rendre à Harlem, capitale, entre autres, du jazz New Orleans […] Le cabaret Small's Paradise affiche une soirée de bienfaisance avec une demi-douzaine d'orchestres, dont Armstrong, Henderson, Ellington, etc. […] Chez Small's, c'est bourré. Fletcher Henderson et son ensemble mettent le feu à la baraque. Un serveur, entre deux tours de locomotive-claquettes autour de la piste, son plateau à bout de bras, me colle à une petite table […] Les orchestres se relayent toutes les dix minutes. Les numéros aussi. Le public est presque uniquement noir. Un couple, installé dans un box, agite un billet en direction de la chanteuse de blues qui, ausitôt, vient chanter pour eux. Comme dans toutes les boites, avec cette différence qu'un extraordinaire numéro de claquettes dansé par deux gosses d'une dizaine d'années, remplace illico sur la piste la chanteuse qui continue de pousser son blues pour la clientèle privée […] Le surlendemain, je me retrouve seul à une table, au Small's Paradise. Le Blues, le Shimmy, le Boogie et le Charleston, je m'en fourre jusque-là. J'en fais provision pour le reste de mes jours" (p.227-229) "Aucun doute, la première revue nègre au théatre de Champs Elysées date de 1925. Pas question de manquer ça. Et ça vaut la peine. Dans des décors de Paul Colin, le ballet des girls, du miel à l'ébène, avec Joséphine Baker simple exécutante, vêtue -mais qui l'ignore encore- d'un régime de bananes, qui frétille du panier avec frénésie et, sur un fond de goudron noir, l'apparition de Sidney Bechet poussant une voiture des quatre saisons en jouant Tin roof blues sur son saxo" (p.244) "(au Bal Nègre, rue Blomet) La clarinette de Léardet vous éclate en pleine poire, pétillante comme des trilles d'alouette dans un champ de pâquerettes, et comment résister à cette sirène ? […] Sam Castendet, ou Léardet, ou Exotic Jazz, tous Antillais […] Le rythme atteint son paroxysme, éliminant insensiblement les Blancs de la piste et pour le quadrille que tout le monde attend, seuls quatre couples restent face à face. Finalement, les femmes abandonnent elles aussi, laissant s'affronter quatre Noirs ruisselants de sueur, possédés par l'orchestre et par la clarinette de Léardet comme par la flute enchantée" (p.364-366) "Avec Henri Filipacchi, on court Paris et sa banlieue, à la recherche de disques de jazz. Les disquaires étant à sec, restent les brocanteurs, les marchés aux puces et même la Foire à la Ferraille […] Mais c'est, la plupart du temps, non des Armstrong Okeh d'origine (ou alors hors d'usage) mais des disques des vedettes du Caf'Conc […] Encore du Lombardo. Et puis, en dessous, le pactole: une dizaine d'originaux de New Orleans, Armstrong, Cotton Pickers, Blue Bmowers, Bix, etc. […] Il lui arrive fréquemment d'improviser des concerts de jazz pour les amis, avec, par exemple, le violoniste Stéphane Grapelly, un pianiste, un clarinettiste, etc. […] Je repére dans un coin un personnage de trente-trente-cinq ans, moustache et tignasse noires, un peu dégarni sur les tempes, assis tout timide avec, au pied de sa chaise, une boîte à guitare. Il écoute puis, lentement, prend la boîte, l'ouvre, en sort son instrument, pince quelques notes et, soudain, se décide et accompagne Night and day, le solo de Grappelly, comme s'il n'avait fait que ça toute sa vie. C'est Django. désormais, ils ne joueront plus l'un sans l'autre" (p.475-476).

#0030 - Pierre MOINOT


Dans les années cinquante, un membre d'un groupe d'amis amateurs de peinture est assassiné dans une des salles de l'Hôtel Drouot. Il venait d'y acheter à bas prix un tableau qu'il considérait comme un Vermeer disparu, Le cavalier à l'aiguière. Un autre meurtre suivra. La passion est le véritable sujet d'Attention à la peinture. Passion de la peinture, du rugby, du Béarn, du jazz, de la bonne chère et du bon vin.
MOINOT Pierre, Attention à la peinture, 1997, Gallimard Noire
Notes: "Nous allons faire les bourgeois et dîner chez Lipp, après vous choisissez, le hot au club Saint Germain ou le New Orleans au Vieux Colombier […] au Club Saint Germain, de grands musiciens américains qui passaient sur les scènes de la rive droite venaient souvent, après leur spectacle, faire un bœuf, comme on disait, avec le violon magique de Grapelli, Martial Solal ou Arvanitas au piano, Michelot à la contrebasse, bien d'autres dont Django Reinhardt que la maladie éprouvait déjà, au Vieux Colombier, on dansait plus cool avec les clarinettes de Sidney Bechet et de Claude Luter qui avait quitté le Lorientais, la trompette de Boris Vian, Don Byas l'ancien saxo de Duke Ellington, Moustache à la batterie, Django qui se partageait. Je vous propose de faire comme Django, d'abord le be-bop rue Saint Benoit, ensuite nous danserons au Vieux Colombier des blues de Glenn Miller ou Nuages, nous danserons sur Nuages" (p.70-72) "Mon petit fils […] Il a manifesté quelque étonnement presque admiratif à l'idée que j'allais au Vieux Colombier entendre la clarinette de Sidney Bechet, ou à la Rose Rouge où Gréco chantait Les feuilles mortes. Ce qui le passionne en revanche, c'est l'idée que sa géniale grand mère faisait le soleil dans une des figures du be-bop" (p.163).

#0029 - Spike MILLIGAN


Spike Milligan est né en Inde en 1918. Il devient musicien dans un orchestre de jazz, puis se fait connaître après la guerre comme auteur et acteur comique. En septembre 1939 enrôlé sous les drapeaux, il prend beaucoup plus à coeur la réussite du groupe de jazz qu'il a formé que la formation dispensée (de façon un peu courtelinesque) par les autorités militaires. Milligan multiplie depuis quarante ans les best-sellers. Auteur d'une cinquantaine de livres, il n'a jamais été traduit en France avant ce livre.
MILLIGAN Spike, Mon rôle dans la chute d'Adolphe Hitler (Adolph Hitler, my part in his downfall), sd, Anatolia / Le Rocher 1998, Trad. Béatrice Vierne
Notes: "Depuis trois ans, je jouais de la trompette dans l'orchestre des Ritz Revels […] C'est le dernier cri en Amérique. Cab Calloway a le même veston. -Ça doit être un rude con, déclara notre batteur" (p.24-25) "J'avais emmené ma trompette à la guerre […] Inutile de dire que j'entrai au plus vite en contact avec les mordus du jazz […] Harry jouait du piano […] Il ne savait pas lire la musique, mais il avait deux tonalités de prédilection, le fa dièse et le do dièse ! Les deux tonalités qui frappent de terreur tout musicien de jazz […] Il jouait de la guitare […] On demande un batteur […] Candidats de couleur, s'abstenir, exception faite pour ceux qui porteraient des noms tels que Duke Ellington […] Bon, et maintenant où trouver une batterie de jazz ? […] Qui se prenait volontiers pour un Bing Crosby en uniforme, se chargeait souvent des parties chantées […] Il nous déclara qu'a son avis Charlie Kunz était le plus grand pianiste de jazz du monde. Une espèce de Duke Ellington blanc" (p.47-52) "Club du rythme de la BBC organisait des auditions pour dénicher les meilleurs musiciens de jazz inconnus -les gagnants devaient enregistrer un disque […] En bref, que l'on sache que je fus élu meilleur trompettiste, et qu'en compagnie du meilleur alto, du meilleur trombone et du meilleur ténor, j'enregistrai un disque. Le pianiste engagé par la BBC n'était autre que George Shearing, alors presque inconnu, et pendant une heure, en compagnie de Harry parry, nous gravâmes six faces […] J'avais le sentiment d'être désormais un musicien de jazz confirmé, et avant de me laisser partir George Shearing me lança: -J'espère qu'on se reverra et qu'on rejouera ensemble" (p.62-63) "Ma semaine de service gravitait autour d'un phonographe […] et des disques de jazz que je rapportais de mes permissions. Une tasse de thé, une cigarette et un disque de Bunny Berrigan en train de jouer Allons-y, c'était le pied" (p.87) "Je fais une imitation de Paul Robeson. Vous arrivez a point nommé pour mon bis. Et je me mis à chanter: Ole man ribber, dat ole" (p.94) "La maison avait été détruite par une bombe, et parmi les victimes figurait ma collection de disques -tous sauf un que je posséde encore: Jimmy Luncefords Bugs Parade" (p.117) "Du jazz ? dit-elle. C'est pas ce machin qui fait tant de bruit ?" (p.120) "On pouvait y admirer l'orchestre de Glenn Miller dans Sun valley serenade, c'est-à-dire un véritable festin de jazz pour grand orchestre, avec en prime au moins dix excellentes chansons" (p.123) "Nous jouâmes pendant une heure […] et les inévitables blues" (p.146) "C'était merveilleux de farfouiller dans la cale parmi les chenillettes et les obusiers, et de tomber sur une batterie de jazz […] quoi de plus merveilleux que de faire du jazz. Car, enfin, le jazz n'a jamais déclenché une guerre, ça c'est sûr" (p.161).

#0028 - Kleber HAEDENS


HAEDENS Kleber, Lettres de la petite ferme, 2000, Grasset
Mélange de carnet de bord, de conversations à voix haute et de notes quotidiennes. Haedens, écrivain et chroniqueur à Paris Presse, France Soir et au Journal du Dimanche.
Notes: "Nous dansions depuis minuit dans une cave enchantée par un petit orchestre de jazz, à la fois fièvreux et doux, qui jouait tous les soirs dans le style le plus jeune, celui de la Nouvelle Orleans" (p.19). Tout un chapitre qui relate une visite chez Hugues Panassié à Montauban. Avec en prime une citation de la chère Madeleine Gautier: "Ils ne trouvent pas Pannassié parce qu'ils le cherchent derrière alors qu'il est loin devant" (Sic !) (p.56-61) " Je regarde Ray Charles qui chante et s'accompagne au piano […] la voix traduit le déchirement et la douleur […] Il nous fait bien sentir, par comparaison, que la pop music n'est qu'une dégradation du jazz qui serait tombé au niveau des sensibilités les plus primitives" (p.161).

#0027 - Rick DEMARINIS


DEMARINIS Rick, L'Apprenti croque-mort (The morticiain's apprentice), 1994, Denoël 1995, Trad. Martine Leroy Battistelli
Croque-mort et jazz…
Notes: "le jazz libère, surtout le bop quand il est hot. Le hot bop est déchaîné, irresponsable et sans contrainte" (p.22) "j'écoutai mon disque de Gerry Mulligan […] Quand je fus rassasié de son style maîtrisé, je passai aux gueulards, Big Jay McNeely, Illinois Jacquet et mon préféré, Charlie Ventura. La musique -le jazz- me mettait dans un état d'esprit différent. Comme lorsqu'on est saoul. Le saxo ténor de McNeely, de Jacquet ou de Ventura est capable de vous forer des trous dans la cervelle. La lumière, tel un phare de train, souffle par ces trous. Les déplacements vibrés des cornements et gémissements de ces brise-béton, les rebops percutants bouillonnent d'amour, de haine, de détresse et de plaisir impénitent" (p.26) "Sans aimer le bop, il s'y connaissait assez pour remarquer des liaisons involontaires dans certains enregistrements de Charlie Parker. Bird n'avait pas eu sa dose, ce jour-là" (p.40) "ils passaient ce jour-là du Rhythm & Blues pur et dur. Midnight special, de Joe Turner, cognait dans le haut-parleur […] Texas turkey, de Big Jay McNeely, évoquait un convoi en train de dérailler […] Le tempo érotique de Night train était du tonnerre emprisonné dans une barrique" (p.49) "ils passaient maintenant du bebop […] un concert de Charlie Ventura au Civic Auditorium de Pasadena, en 1949 […] un morceau de Benny Green, Bennies from heaven […] Et voici le comte -Conte Condoli- dans un arrangement improvisé […] dans Fine and dandy […] Ventura avait attaqué son solo […] Il était tellement habile, quand il s'amusait avec ces tons purs, faussement modeste, puis comme si […] l'humilité était ridicule chez un saxo ténor, il se déchaînait dans un lancinant et tonitruant martèlement à vous faire éclater la tête, et qui disait que la vie est bien une improvisation, du début à la fin" (p.58-59) "Cette maudite musique de bebop te met en transe, Ozzie. C'était vrai. Quand j'écoutais Ventura, Parker, Mulligan ou Jacquet, je n'étais plus là. Comme si la musique prenait la place de tout ce qui encombrait ma tête, moi compris" (p.97) "Flip Phillips venait d'enregistrer un album avec Charlie Parker et l'orchestre afro-cubain de Machito […] les deux stupéfiants saxos foraient des trous béants dans toute cette triste merde qui prétend être notre univers. On en arrivait presque à croire qu'il existait quelque part un endroit radieux. Un endroit où s'épanouissaient les musiciens et où seuls pouvaient accéder les fanatiques de jazz. Celui qui ne pigeait pas le bop en était exclu" (p.102) "De temps en temps, le présentateur prenait des risques et passait un morceau d'Earl Bostick (sic !) généralement Flamingo ou Ebb tide […] J'avais faim du saxo destructeur de Ventura ou de celui de Jimmy Giuffre, très bavard mais tout aussi intéressant. Le saxo a pour but de vous secouer, pas de vous ramollir. C'est un instrument hors-la-loi, pas un bon citoyen. Tous les moins de vingt ans qui ont du poil au cul le savent" (p.108) "Lui aussi était un fana de jazz, mais il en savait beaucoup plus que moi sur le sujet. Son amour était d'ordre intellectuel, alors que chez moi il était purement émotionnel […] King Oliver, Blind Lemon Jefferson, Freddy (sic !) Keppard et les Original Creoles, Luckey Roberts, Willie 'Lion' Smith, James P. Johnson, rien que des noms qui m'étaient inconnus […] on devrait apprendre ça aux gosses à l'école. Pas question de piger que dalle à ce pays si on n'a pas été initié à sa musique d'origine, car c'est son âme authentique […] il avait dérivé dans un canot de sauvetage avant d'être secouru. Il disait que le jazz l'avait aidé à survivre. Avec deux autres gars […] ils avaient improvisé un petit orchestre en fabriquant des instruments avec des bidons d'eau vides et les fils d'une radio de secours hors d'usage. Ils s'étaient donné le nom de Dinghy Blues Band" (p.117) "J'emmenai Collen à un concert de Big Jay McNeely […] L'orchestre attaqua avec son indicatif, The big Jay shuffle, un morceau lent, débutant par un harmonieux duo de saxos, qui ensuite exécutèrent chacun un solo anodin. Un appât qui vous alléchait, avec sa nonchalance, l'air de dire, et alors ? […] Ensuite, ce fut le déchaînement. Ils reprirent avec Texas turkey, un morceau honk et screech, joué sur un tempo ultra-rapide […] Big Jay ôta sa veste et se coucha sur le dos, cornant, gémissant, de son saxo devenu sa véritable voix […] Le saxo racontait l'histoire de cet homme. Seuls ses pieds et ses épaules touchaient le sol, son dos s'arquait à chaque détonation, et l'hystérie s'empara des jeunes filles blanches. Quelques-unes montèrent sur la scène pour embrasser le pavillon du saxo, d'autres étaient prises de convulsions" (p.123-125) "Il est très bien, ce Ventura, mais c'est plus un homme de spectacle qu'un musicien. Metronome et Down Beat ont dit tous les deux que c'était le meilleur orchestre de bebop de l'année […] Il avait mis un disque de Miles Davis. Je ne comprenais rien à Miles Davis. Il était trop froid pour mon goût. Et même plus que froid. Il était la glace […] Il finit par me laisser mettre mon disque de Ventura. Je tenais ma chance de lui montrer ce qu'était le hot bop, qu'il était capable d'abattre des forteresses de connerie, qu'il n'avait pas besoin d'être subtil, car il y avait encore une place, dans ce monde, pour du bon gros jazz, bête et méchant […] Non, ce n'est pas génial. Bird était génial. Lester Young est génial" (p.137, 139-140) "Collen et moi dansions, enlacés, sur des airs de Rhythm & Blues […] Ivory Joe Hunter chantait I almost lost my mind" (p.147) "Staline confisqua tous les saxophones de Russie. Il avait décrété que c'était un crime politique d'en posséder un. Il avait peur de cette autre voix humaine, née en Amérique. Un jour, quelqu'un lui avait joué du jazz de l'ancien temps, et il y avait vu de mauvaises nouvelles pour les dictateurs. Il appelait ça la décadence occidentale. Ces ardents coups de langue déstabilisaient les tyrans et rendaient leur propagande transparente. Impossible de bâtir une société-fourmilière si les travailleurs écoutent du jazz. Tonton Joseph avait entendu le message du jazz -Va te faire foutre, Julot, je me tire […] Mais peut-être l'oncle Joseph allait-il autoriser les instruments glacés du bop d'avant-garde. Avec ces instruments-là, vous êtes obligé de rester tranquille et d'écouter. Ils vous forcent à réfléchir, vous perturbent et vous inquiètent. Ils ne vous donnent pas envie de frapper des pieds […] en pensant aux grognements, aux plaintes et aux glapissements d'un Big Jay McNeely ou d'un Charlie Ventura. Ces instruments froids vous expédient dans les congères de la contemplation stoïque. C'est plutôt Je suis foutu, que Va te faire foutre"(p.181) "Nous écoutions un disque de Miles Davis. J'entendais la beauté de chacune des notes, prises individuellement, j'entendais la brillante accélération des arpèges, j'entendais même la solitude déchirante de la voix de la trompette […] mais je ne parvenais ni à comprendre ni à aimer […] -L'oncle Joseph aimerait bien piquer sa trompette à Miles, depuis qu'il s'est aperçu que beaucoup de Russkofs l'appréciaient. Il n'est pas nécessaire de frapper des pieds et de crier pour rameuter la police de la Pensée. Dans le temps Louis Armstrong était lui aussi en marge. Un de ces jours, un gus s'amènera qui jouera des notes qui feront que Miles Davis paraîtra ringard […] j'étais allé écouter un concert de Dave Brubeck. Le Brubeck Quartet n'est pas difficile à écouter, mais c'est cérébral. Comme pour tout le jazz d'avant-garde, il faut comprendre afin de pouvoir s'adresser des félicitations à soi-même […] Les rythmes de Brubeck sont si étranges qu'ils vous donnent envie de rire […] Quand Paul Desmond avait attaqué son solo au saxo ténor, le public avait explosé, croyant qu'un gus déchaîné allait les sauver enfin et allait tout faire sauter […] Mais Desmond n'était allé nulle part, si ce n'est dans un lieu monacal, à l'intérieur de son vaste crâne […] À l'évidence, cet alto à lunettes, qui avait l'air d'un professeur de maths, ne leur parlait pas, il se parlait à lui-même et aux autres musiciens. Qu'étaient devenus les saxophonistes d'antan, chambardeurs, risque-tout, et chacun pour soi ? […] Ensuite, il mit un disque de Mezz Mezzrow et dit: -Ce type me déchire le cœur. Mezzrow […] jouait de la clarinette lugubre, mais il prenait chaque note au sérieux […] On entendait Mezzrow à l'intérieur de chaque note, une déclaration personnelle du blues. Il n'était ni Benny Goodman, ni Buddy De Franco, mais ses malheurs s'entendaient dans chacune de ses phrases […] Le blues me caressait la base du cerveau" (p.182-185) "L'orchestre était cubain, deux saxos, deux trompettes, une guitare, des percussions […] une contrebasse, des claves et une marimba. Une musique qui chauffait le sang, un mélange de jazz et de rythmes cubains, capable d'animer des pierres […] Le whisky et le blues -la tequila et le jazz cubain" (p.223-224) "Je mis un disque de Willis Jackson et la vie m'apparut sous un meilleur jour. Je le fis suivre par Mulligan, puis du disque Charlie Parker-Flip Phillips-Machito, qui avait un puissant pouvoir euphorisant. Enfin, les explosions au ras du sol de Big Jay McNeely […] Big Jay, couché sur le dos, arrachait un cri de ses entrailles noires, pour le propulser à travers son vieux saxo" (p 262) "j'enlevai le disque de Bach pour mettre à la place mon nouveau Charlie Ventura. La plainte généreuse de son saxo balaya la solennité ouatée qui régnait dans la salle […] L'orchestre de Ventura amplifiait la vie. La glorifiait […] La vie est un poumon délirant, qui enfonce des clous d'air dans les cuivres. La vie est une improvisation, avec des riffs extatiques […] Voilà ce que j'entendais dans la version d'Euphoria, par l'orchestre de Ventura" (p.288) "Nous venions de rentrer […] d'un concert de Stan Kenton et l'électricité de la musique me chauffait toujours le cerveau. Vito Musso, le saxophoniste baryton de Kenton avait mis le public K.O. avec ses âpres solos. Cet incroyable orchestre vous emplissait d'une sorte d'hélium et vous donnait l'impression de vous envoler […] dans ma tête Vito Musso continuait à faire sauter la baraque, et mon pied marquait joyeusement la mesure au rythme de son énergique solo, défieur de mort […] Je mis le disque […] du jazz lugubre de Mezz Mezzrow. Nous étions de plus en plus cafardeux […] la triste clarinette de Mezzrow nous emporta ailleurs, dans un lieu doux-amer et confiné à l'extrême" (p.317-318).

#0026 - Sophie EDELMAN


EDELMAN Sophie, Destin d'une chanteuse de blues, 1986, Seuil
La seconde suivante, Jackie était là. Elle semblait aérienne. Un murmure admiratif parcourut la salle. Jackie se tenait à l'avant scène son corps d'ambre ployé au dessus du micro, prête à cracher le blues. Ceci plus une super photo n&b sur la couverture ne donne, malheureusement, que cette BabyLouterie.
Notes: "J'avais allumé la radio. Nina Simone chantait" (p.18) "Je me suis levé pour glisser une pièce dans la fente. J'ai appuyé sur une touche Don't be cruel et je suis retourné à ma place" (p.24) "Le gros pianiste noir attaqua les premiers accords. Jackie chanta Baby Lou en fermant à demi les paupières […] Billie Holiday la chantait […] Je reconnus les premières mesures de All of you […] Jackie accepta de chanter une fois encore Baby Lou" (p.32-34) "La ville entière chantait Baby Lou en se riant de moi" (p.63) "il y avait quelqu'un qui fredonnait Baby Lou" (p.79) "A présent, mesdames et messieurs, voici Baby Lou, la chanson préférée de nos auditeurs" (p.97) "Jouez. Chantez Baby Lou […] Les paroles de Baby Lou, vous les connaissez […] Baby Lou, je la connais"(p.112).

#0025 - Antonio MUNOZ MOLINA


MUÑOZ MOLINA Antonio, L'hiver à Lisbonne (El invierni en Lisboa), 1987, Seuil 2001, Trad. Philippe Bataillon
Dans une chambre d'hotel de Madrid, un pianiste de jazz raconte par bribes, à un ami, l'histoire de son amour pour une femme. Une grande partie du récit se situe dans des clubs de jazz: le Lady Bird, le Satchmo et l'on voit régulièrement jouer le trio du pianiste mais on ne les entends jamais. On ne sait pas ce qu'ils jouent ni comment. Celà vient sans doute du fait que le narrateur avoue ne rien connaître au jazz !
Notes: "Je devrais être un Noir, jouer du piano comme Thelonious Monk" (p.25) "il se déclarait fanatique de jazz, d'Art Tatum […] le jazz comme le flamenco est la passion d'une minorité" (p.77) Stormy weather […] Allons au Lady Bird. Je veux que tu me joues ce morceau, Toutes les choses que toi tu es (sic ! Bravo Monsieur le Traducteur !)" (p.106) Fly me to the moon […] En jouant, ils échafaudaient de resplendissantes architectures translucides qui tomberaient en ruine, comme de la poussière de verre, ou bien ils établissaient de longs espaces de sérénité qui voisinaient avec le pur silence, puis se hérissaient à l'improviste au point de blesser l'ouïe et de l'entourer d'un labyrinthe de dissonance et de cruauté. (sic ! Alors là, il n'y connait peut être rien au jazz mais il a de l'imagination et du vocabulaire, ou des revues de jazz (pas de noms !) dans lesquelles il a trouvé ce chef d'oeuvre descriptif !) […] Just one of those things, Alabama song" (p.147).

#0024 - Dallas MURPHY


MURPHY Dallas, Lover man (Lover man), 1987, Seuil 1994, Trad. Robert Pepin
Notes: "Plus que tout ou presque, j'aimais ne rien faire. Pour moi, la paix, c'était tirer mon fauteuil Morris jusqu'à la fenêtre qui donne à l'ouest, poser mes pieds sur l'appui et me ravir de passer des heures entières à écouter du jazz en regardant les remorqueurs, avec leurs feux rouges et verts, manœuvrer sur l'Hudson. Alors, je fumais une pipe pour me concentrer et par-dessus les eaux noires prenais mon essor avec les plus grands. King, Count, Duke, Prez, Major, Fats (les deux), Chu, Trane, Diz, Chick, Sonny, Bird, Bud, Cootie et leurs collègues, j'ai plané avec tous. Mon chien, Jellyroll, partage mon enthousiasme. Dès que l'ampli donne à fond, il s'enroule dans son Lit à Chien et se lèche les couilles de plaisir. En jazz, mes goûts sont assez larges, mais je crois que Jellyroll, c'est surtout le be-bop qui le branche" (p.9) "Tandis que Professeur Longhair chantait la beauté de quelques cinglées de Rampart Street" (p.71) "Je mis Eric Dolphy sur la platine, douleur exquise de son jeu" (p.76) "Bill Evans, les séances au Village Vanguard, enregistrement Milestone avec Scott La Faro et Paul Motian" (p.112) "On fêtait la naissance de Duke. Do nothing till you hear from me. Ray Nance au cornet à pistons, Russel Procope au saxo alto, Gus Johnson à la batterie. J'attendis que Ray Nance ait fini son solo pour me diriger vers mon téléphone" (p.116) "Je choisis un Ben Webster-Art Tatum, avec Red Callender à la basse et Bill Douglass à la batterie, je voulais du somptueux et du lucide […] J'écoutais All the things you are, puis Where or when, mais n'arrivai pas à me concentrer" (p.185).
Aussi cités: John Coltrane, Elvin Jones, McCoy Tyner, Charlie Parker, Sonny Rollins, Lady Day, Ella, Julius Hemphill, Duke Ellington, Perry Como.

#0023 - Reggie NADELSON


Artie Cohen, émigré russe, a vingt ans de service dans la police de New York et songe sérieusement à démisionner. Il a un faible pour les belles américaines, le jazz, et pense avoir définitivement laissé derrière lui sa russie natale. Mais le passé le ratrappe lorsqu'un ami de son père, ancien général du KGB, est assassiné en plein talk show télévisé.
NADELSON Reggie, Mercure rouge (Red mercury blues), 1995, Bourgois 1997, Trad. Michel Doury
Notes: "Ella Fitzgerald dans "Give it back to the indians" […] Etre un véritable Américain. Jouir de la vie. Ecouter Ella Fitzgerald. C'était OK" (p.16) "J'avais mis un cd de Chet Baker, It never entered my mind. Comment un blanc pouvait-il jouer comme ça ? "Il y a ce petit blanc sur la côte qui va tous vous bouffer vivant", aurait dit Charlie Parker après avoir entendu Chet pour la première fois. Je suis même allé en pèlerinage au Lighthouse, le club d'Hermosa Beach où jouait Chet. Et Shortie Rogers" (p.87) "Personne n'écoute. J'ai mis Peggy Lee" (p.94) "Interprétait des morceaux des Beatles […] un pot-pourri de Stevie Wonder […] a joué Born in the USA […] dans une version de I just called to say I love you" (p.102-109) "Un trio que je n'avais jamais vu a joué Desafinado. Stan Getz s'en sort mieux, a-t-elle dit. -Oui, vous connaissez Getz ? -C'est le meilleur […] J'aime vraiment beaucoup Tony Bennett. Peut être encore plus que Sinatra […] et a attaqué Someone to watch over me" (p.140-144) "Dans le juke box, quelqu'un a mis Harry Connick, j'ai marmonné: -On pourrait pas baisser ça ? (p.156) "Les T-shirts Jimi Hendrix […] que j'entende les Beatles pour la première fois […] j'écoutais La Voix De L'Amérique sur les ondes courtes. Willis Conover's Jazz Hour?" (p.168) "J'ai mis Kind of blue de Miles Davis […] Miles Davis, c'est très mauvais à jeun […] J'ai mis Stan Getz sur la stéréo. […] tout ragaillardi par Stan Getz" (p.172-174) "J'ai mis Gerry Mulligan dans Round midnight avec Monk, simplement pour me rappeler que la vie existait" (p.221) "Une splendide collection de disques de Klezmer" (p.228) "Un gros jeune homme aux cheveux noirs chantait Worried man blues en s'accompagnant d'une minuscule mandoline" (p.322) "Les vieux classiques du jazz, Oscar Peterson, Django Reinhardt, Stan Getz. Et Chet Baker dans My funny Valentine" (p.384).

#0022 - Jean SABLON


SABLON Jean, De France ou bien d'ailleurs, 1979, Laffont
Notes: "Le Grand-Ecart se trouvait à Montmartre, rue Fromentin […] A l'entrée, un orchestre de Noirs américains, composé de quatre ou cinq musiciens, dont un pianiste virtuose de jazz qui avait l'air d'être descendu d'une affiche de Paul Colin. Il jouait magnifiquement les airs de Gershwin, Show-boat entre autres, et de merveilleux blues" (p.33) "Or, un jour, l'adjudant entra, furieux, et demanda: -Qu'est-ce que c'est que ce raffut ? C'était peut être un de ces airs de jazz que le bon peuple considérait encore comme de la musique de sauvages […] Mercenary Mary, Il avait fait de grands frais, avait engagé un très bon orchestre de jazz dirigé par Léon Vauchant" (p.43) "J'allais oublier la Rhapsody in blue enregistrée par Paul Whiteman avec au piano George Gershwin, que je jouais plusieurs fois par jour" (p.52) "A l'époque du Casino De Paris, mon ami Earl Leslie qui, comme moi, aimait beaucoup le jazz et les bons musiciens, m'avait emmené un soir à la Boîte A Matelots que venait d'ouvrir Léon Voltera. Un orchestre était installé dans un voilier. Les musiciens étaient vêtus de tricots rayés de marin et parmi eux se trouvait un guitariste qui faisait des étincelles: Django Reinhardt. Je retournai très souvent l'écouter et nous devînmes des amis. Je passais quelquefois le chercher très tard et nous allions entendre à Montparnasse, à la Croix-Du-Sud, un de mes meilleurs amis, André Ekyan, qui y jouait et dirigeait l'orchestre. C'était le meilleur saxophoniste, le numéro un de Paris […] J'avais au deuxième acte une chanson que je commençais très doucement, d'abord en blues, et que je terminais en me fâchant, en changeant de rythme et en gueulant comme un âne, dans le style de Cab Calloway" (p.81-82) "Le plus difficile de mon tour de chant était de récupérer tous les jours Django ! Quelquefois déjà, pendant les répétitions, il avait oublié de venir. Ekyan me promit de se charger de lui. C'était vraiment du dévouement, car le pauvre ne se doutait pas de ce à quoi il s'exposait ! C'est-à-dire qu'il fallait aller le chercher dans sa roulotte à la porte de Chatillon tous les jours" (p.93) "André Ekyan jouait (un exploit) en même temps de la clarinette et du saxo, et Django, en solo, jouait le Saint Louis blues. Le début se passa bien, puis, pendant son solo, Django entendit les gars du promenoir qui n'étaient venus que pour admirer les courbes de Joséphine, crier: -Tu vas la casser, ta guitare !" (p.96) "Un pianiste noir américain, Garland Wilson […] Il fut, à mon avis, un des meilleurs pianistes de jazz de tous les temps. Il joua très longtemps au Bœuf, chez mon ami Moyses" (p.99) "Django commença le Hot Club avec le Quintette de France. Vola à la basse et le merveilleux Grappeli au violon […] Mais le soir de l'ouverture, notre Django, après avoir joué un peu, sortit, et ne revint pas de la soirée" (p.100) "Il y avait là (52ème Rue) Louis Prima, Stuff Smith, une petite chanteuse noire qui avait un grand succès, Maxine Sullivan, Art Tatum et je ne saurais tous les nommer […] Je possédais un disque de jazz, à Paris, d'un musicien qui s'appelait Casper Readon et qui, bien que harpiste classique, était devenu virtuose du jazz […] Nous nous rencontrions souvent le soir pour aller à Harlem ou faire les boîtes de jazz où il était très aimé" (p.124) "C'est à cette époque à peu près que Frank Sinatra, qui était chanteur d'orchestre et l'un des meilleurs, fit ses débuts dans un tour de chant à l'Embassy, 57ème Rue Est. Devant la porte, sur un grand panneau, figuraient des agrandissements de ses meilleures critiques dont une, de Danton Walker dans le Daily News: Frank Sinatra, le meilleur devant un microphone depuis Jean Sablon" (p.178) "Duke Ellington avait donné deux concerts à Carnegie Hall où il avait réservé une place d'honneur pour Django, en début de deuxième partie. J'avais assisté avec la plus grande joie au premier concert où Django avait fait une apparition brillante, mais la deuxième fois, Django avait eu la miraculeuse idée de se mettre au lit pour se reposer en fin d'après midi. Il me raconta donc que son réveil n'avait pas fonctionné" (p.219).
Aussi cités: Bing Crosby, Dorothy Lamour, Fred Astaire, Rudy Vallé, Cole Porter, Richard Rodgers, Dinah Shore, Eddy Constantine, Marlène Dietrich, Ruth Etting, Ginger Rogers, Vic Damone, Sophie Tucker, Dany Kay, Harry Belafonte, Pearl Bailey, Evelyne Knight, Duke Ellington, Gene Kelly, Harry James, Joséphine Baker, Johnny McLean, Ethel Waters, Victor Young, Jimmy McHugh.